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samedi 5 juin 2010

Israël : crime contre l'humanitaire

J'étais pro-israélien, je ne le suis plus. Impossible de rester indifférent lorsqu'un convoi humanitaire pacifique est attaqué par des soldats venus pour tuer (dixit Henning Mankell).

Les preuves en images.

Pour se donner du courage, le personnel humanitaire de l'IHH (organisation strictement humanitaire) chante une ode à la Paix. À la fin du clip une infirmière anticipe avec plaisir la perspective d'apporter aux Gazaouis l'aide tant attendue (et refusée par le Hamas lorsque les forces sionistes ont voulu acheminer l'aide depuis Ashdod-Occupée jusqu'à Gaza):



Les 700 médecins et infirmiers de la Flotille "Go back to Auschwitz", fidèles à leur serment d'Hippocrate, transportaient du matériel de première nécessité:

des pelles :

divers outils de construction:

bandages, scalpels et autres instruments chirurgicaux:

les enfants n'étaient pas oubliés avec des sacs de billes:

et des jouets en bois, certains peints à la main:

sans oublier les biberons:


Mes yeux se sont ouverts et désormais je me range du côté de la Paix et de la Justice.

Partout dans le monde, nous dénonçons l'agression anti-humanitaire israélienne. Partout dans le monde, les militants pour un monde pacifique, fraternel et humaniste se regroupent. [Note: ces photos proviennent de sites de presse. Elles ont toutes été prises lors des manifestations qui ont eu lieu après l'arraisonnement de la Flotille "humanitaire". J'apporte cette précision car il est vrai qu'on pourrait les confondre avec les manifs anti-"sionistes" de 2009, 2008, 2006, 2005, 2004, 2001, 2000, 1998, 1996, 1995, 1994, 1991, 1990, 1988, 1982...]

à Islamabad:

aux Pays-Bas:

à Londres (remarquez le drapeau à droite du superbe Ataturk):

à Los Angeles:

à Beyrouth (notez les nombreux fanions d'organisations humanitaires):


Enfin, parce que parfois on est las de pleurer au spectacle de ce monde (re)devenu fou... Latma TV: We con the world.

Shalom le-Israel

mercredi 30 décembre 2009

La peau de l'ennemi

Le petit tsunami provoqué par les "révélations" de Donald Boström (voir cet autre billet) n'en finit pas de faire des vagues.

Étant donné que personne n'a la moindre preuve -et pour cause- que des Israéliens ont enlevé et tué de jeunes Arabes palestiniens afin de voler leurs organes, les amateurs de la "critique" permanente d'Israël se rabattent sur ce qu'ils trouvent. Dans ce cas précis, ils raclent les fonds de tiroirs pour ressortir triomphalement tout ce qui concerne un prélèvement ou trafic d'organes impliquant au moins un Israélien.

Nouvelles (?) révélations

Nancy Scheper-Hughes, professeur d'anthropologie à l'Université de California-Berkeley a récemment dévoilé une entrevue datant de l'an 2000 faite avec un certain Yehuda Hiss, ancien directeur de l'Institut médico-légal d'Abu Kabir, près de Tel-Aviv.

Qu'a donc dit M. Hiss? Que dans les années 90, des spécialistes à Abu Kabir avaient prélevé de la peau, des cornées, des valves cardiaques et des os sur des corps qui passaient par l'Institut (1). Ces prélèvements se faisaient sans la moindre considération pour l'origine des personnes, les défunts étaient Israéliens (civils ou militaires), Palestiniens, voire même des étrangers qui travaillaient et vivaient en Israël. M. Hiss ajoutait que l'accord des familles n'était ni nécessaire ni demandé et que les spécialistes agissaient avec discrétion. Cela n'a pas empêché que des familles (juives ou arabes) protestent.

[Précisons que la loi israélienne, qui était floue dans le passé, a récemment été mise à jour. Une autorisation est désormais requise. Il est même possible de trouver un formulaire en ligne, le remplir, le signer, puis le retourner par fax à l'organisme public qui centralise ces données.]

