Affichage des articles dont le libellé est révisionnismes divers. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est révisionnismes divers. Afficher tous les articles

dimanche 6 juin 2010

Un provocateur sioniste perturbe une manif pour la Paix

La vidéo ci-dessous a été tournée durant une manifestation "humanitaire" (Los Angeles, selon le clip) (www.juif.org).



Une surprise: le petit nombre "d'humanistes" présents.

Un provocateur sioniste s'est invité à la petite sauterie. Il est très jeune. La meute de "pacifistes" s'intéresse vivement à lui. On lui jette des "Allahu akbar! allahu akbar!", "You kill my people", "murderer! murderer!", etc.

Un cordon de flics (des musclés, à l'américaine) s'interposent entre le jeune contre-manifestant et les "humanitaires". On voit un militant (service d'ordre?) tenter de calmer ses troupes.

Une large banderole affirme:

AFTER THE HOLOCAUST
THE WORST THING THAT HAS HAPPENED
TO THE JEWISH PEOPLE IS THE STATE OF ISRAEL

[Après l'Holocauste, la pire chose qui soit arrivé au peuple juif c'est l'État d'Israël]

Si j'en crois la banderole, il s'agirait d'une citation de Bob Avakian, président du Revolutionary Communist Party (RCP) aux USA.

Bel exemple de "convergence des luttes": aux USA aussi l'extrême-gauche manifeste au son des "allahu akbar".

Une pancarte s'exerce à la rime: "Israeli pirates kill / US pays the bill" [Les pirates israéliens tuent / Les USA paient la facture]

Le caméraman discute avec deux manifestants (dont celle qui hurlait "You kill my people").

Caméraman: "Est-ce qu'un État palestinien aux côtés d'Israël serait satisfaisant pour vous?" [Would a palestinian state alongside Israel satisfy you?]

La femme: "C'est... Non, non, non! Aux côtés des Juifs [qui] peuvent vivre dans un État palestinien. Il ne devrait pas y avoir d'État israélien! (Caméraman: "ok, merci"; la femme continue sur sa lancée) L'État d'Israël n'existe même pas!" [It's... No no no! alongside with the jews can live in a palestinian state. there should not be an israeli state! (...) Israeli state doesn't even exist!]

Un homme intervient: "L'unique raison pour laquelle Israël fait ça, c'est parce qu'ils se sont fait expulser de, euh, les Allemands... quoi qu'il leur soit arrivé... alors ils essayent de reporter leur colère sur quelqu'un d'autre" [The only reason Israel is doing this is because they got kicked out from, er, the Germans, whatever, whatever happens to them. So they're trying to take out the anger to someone else]

lundi 5 avril 2010

Les colères d'un Roi-Pâle

L'excellent écrivain québécois Victor-Lévy Beaulieu a commis un nouveau bouquin cette année, un pot-pourri d'articles divers collés ensemble par Trois-Pistoles.

Son titre: La Reine-Nègre, en "hommage" à Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada... et d'origine haïtienne.

Outre les vaticinations habituelles contre la Reine-Nègre, haïe par les ultra-nationalistes québécois, VLB n'oublie pas d'autres bêtes noires habituelles de ce milieu (voir par exemple ceci). En page 297 on trouve ainsi un texte de deux pages, intitulé "Israël, l'Occident et le cochon". Le titre en soi est tout un poème. Le contenu est éclairant, pour ne pas dire illuminé. Extraits:

"... les Juifs, en tant que seul peuple élu de Dieu, ont toujours mis le droit au-dessus de tout et considéré la justice comme une corruption affaiblissante de celui-ci. Il n'y a donc jamais eu de justice en royaume de Judée et il n'y en a pas davantage, deux mille ans plus tard, en pays d'Israël."

"... l'État d'Israël (...) n'agit même pas par amour de lui-même, mais par haine des autres. Passé maître dans l'art de jouer à la victime, cet État-là ne jouit vraiment que lorsqu'il est victimaire."

"L'Ancien Testament est plein de ces batailles préventives contre les supposés ennemis de la Judée: de l'assassinat sélectif à la guerre totale, du génocide à l'extermination absolue, les armes du droit judaïque ne connaissent pas la mesure, elles permettent même l'inceste pour que les mères juives puissent remplacer impunément les soldats qui manquent sur les presque éternels champs-charniers de bataille."