Dans les médias (pas uniquement anti-"sionistes") cette entrevue vieille de neuf ans mais tout récemment dévoilée est devenue: Israël: des organes ont été prélevés sur des Palestiniens (NouvelObs). Dans le corps de l'article, le site NouvelObs est très évasif sur la nationalité des défunts: "des corps, notamment palestiniens". La présentation des "faits" par NouvelObs est très intéressante:
Le Dr Hiss a fait ces déclarations en 2000 à un universitaire américain. Ce dernier a décidé de ne le rendre public maintenant en raison d'une controverse qui a éclaté l'été dernier. Un article d'un journal suédois avait laissé entendre que des soldats israéliens tuaient des Palestiniens pour faire commerce de leurs organes. Des allégations qu'Israël a vivement démenties.

Des extraits de l'entretien ont été diffusés ce week-end sur la 2e chaîne de télévision israélienne. Le Dr Jehuda Hiss précise que des cornées ont été prélevées sur des cadavres "de manière extrêmement informelle. Aucune autorisation n'était demandée à la famille".

En réponse à ce reportage, l'armée israélienne a reconnu que les faits avait [sic] eu lieu. L'activité a cessé il y a dix ans et cela n'arrive plus, d'après un communiqué de Tsahal repris par la télévision.
Le découpage des paragraphes et le flou de la formulation pourrait laisser penser que "l'armée israélienne a reconnu que les faits avait eu lieu" fait référence à "Un article d'un journal suédois avait laissé entendre que des soldats israéliens tuaient des Palestiniens pour faire commerce de leurs organes" et non pas à "des cornées ont été prélevées sur des cadavres de manière extrêmement informelle".

The Guardian, journal britannique de gauche, a publié lui aussi un article reprenant la nouvelle, avec un titre identique à celui de NouvelObs: Israel admits harvesting Palestinian organs (The Guardian, 21 décembre). Mais le titre de l'édition Internet a été modifié et est devenu: Doctor admits Israeli pathologists harvested organs without consent (The Guardian).

La différence est de taille. Le Guardian a expliqué la raison de cette modification:
We should not have put the headline “Israel admits harvesting Palestinian organs” on a story about an admission, by the former head of the Abu Kabir forensic institute near Tel Aviv, that during the 1990s specialists at the institute harvested organs from the bodies of Israeli soldiers, Israeli citizens, Palestinians and foreign workers without getting permission from the families of the deceased (21 December, page 15). That headline did not match the article, which made clear that the organs were not taken only from Palestinians. This was a serious editing error and the headline has been changed online to reflect the text of the story written by the reporter.
Le titre ne reflétait pas le contenu de l'article. Il était suffisamment inexact et trompeur pour que le Guardian, journal pourtant connu pour ses vives "critiques" d'Israël, le modifie radicalement.

Regardons un peu le contenu de la "nouvelle". La dépêche reprise par tous les médias fait systématiquement référence à l'article initial de Boström. Le rapport entre Boström et Hiss est pourtant fortement tiré par les cheveux, mais comme d'habitude lorsqu'il s'agit d'Israël il suffit que des mots se ressemblent pour qu'on établisse un lien. Les mots magiques, dans ce cas, sont "prélèvements d'organes", "trafic d'organes" et "sans autorisation de la famille" (ou du défunt).

Le Dr. Hiss n'a jamais dit -et pour cause (bis)- que l'armée israélienne abattait de jeunes Arabes pour les transporter ensuite à Abu Kabir à des fins de prélèvements, ni que ces prélèvements servaient à alimenter le marché noir, mais qu'importe! Il suffit qu'au moins un prélèvement ait été fait sur au moins un Arabe palestinien sans autorisation de sa famille pour alimenter la machine à ragots (re)lancée cet été par Aftonbladet.

Scientifique et militant, c'est possible

Comme le précisent les médias, l'entrevue du Dr. Hiss dévoilée par Nancy Scheper-Hughes date de... 2000. Mme Scheper-Hughes se définit comme une "anthropologue militante". Elle a fait un voyage en URSS (vers 1959, 1960) mais ne s'étend pas trop sur le sujet, et de retour aux States a milité pour les droits civiques des Noirs (là, je lève mon chapeau) et au sein de Peace Corps.

Question: si cette entrevue est aussi choquante que certains veulent le croire, pourquoi la fondatrice d'Organs Watch (2) a-t-elle attendu neuf ans pour la faire connaître?

Comme on peut le lire par exemple sur le site NouvelObs, Scheper-Hughes a "sorti" l'info à cause, précisément, des réactions à l'article de Boström: "[Nancy Scheper-Hughes] a décidé de ne le rendre public maintenant en raison d'une controverse qui a éclaté l'été dernier".

Pour en savoir un peu plus il n'est pas inutile de lire un article d'Alison Weir intitulé Special Report. Israeli Organ Trafficking and Theft: From Moldova to Palestine, publié par le Washington Report on Middle East Affairs (WRMEA) de novembre 2009, pp. 15-17. L'article est disponible sur le site Internet du magazine. Le WRMEA est un média US qui semble particulièrement "critique" envers Israël, pour dire le moins.

Une chouette bande de bons copains

Alison Weir contribue au WRMEA dont le responsable (publisher) est Andrew Killgore. Weir et Killgore sont aussi deux dirigeants de l'organisation If Americans Knew (Si les Américains savaient... sous-entendu, si les Américains savaient la vérité sur Israël, ils deviendraient anti-israéliens).

Weir part du principe que l'article de Boström présentait de bons éléments de preuve (grisly evidence suggesting that Israel had been taking Palestinian internal organs) mais que les Israéliens ont comme d'habitude hurlé à "l'antisémitisme" (les guillemets sont d'elle).

Elle affirme ensuite que les prélèvements d'organes en Israël sont documentés depuis de nombreuses années (3). C'est exact, mais ça n'a pas grand-chose à voir avec le pamphlet d'Aftonbladet.

Weir s'appuie largement sur les travaux de Scheper-Hughes, qu'elle cite à plusieurs reprises (mais rien n'indique qu'elles se connaissent ou s'apprécient).

À propos du commerce des organes, Scheper-Hughes aurait déclaré: "Israël est au sommet. Il a des tentacules partout dans le monde" (Israel is at the top. It has tentacles reaching out worldwide.)

S'il est exact que des Israéliens trempent dans le commerce des organes, il est intéressant de voir une anthropologue parler des "tentacules" israéliens. L'image est pour le moins malheureuse (le thème de la pieuvre est un classique de la littérature judéophobe; se référer par exemple à l'ouvrage de Joël et Dan Kotek, Au nom de l'antisionisme, Éd. Complexe)

Quant à voir Israël au "sommet" en matière de commerce d'organes, je suis perplexe. Le communiqué de l'université de Berkeley en 1999 annonçant la création d'Organs Watch ne mentionne même pas Israël (il est par contre question de l'Afrique du Sud, du Brésil, de l'Inde, de la Chine, et des USA). Dans une longue entrevue de 2004 accordée à Three Monkeys Online (4) sur le sujet du trafic mondial des organes, Scheper-Hughes mentionne -parmi d'autres cas- un intermédiaire israélien impliqué dans un "échange" de reins entre des donneurs brésiliens (vivants) et des receveurs israéliens: Dispelling the myth. The realities of organ trafficking. Professor Nancy Scheper-Hughes in interview (novembre 2004).

En 2004 pourtant, Scheper-Hughes avait déjà dans son tiroir depuis 4 ans les déclarations du Dr. Yehuda Hiss. Israël aurait-il atteint le "sommet" entre 2004 et 2009?

La faute à la Shoah ?