"Que sont donc ces guerres contre la Palestine et le Liban, sinon des guerres d'extermination, sinon des génocides odieux qui devraient, nous Occidentaux, nous couleurer du rouge de la honte de la tête aux pieds parce que ne dire mot, c'est consentir (...)"

VLB affirme ensuite que si un pays musulman s'avisait d'agir comme Israël, il serait vite condamné et envahi par "l'Occident" (1). Il pose alors la question:

"Pourquoi n'en fait-on rien avec cet Israël belliqueux, haineux et totalitaire, pour ne pas dire simplement hitlérien?"

La Reine-Nègre, aux éditions Trois-Pistoles, 2010.


*****
(1) Plusieurs exemples de l'histoire récente prouve qu'il n'en est évidemment rien. Irakiens et Iraniens ont pu se massacrer allègrement pendant dix ans sans que "l'Occident" ne fasse rien d'autre que leur vendre des armes. Les guerres internes au Soudan, bien plus sanglantes à elles seules que la totalité du conflit israélo-arabe, sont un autre exemple.

jeudi 17 décembre 2009

Explorations du vide

Afin de me distraire de lectures plus sérieuses ou tout simplement pour me changer les idées durant les périodes de gros boulot, j'aime bien feuilleter des choses un peu niaises ou légères (mais j'évite soigneusement d'acheter; il ne faut pas encourager le vice).

Par exemple Marianne, un hebdomadaire bobo dirigé par de braves gens qui se rêvent à gauche mais vivent à droite.

Marianne se prétend "anti-sarkozyste" mais colle la photo du Président (ou de ses ministres) sur chaque couverture ou presque. Ça m'amuse toujours beaucoup.

Commençons par l'édito de Maurice Szafran pour la semaine du 12 au 18 décembre: "Marianne n'a jamais dissimulé un anti-sarkozysme non pas radical -ce qualificatif ne nous convient pas- mais rigoureux." Dixit Szafran, qui ajoute "Nous nous sommes interdit la facilité de la caricature."

C'est sans doute ce noble refus de la facilité qui a poussé Marianne à titrer en couverture de ce même numéro: "Arrêtez-le! Éric Besson, l'homme le plus détesté de France".

Sacré Maurice!

En page 6 on nous apprend "la conversion de Lellouche". Il s'agit du député Pierre Lellouche, "souvent considéré comme un néoconservateur à la française". En fait de "conversion" Lellouche aurait simplement critiqué le "bétonnage de Jérusalem-Est" lors d'une entrevue. On aime les fines blagues et les clins d'œil, chez Marianne.

En page 16 Joseph Macé-Scaron nous offre une réflexion sur une récente décision "sarkozyste": l'abolition des cours d'histoire en dernière année de filière S. L'article a pour titre "Une bagatelle pour un massacre". Le texte se penche sur ce projet de réforme (l'auteur est contre, ce que je trouve insensé car une telle mesure ne pourrait qu'augmenter le lectorat de certains magazines, suivez mon regard) et discute de la réorganisation des filières (jadis C, D, E, aujourd'hui S, etc).

Quel rapport avec le pamphlet antisémite "Bagatelle pour un massacre"? Aucune idée mais à mon avis il est inutile de chercher une raison (une raison pertinente). La "bagatelle" apparaît ainsi dans le texte, sans la moindre référence: "... Voilà pourquoi nos chères élites, version génération Sarkozy, auront donc quatre heures pour parcourir au pas de charge ou au galop le XIXe et le XXe siècle, de la révolution industrielle à la chute du mur de Berlin, une bagatelle pour un massacre."

Et ça devient le titre de l'article. C'est idiot mais ça attire l'attention du lecteur. Les magazines pipole ont rarement plus d'ambition que cela.

+ - + - +

Puisqu'on parle de Céline... Les éditions Écriture publient, dans le cadre de leur collection "Céline & Cie", une compilation des meilleurs articles de Philippe Sollers sur ce thème. La couverture proclame "Sollers - Céline", en toute modestie.