Scheper-Hughes (toujours citée par Alison Weir) va un peu plus loin. Dans un exposé l'anthropologue aurait déclaré percevoir deux motivations aux trafiquants israéliens: l'appât du gain, bien sûr, mais aussi "une vengeance, une restitution - en réparation de l'Holocauste" (Revenge, restitution—reparation for the Holocaust).

Des intermédiaires -et même des médecins- israéliens (qu'elle ne nomme pas) auraient même dit à Scheper-Hughes: "c'est une sorte d'œil pour œil dent pour dent. Nous prendrons tous les reins, foies et coeurs que nous pourrons. Le monde nous le doit." (it’s kind of ‘an eye for an eye and a tooth for a tooth. We’re going to get every single kidney and liver and heart that we can. The world owes it to us)

Toujours dans le cadre de cette analyse psychologique de comptoir, l'anthropologue voit dans de simples prélèvements de peau (nécessaires pour le traitement des grands brûlés) un lourd symbole: il s'agirait de "prendre la peau de la population perçue comme ennemie" (5)

Et la clinique de greffe de cheveux de l'oncle Shlomo, c'est pour scalper l'ennemi?

Comme le dit Alison Weir dans son article, Israël est unique de bien des manières (Israel is unique in several significant ways). Unique de par l'hystérie qu'il suscite, sans aucun doute.

Propagande et vieilles rengaines

L'article de Weir ne se base pas que sur Scheper-Hughes. C'est en fait un résumé très complet de toutes les rumeurs circulant sur les Israéliens "voleurs d'organes". Elle va même jusqu'à insinuer que dans au moins un cas (celui d'Abraham Sadegat en 1968), il est possible, peut-être même probable, que le cœur ait été prélevé alors qu'il battait encore (Sadegat’s medical condition before his heart was removed has not been made public. It is possible—perhaps probable—that up until his heart was removed it was still beating)

Elle cite également l'agence de presse de la République islamique d'Iran (A 2002 news story from IRNA) et Yasser Arafat interviewé par Al-Jazeera. La citation du vieux chef est claire et correspond bien au personnage: "Ils assassinent nos enfants et utilisent leurs organes comme pièces de rechange" (They murder our kids and use their organs as spare parts)

Pour faire bon poids, Weir ajoute un petit rappel sur le "racisme" et le "chauvinisme" du judaïsme. Elle affirme ainsi que la Loi juive permet "probablement" que l'on prenne l'organe d'un non-juif innocent qui passe par là afin de sauver la vie d'un Juif. Elle affirme baser son délire sur deux rabbins. Honnête journaliste, Alison Weir écrit que "Bien qu'il soit impossible de savoir si des Israéliens ont déjà agi en fonction de ces autorisations religieuses de tuer un non-juif afin de fournir des organes à des Juifs, certains observateurs considèrent que c'est une possibilité" (While it is impossible to know whether any Israelis have ever acted on such religious permission to kill a non-Jew in order to provide body parts to Jews, some observers have considered this a possibility)

À ce stade on n'est plus très surpris de voir le nom d'Israel Shahak apparaître à l'appui de telles élucubrations (Weir mentionne son ouvrage Jewish History, Jewish Religion). Note rapide: Shahak était un chimiste israélien. Il a développé une obsession maladive envers la religion juive. Ses "travaux" servent de source à nombre de "critiques" d'Israël (voir par exemple Werner Cohn).

Des pétitionnaires pour la Vérité

En conclusion de son article délirant, qui mélange habilement informations et ragots, WRMEA invite le lecteur indigné (comment ne pas l'être?) à ajouter son nom à une pétition. Le but de la pétition est d'obtenir une enquête sur les "possibles" crimes de guerre israéliens (dans ce cas, les "vols d'organes").