Loin de moi l'idée de foutre au feu les bouquins de Céline. Ce genre de comportement était une caractéristique de ses anciens amis, précisément. Pour ma part je n'ai jamais pu me résoudre à lire un bouquin de ce type (je parle ici de ses "bonnes" œuvres, comme Voyage au bout de la nuit). Idem pour Drieu La Rochelle, Brasillach, "et Cie". Il y a suffisamment de grands auteurs pour s'éviter une telle épreuve.

Mais si quelqu'un choisit de lire Céline, voire de l'aimer, grand bien lui fasse. Il a d'avance ma bénédiction.

Sollers a toutefois d'autres projets qu'une simple critique (fût-elle admirative) des œuvres de cet auteur. La quatrième de couverture de son patchwork d'articles (de 1963 à 2009, mazette) commence ainsi:
Je me rappelle très bien le choc que fut la découverte de D’un château l’autre en 1957, ou de Nord, en 1960. Dès la publication d’extraits dans la NRF, j’ai senti qu’il se passait quelque chose d’essentiel. Depuis, ma fréquentation de l’œuvre de Céline n’a pas cessé. Malgré sa réputation d'infréquentable, alors que son biologisme –ainsi qu’il faudrait définir son racisme– me paraissait en total désaccord avec son génie d’écrivain, j’ai persisté à l’admirer avec constance.

Je sais que cela prendra encore un siècle ou deux, mais il faut débarrasser Céline de ses oripeaux de fou vociférant et, cela va de soi, de son antisémitisme. L'image qui prédominera alors sera celle d'un Céline enfantin. Car c'est sans doute ainsi qu'il faut le voir: un enfant innocent perdu dans un monde coupable.
Un bon coup de plumeau sur le point de détail qui dérange quelques esprits mesquins et rancuniers, et le tour sera joué. Bizarre quand même de prétendre admirer et faire connaître un auteur tout en proposant d'effacer les "bourdes" dans le CV du héros...

Selon Sollers il faudra "un siècle ou deux" pour parvenir à "débarrasser Céline de son antisémitisme". Je le trouve bien pessimiste. Au train où vont les choses, une ou deux décennies suffiront amplement.

+ - + - +

Le prix Nobel de la Paix 2009 a été attribué à M. Obama. C'est la première fois, à ma connaissance, que le prestigieux prix est attribué uniquement parce que le récipiendaire a gagné une élection.

On vit une époque intéressante.

lundi 20 juillet 2009

La négation du peuple juif a un bel avenir en France

La revue L'Histoire consacre ce mois-ci un dossier complet à une propagande qui n'est pas nouvelle (1) mais a récemment été remise au goût du jour par un "nouvel historien" israélien antisioniste, S. Sand, qui n'est pourtant pas un spécialiste des champs d'études concernés (son domaine concerne surtout l'histoire intellectuelle française; il est un des spécialistes de l'oeuvre de Georges Sorel).

Publié en hébreu, son bouquin, "Matai ve'ech humtza ha'am hayehudi?" (Quand et comment fut inventé le peuple juif?), a immédiatement été traduit et publié en français par les éditions Fayard : "Comment le peuple juif fut inventé". Le pognon n'a pas d'odeur, c'est bien connu.

Herr Professor Sand s'est exprimé dans Haaretz après la parution de son "essai" en Israël. L'article était intitulé : Ani kouzari gué'é (2) -Je suis un fier Khazar- (Haaretz), ce qui est une absurdité dans la mesure où les Khazars n'existent plus depuis des siècles. L'article est disponible en anglais (mais avec un autre titre) sur le site du journal.

Je n'ai pas été surpris de voir les médias "antisionistes" français, comme Le Monde diplomatique, sortir le tapis rouge et s'empresser de diffuser la bonne parole : "Déconstruction d’une histoire mythique - Comment fut inventé le peuple juif" (août 2008).

Ne comptez pas trop sur Le Monde diplo pour se pencher sur l'importance du mythe dans la construction de l'identité collective d'autres peuples, et encore moins sur l'histoire du peuple palestinien dont "l'invention" est pourtant très récente (le courant du XXe siècle). Cette sélectivité dans la "déconstruction du mythe" démontre s'il en était besoin qu'il ne s'agit pas ici de recherche scientifique ou de vulgarisation, mais d'activisme "antisioniste". La délégitimation de la présence juive en Israël (pardon... en Palestine) fait feu de tout bois ; la négation de l'existence du peuple juif en fait partie.