Les organisateurs font bien évidemment référence à l'article de Boström et aux propos de Scheper-Hughes, parmi d'autres sources. Le soutien aux thèses de Boström est explicite: "En tant que personnes profondément concernées par les droits humains (...) nous soutenons Donald Boström et Aftonbladet dans leur décision de publier l'article 'On pille les organes de nos fils'. Nous saluons le refus du gouvernement suédois de se soumettre aux pressions israéliennes à l'encontre de la liberté de la presse. Nous appuyons les appels à une enquête et exhortons le Comité International de la Croix Rouge et autres tribunaux compétents à entreprendre une enquête fouillée et impartiale des allégations selon lesquelles les Israéliens ont illégalement pris des organes à des Palestiniens" (6)

Parmi les soutiens officiels de la pétition on retrouve If Americans Knew, d'Alison Weir.

Weir a bien évidemment signé cette pétition "pour une enquête impartiale". Elle est en 3e position sur la liste des signataires.

Mais on trouve d'autres personnes, plus ou moins intéressantes. Leurs commentaires traduisent fort bien leurs inquiétudes... et souvent aussi leurs paranoïas:

Michelle J. Kinnucan est le nom de l'auteur d'un article passionnant sur les scandaleuses célébrations entourant la fête nationale israélienne. Elle y voit une célébration triomphante du racisme et du génocide: "The Jewish Federation's triumphal celebration of racism and genocide would be a travesty anywhere but such a display of wealth and power is even more egregious in a place like the State Fair neighborhood" (Palestine Chronicle). Salut à Z-Word Blog au passage.

On trouve au moins un pasteur, Edward P., qui recommande de "rester fort" (stay strong). Le bon berger a eu jadis des soucis avec la justice dans une sombre histoire d'achats de votes lors d'une élection... des broutilles (7). D'ailleurs ses amis le disent franchement, il a été condamné parce le jury était composé de Blancs et le juge était corrompu (8).

R. E., du Texas, a signé. Il a aussi donné 400$ à la campagne de Barack Obama en 2008 (Political Contributions). Comme quoi on peut être Démocrate et parfaitement "gullible".

Darlene Wallach profite de la pétition pour écrire que "This is beyond disgusting, atrocious, dispicable! Those participating must be held accountable!". Darlene Wallach, c'est aussi le nom d'une membre de Free Gaza Activists. Avec d'autres personnes elle a pris deux fois le bateau pour "briser le blocus" de Gaza.

R.H. écrit en commentaire: "Zionist butchers!". En voilà un qui a été convaincu par la rhétorique Weirienne.

I. S. pense qu'il faut mettre un terme aux crimes sionistes: "The criminal zionists need to be stopped before many more crimes are done by them"

Selon S. Al-M., le vol d'organes est contre l'éthique, la décence et la religion "y compris le judaïsme". Il ajoute dans la foulée que c'est particulièrement honteux lorsque le vol d'organes est commis par des rabbins juifs! Le pléonasme est offert, sans frais supplémentaire (Organs theft is whither by Jews or otherwise is against any standard of decency, ethics, religions including Judaism itself, human rights. It is mean and digusting. It is shameful specially when committed by Jewish rabbis who are supposed to be, instead, a guidance to their followers)

Eleanor O. commente ainsi: "The UN pictures of White Phosphorous being dropped intentionally on civilians in Gaza by Israel last January is another crime that Israel should be prosecuted for, along with the American corporations which devise and sell such weapons. It seems this "law-abiding" nation is anything but that!" Elle peut donner des leçons en matière de ventes d'armes et d'observation des lois internationales puisqu'elle fait partie du American-Iranian Friendship Committee.

Mark Dankof laisse un commentaire de soutien assez long dans lequel il félicite ses "bons amis" Alison Weir, mais aussi Chuck Carlson de We Hold These Truths (une organisation chrétienne plutôt anti-israélienne semble-t-il): "My good friends Alison Weir of If Americans Knew, and Chuck Carlson of We Hold These Truths, are among those doing an invaluable service for the world in attempting to get at the bottom of the latest tragedy involving the State of Israel. The organ harvesting and trafficking scandal, along with the USS Liberty tragedy, the Gaza genocide, and the Pollard/AIPAC spy cases, begs the question as to how much longer American conservatives specifically, and the American public generally, will allow the Israeli lobby to operate with complete impunity in its control of the media and government of the United States. Enough is enough"

M. Dankof est animateur sur RBN Radio, auteur, activiste etc., "membre de l'aile Taft/Buchanan du Parti Républicain". Un de ses récents invités était "Dr." David Duke, extrémiste de droite, ex-membre du KKK et auteur de "Jewish Supremacism: My Awakening to the Jewish Question". Ah, le suprémacisme juif...