Le Monde diplo donne un autre petit coup de main en annonçant les réunions des "Amis du Monde diplomatique", et devinez qui a été chaudement invité dans plusieurs de ces réunions? La liste des réunions est impressionnante. Une telle passion pour l'histoire du non-peuple juif est touchante, vraiment.

Plus problématique est l'attitude de L'Histoire, qui se présente comme LE magazine de référence des passionnés d'histoire. D'histoire à dormir debout, dans ce cas précis.

Le dossier, sobrement intitulé "Enquête sur le peuple juif", consiste en fait à donner la parole au Professor Sand et à éviter de trop remettre en question sa méthodologie, ses compétences, ses conclusions. Tout au plus le magazine "de référence" se contente de demander à Michel Winock (spécialiste de l'histoire de la République française), Maurice Sartre (son domaine est la Syrie antique et l'Orient hellénisé, c'est déjà un peu mieux) et Esther Benbassa de lui donner la réplique.

Esther Benbassa était peut-être la mieux placée (dans ce petit groupe) pour parler du thème choisi par L'Histoire. Son intervention est courte et son hostilité au sionisme n'est pas un secret, mais cela ne l'empêche pas de rappeler quelques évidences. Extraits :

Les Juifs ont cultivé une représentation d'eux-mêmes construite autour de leur religion mais aussi de mythes. Cet imaginaire a permis, même aux convertis, de se définir comme appartenant à une même entité culturelle et religieuse, les deux dimensions étant inséparables (...)

Tous les peuples sont des "inventions". On ne peut pas se contenter de dire que le "peuple" juif (3), tel qu'il se définissait avant la naissance du sionisme et l'acception moderne de ce concept, et aussi imaginé qu'il ait été, n'a jamais existé (...)

la question se pose de la même façon pour les Palestiniens. Ceux-ci sont-ils un peuple davantage que les Juifs?

Ce qui tranche nettement avec l'infatigable "professeur" (au fait, est-il permis de remettre en question l'existence de son diplôme?), qui multiplie entrevues et rencontres pour répandre sa propagande : "Il n’existe pas et n’a jamais existé de peuple juif" clame-t-il dans les colonnes de la très complaisante revue Books (qui comme son nom ne l'indique pas est une revue française).

Il est alarmant de constater que c'est le récit de Sand qui fait la trame du dossier de L'Histoire. Il faut s'attendre à ce que la négation du peuple juif prenne de l'ampleur dans les années à venir, tout au moins en France.

* * *

Toutes les réactions qui ont suivi la publication du pamphlet du fier Khazar n'étaient pas dithyrambiques. En voici quelques-unes :

Luc Rosenzweig, sur Causeur, résume dans un texte très court mais efficace ce que lui inspire la thèse de Sand et l'accueil enthousiaste qu'elle reçoit : " (...) Et c’est ainsi que Shlomo Sand, dont l’influence en Israël est proche de zéro, devint prophète à Saint-Germain-des-Prés".

Israel Bartal, doyen à l'Université Hébraïque de Jérusalem, a réagi dans Haaretz : "Inventing an invention". Il adresse plusieurs points, par exemple l'affirmation de Sand selon laquelle la vérité (qu'il révèle dans ses écrits...) est camouflée par les établissements scolaires en Israël. Une traduction en français est disponible sur le site de l'UPJF.

Steven Plaut, professeur à l'Université de Haifa : "The Khazar Myth and the New Anti-Semitism".

Anita Shapira, professeur d'histoire juive à l'Université de Tel-Aviv, a publié dans le numéro de mars 2009 du "Journal of Israeli History" un texte disponible au format pdf, qui apporte une très intéressante contradiction aux "thèses" de S. Sand : "The Jewish-people deniers".

Pour info, le dossier de la revue L'Histoire a suscité une assez longue réaction signée Alain Michel : "Hébreux, juifs et sionistes : omissions de L'Histoire" (repris sur le site de l'UPJF).

Harry's Place a consacré au moins un texte au sujet : "The Sandman". " (...) Israel needs to exist as a Jewish state because books like Sand’s are so popular".


--------------
(1) Yasser Arafat avait déjà, en son temps, mentionné les "origines khazares" des envahisseurs sionistes...