J'ai gardé le meilleur (?) pour la fin. En 2e position sur la liste des signataires on trouve un certain Imad Mughniyah, Beirut. Soit il s'agit d'un homonyme, soit c'est un cas de communication avec l'au-delà. Imad Mughniyah était le nom d'un chef du Hezbollah. Il a été victime d'un attentat à Damas début 2008.

Conclusion (temporaire ?)

Comme souvent, on constate que des gens intelligents, des gens qui s'engagent pour soulager les souffrances d'autrui, ne sont pas immunisés contre la bêtise; plusieurs mettent leur esprit critique en berne et adoptent une vision proprement paranoïaque dès qu'il est question d'Israël.

Des agitateurs judéophobes profitent de cette hystérie ambiante.

Le problème du prélèvement d'organes "sauvage" (qui n'implique pas nécessairement un trafic) n'est pourtant pas propre à Israël; voir par exemple cette enquête actuelle en Grande-Bretagne (The Telegraph, merci à G.)

Comme tout commerce, légal ou pas, le trafic d'organes est fondé sur l'offre et la demande. Tant qu'il y aura des pauvres et tant qu'il y aura des malades en attente d'une greffe, le commerce continuera. Autant dire qu'on n'est pas sortis de l'auberge.

Vous ne trouverez pas cette info chez les anti-"sionistes" mais des Israéliens (y compris juifs, eh oui) s'efforcent de lutter contre les trafics et l'exploitation de la misère humaine. Lire par exemple ce texte de Yaakov Lavi (orthographe alternative Jacob Lavee) sur le site de Haaretz. L'auteur est directeur de l'unité de transplantation cardiaque au Centre médical Sheba de Tel-Hashomer, en Israël (autant dire qu'Alison Weir ne signera jamais de pétition en sa faveur...)

Y. Lavi constate qu'Israël est mal placé en matière de dons d'organes. Un adulte sur dix seulement aurait une carte d'autorisation de prélèvement. Il a même rencontré des malades en attende de greffe qui lui ont confié qu'eux-mêmes refuseraient de donner les organes d'un proche, s'il venait à mourir! [Nancy Scheper-Hughes, qui peut très bien faire des observations pertinentes, pense que les pays musulmans ainsi qu'Israël ont des difficultés dans ce domaine car leurs habitants auraient souvent l'impression que le don d'organes contrevient à des préceptes religieux.]

Lavi suggère une solution originale: introduire un nouveau critère afin d'établir la liste d'attente des malades. Parallèlement aux critères médicaux habituels (qui resteraient prépondérants), il propose de prendre en considération l'attitude du patient envers le don d'organes. Toutes choses égales par ailleurs, un patient qui aurait signé -un an ou deux auparavant- une autorisation de don grimperait un peu plus haut dans la liste d'attente.

Augmenter le nombre des dons est sans doute le meilleur moyen de tarir le trafic.

Dans cette conclusion nous nous sommes bien éloignés d'Aftonbladet et de If Americans Knew. C'est normal: Jacob Lavee n'a pas encore fait don de son cerveau. Et lui il s'en sert.

Vous êtes dégoûté par le commerce des organes? Signez une autorisation de prélèvement! Ce sera cent fois plus efficace que de signer une pétition débile. Au fait, combien de personnes parmi les 500 et quelques signataires de la pétition de Weir & Cie sont des donneurs d'organes? On se le demande...


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NOTES

(1) "... in the 1990s, specialists at Abu Kabir harvested skin, corneas, heart valves and bones from the bodies of Israeli soldiers, Israeli citizens, Palestinians and foreign workers, often without permission from relatives"

(2)
Organs Watch est une organisation californienne créée en 1999. Son centre d'intérêt est le commerce des organes à travers le monde. Nancy Scheper-Hughes est un des quatre fondateurs - source Univ. de Californie, Berkeley.

(3)
The fact is, however, that Israeli organ harvesting—sometimes with Israeli governmental funding and the participation of high Israeli officials, prominent Israeli physicians, and Israeli ministries—has been documented for many years.

(4) Three Monkeys Online se présente ainsi: "
a free current affairs and arts magazine, produced by writers in Ireland, Italy, Spain and the UK. The Magazine was founded in 2004 by a small group of writers with a clear idea that internet publishing could be about more than simply gossip, conspiracy theories, and dodgy you tube videos. It doesn't have to focus on Paris Hilton. It can be about in-depth interviews, debates, intelligent opinion pieces, and reviews. We hope you enjoy our take on what an online magazine can and should be"

(5) Scheper-Hughes said that while Palestinians were "
by a long shot" not the only ones affected by the practice in the 1990s, she felt the interview must be made public now because "the symbolism, you know, of taking skin of the population considered to be the enemy, (is) something, just in terms of its symbolic weight, that has to be reconsidered." (NY Times)

(6) As people deeply concerned with human rights, we believe it is essential to listen respectfully when occupied people speak about war crimes committed against them. Therefore, we support Donald Boström and Aftonbladet in their decision to publish "Our sons plundered for their organs." We salute the Swedish government's refusal to submit to Israeli pressure and undermine the freedom of the press. We support calls for an investigation and urge the International Committee of the Red Cross, and other competent tribunals to undertake a thorough, impartial investigation of allegations that Israelis have unlawfully removed organs from Palestinians.

(7) In 2007, P. was convicted for paying people $5 to vote in a recall election for a congressional seat in Michigan's 6th District that he lost. He warned that the Lord would smite the judge who sentenced him to probation with "
consumption and with a fever and with an inflammation and with extreme burning," referring to a passage in Deuteronomy (USA Today).

(8) This conviction was made possible by a biased jury - and the corrupt Judge, courts, police, and prosecution (...) the prosecution's first victory came when an all-white, middle-class jury was selected. (Blog)

jeudi 24 septembre 2009

Discours du sous-chef iranien: le Canada boycotte

Une traduction en français du discours du président iranien M. Ahmadinejad est disponible sur le site de l'UPJF.

Antisémitisme et négationnisme étaient au menu; un discours classique de la part d'un despote en second (1) qui n'a pas grand-chose à perdre. Selon Le Figaro, M. Ahmadinejad a "joué la provocation" (voir aussi la vidéo, en anglais, sur la page du Figaro):
Une douzaine de délégations [dont le Canada! La France et les USA se sont également abstenus] a quitté cette nuit à New York la salle de l'Assemblée générale de l'ONU pour protester contre le discours du président iranien, jugé antisémite.
D'après Le Figaro et La presse canadienne, le "parterre était à moitié vide" à la fin du discours du président iranien.


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(1) Au-dessus de lui se trouve le Leader "spirituel", Ali Khamenei, successeur de Khomeyni.

samedi 5 septembre 2009

Sur le front culturel de la lutte "antisioniste"

La campagne "kauft nich bei Zionisten" continue.

Tandis qu'en France les "antisionistes" préparent leurs slogans haineux et leurs pancartes à l'occasion d'un match de football Bordeaux-Haifa (1), au Canada et ailleurs dans le monde l'assaut est lancé contre le Toronto International Film Festival (TIFF): le Festival international du cinéma de Toronto, qui consacre une petite partie de son programme (City to City) à Tel-Aviv.