(2) אני כוזרי גאה

(3) E. Benbassa ne résiste tout de même pas à la tentation de placer des guillemets.

dimanche 26 avril 2009

L'idéologie anti-"sioniste" et l'Histoire: un bref exemple

Dans son dossier thématique Vit-on la mort de la démocratie? la revue Médiane, vol.3 #2, propose un article signé Denis Kosseim, intitulé Israël peut-il être sioniste et démocratique? (pp. 57 à 62)

La question est purement rhétorique, comme on s'en doute.

L'auteur (qui apparemment enseigne dans un CEGEP... Mise à jour: il est prof de philosophie) enfile plusieurs perles sorties directement du bréviaire anti-"sioniste" avec une franchise déconcertante.

Il commence ainsi par regretter, avec Joseph Massad, que les "intellectuels européens de gauche" (Sartre en tête), ces pauvres aveugles, aient été incapables de percevoir "l'ultime réalisation d'Israël, à savoir la transformation du juif en antisémite et du palestinien en juif". Cet "aveuglement", tenez-vous bien, "fonderait l'identité européenne contemporaine".

M. Kosseim devrait se demander si c'est bien d'aveuglement qu'il s'agit?

Ils ne manquent pas, les intellectuels anti-"sionistes", qui passent leur temps voire fondent leur carrière sur ces deux projets: dépeindre les Israéliens comme les nouveaux nazis, et les Arabes palestiniens comme les nouveaux Juifs. Dans ce deuxième cas il ne s'agit pas uniquement de rhétorique: certains "intellectuels" affirment que les Arabes palestiniens sont les seuls vrais descendants des Hébreux de l'Antiquité, les Israéliens n'étant que des Khazars convertis, des envahisseurs colonialistes à la solde de l'impérialisme occidental islamophobe (plus loin dans son article M. Kosseim fait évidemment référence aux travaux du Professor Zand).

Si ces théories, comme celle de la "transformation du juif en antisémite et du palestinien en juif", ne sont pas retenues par certains "intellectuels européens", ce n'est certainement pas parce qu'ils les ignorent, mais plutôt parce qu'elles ne sont ni sérieuses ni convaincantes.

L'auteur se lance ensuite dans une rapide réflexion sur la nature humaine: l'être humain est-il naturellement bon ou méchant? La solution à la méchanceté humaine réside-t-elle, en conséquence, dans la répression de nos penchants ou bien dans l'éducation et la politique?

Pour montrer que la méchanceté n'est pas innée, M. Kosseim signale "le récit historique de l'Orient arabe, où il y a absence de nettoyages ethniques (...) absence de pogroms et absence d'Holocauste." À l'inverse, "les Mizrahim, les Israéliens juifs issus du monde arabe sont, quant à eux, sommés par les Israéliens juifs issus d'Europe de (...) s'européaniser, subissant ainsi un racisme euro-centrique. Ces différences culturelles et historiques portent à croire que la méchanceté humaine n'est pas naturelle."

La revue m'en est presque tombée des mains.

À cette bonté orientale, l'auteur oppose "la conception sioniste [qui] retient la prémisse essentialiste selon laquelle la méchanceté est inhérente aux non-juifs, leur racisme inévitable."

Ce n'est pas la première fois que je tombe sur une telle relecture de l'Histoire. Bizarrement, je ne m'y habitue pas: c'est à chaque fois un moment pénible, la prise de conscience désagréable que l'important n'est pas la vérité mais la répétition: une erreur suffisamment répétée sera acceptée pour vraie, à la longue.

Faisons un très court rappel.

"Dans tous les pays concernés [les pays arabo-musulmans où vivaient des Juifs] il y eut un pogrom ou un événement pogromique, des émeutes, des assassinats, voire un emprisonnement des Juifs qui, en fait, servit d'exemple, d'intimidation ou de menace." (in La fin du judaïsme en terre d'Islam, sous la direction de Shmuel Trigano, Éd. Denoël 2009, p.42)

Et Shmuel Trigano de résumer certains de ces événements (pp.42-43) qui n'ont rien à voir, faut-il le souligner, avec une quelconque "méchanceté inhérente aux non-juifs":

* Égypte: émeutes et pillages en novembre 1945, novembre 1948, janvier 1952 (également contre les Grecs et Arméniens)
* Irak: pogrom de juin 1941 à Bagdad (180 morts, 600 blessés), vague de persécutions antijuives officielles en 1948
* Syrie: pogroms de 1947
* Iran: vague d'antisémitisme en 1968, exécution du président de la communauté juive d'Iran en 1979
* Turquie: pogroms de Thrace en 1934
* Libye: pogroms de 1945 (130 morts), émeutes jusqu'en 1948, de nouveau en 1967
* Tunisie: émeutes en 1952, destruction de la grande synagogue de Tunis en 1960, violences en 1961
* Algérie: pogrom de Constantine en 1934, saccage de la grande synagogue d'Alger en 1960
* Maroc: émeutes antijuives en 1948, assassinats à Sidi Kassem en 1954, émeutes en 1961

L'ouvrage collectif dirigé par S. Trigano détaille ensuite les situations dans les différents pays arabo-musulmans où vivaient jadis des communautés juives. Il se penche bien évidemment sur le statut de dhimmi ("protégé"), et ce qu'il impliquait : restrictions, interdictions, humiliations, etc.

Ce rapide résumé aide un peu à mettre en perspective les propos de M. Kosseim sur "La thèse de la bonté naturelle de l'être humain [qui] coïncide avec le récit historique de l'Orient arabe".

C'est environ 900.000 Juifs qui ont été contraints, soit par des expulsions soit par des mesures discriminatoires et intimidantes, à quitter les pays où ils étaient nés. Environ les deux tiers d'entre eux se sont réfugiés en Israël.

Mais voilà une page de l'Histoire que les lecteurs de M. Kosseim (et ses élèves, s'il est bien enseignant) n'auront pas l'occasion d'entendre. Ils se feront plutôt dire qu'Israël n'est qu'une "régression tribale" (l'auteur cite Daniel Bensaïd), que seuls les Arabes palestiniens ont été victimes d'un "nettoyage ethnique" sur lequel, nous dit M. Kosseim, "on ne peut fermer les yeux" car il est une "injustice historique" qu'il faut "attaquer de front" (il ne mentionne évidemment pas la guérilla déclenchée contre les Juifs dans la zone mandataire dès 1947, ni l'assaut militaire des voisins arabes en 1948).

L'auteur pourrait en parler, pourtant. Son silence est volontaire. Il connaît la tragédie des Juifs chassés des pays arabo-musulmans, mais voici tout ce qu'il en dit: "Les apologistes sionistes cherchent désormais à neutraliser l'impact du nettoyage ethnique survenu il y a 60 ans en produisant un discours fallacieux selon lequel les juifs des pays arabes ont subi, eux aussi, un nettoyage ethnique à la même époque. Si les relations publiques israéliennes et pro-israéliennes réussissent à remettre le compteur à zéro, la voie est libre pour une suite et fin du nettoyage ethnique de 1948."

Les historiens qui racontent l'histoire juive orientale? Des apologistes sionistes.
L'histoire des juifs orientaux? Un discours fallacieux.
La diffusion de cette histoire, son enseignement? Un coup des relations publiques israéliennes.

Ces fréquentes tentatives de réécriture de l'Histoire ont un but: promouvoir l'abolition de l'État israélien et son remplacement par un "État unique" que l'on nous promet démocratique. C'est aussi la "solution" que propose cet auteur, qui nous invite à "sortir de la caverne sioniste". La bonne blague. La démocratie libérale n'est pas le projet du Hamas, ni d'ailleurs celui du Fatah (Arafat a régné sur le Fatah, puis l'OLP, puis l'Autorité Palestinienne jusqu'à sa mort; corruption, clanisme et clientélisme sont évoqués par nombre d'observateurs locaux ou étrangers). Par contre on sait très bien ce qui est arrivé aux Juifs orientaux, et ce qui arriverait aux Juifs israéliens si on les ramenait plus de soixante ans en arrière.

Relisant l'ouverture de l'article de Denis Kosseim, qui y dénonce l'aveuglement de certains intellectuels, je me pose la question suivante: pourquoi donc tant d'intellectuels sont-ils incapables d'appliquer à eux-mêmes les leçons dont ils sont si prodigues?

Autre question: c'est ça qu'on enseigne aux gamins dans nos collèges? Rendez-moi mon pognon!