Ken Loach (voir un précédent billet) fait partie des "insurgés", de même que Jane Fonda et plusieurs autres artistes/activistes hypersélectifs dans leur choix de pays à boycotter (ils n'en boycottent qu'un, comme par hasard le seul État juif au monde, mais c'est purement un hasard - et ils ne boycottent aucun autre pays impliqué dans le conflit, comme l'Iran, la Syrie ou le Liban etc., ce qui démontre que ce n'est pas le conflit en soi qui les dérange).

Les partisans du boycott total de l'État juif ont même leur petit blog pour l'occasion.

On peut y lire les habituelles "critiques": TIFF serait complice de la "machine de propagande israélienne" et le programme City to City est décrit comme une "campagne de propagande" en faveur du "régime d'apartheid". On y met en cause le financement du Festival, et on peut lire également que Tel-Aviv "a été construite sur des villages palestiniens détruits". On perçoit ici une hostilité fondamentale qui n'a plus grand-chose à voir avec le statut des territoires disputés, ou la récente opération militaire israélienne dans la bande de Gaza...

Le Toronto Star résume la situation. Je recommande également la lecture d'une lettre ouverte signée par Cameron Bailey, vice-président du TIFF, sur le site du Festival: An Open Letter on City to City: Tel Aviv.

On peut ainsi apprendre que les "critiques-de-la-politique-d'Israël" font des insinuations mensongères lorsqu'ils mettent en cause le financement et l'indépendance du TIFF : "No, it isn't true. The state of Israel and our government are not funding TIFF in any way. It isn't part of the branding project, and is completely separate and had nothing to do with us", a ainsi déclaré un porte-parole du consulat général d'Israël à Toronto cité par The Star.

On apprend également que les organisateurs du Festival avaient proposé aux "critiques" de voir les films présentés dans le cadre de City to City: Tel-Aviv et de les juger sur leur contenu, et non pas uniquement sur leur provenance. Cette accommodante proposition a été rejetée par les activistes "antisionistes". Pour eux, il suffit qu'un film soit israélien pour être assimilé à une "campagne de propagande" du "régime d'apartheid", et donc rejeté.

Ken Loach et ses amis ont acquis une certaine expérience dans l'intimidation des Festivals culturels, que ce soit en Écosse ou en Australie. Ils peuvent compter sur une partie de la population, prompte à condamner Israël et sa "propagande" (2) que ce soit par ignorance, par conformisme ou bien par sincère conviction antisémite.

Reste à savoir si le Festival sera contraint de céder sous la pression et la haine, ou si la raison l'emportera.

Update
Cameron Bailey, dans sa lettre ouverte, déclare que le choix de Tel-Aviv n'a pas été simple et que la ville reste un "territoire contesté" [We recognize that Tel Aviv is not a simple choice and that the city remains contested ground]. Une telle déclaration me semble plutôt inquiétante. Si même des adversaires du boycott d'Israël considèrent Tel-Aviv comme une "zone contestée", on n'est pas sortis de l'auberge...

Vu sur Z-Word Blog, un article signé Charles Lewis paru dans le National Post (journal canadien) qui se moque ouvertement des boycotteurs et de leur obsession anti-Israël:
It is no surprise that they are targeting a series of 10 films about Tel Aviv. Every protest today by intellectuals or artists who think they are intellectuals has to be about Israel. It is the worst country in the world, is it not?
Lewis termine par un appel au boycott de son goût, une grinçante parodie du boycott lancé par les "stars" anti-israéliennes:
So I have decided to protest. As far as I am concerned all the 50 people who have signed this letter of protest are nothing more than that single signature. Nothing that has come before or is to come will ever change that. I will never read a Naomi Klein book. I will burn my Jane Fonda exercise tapes. I will boycott any movie that Danny Glover has ever been in or will be in and I am throwing out every CD on which David Byrne appears. The same goes for all the rest, but in all honesty I hoped never to read another Alice Walker book as long as I lived, so that will be easy.

Not that I have anything against these people; some of my best friends are artists.
Marc Cassivi, chroniqueur à La Presse, parle un peu de cette histoire de boycott en marge d'un article sur le Festival. Il écrit que le programme City to City: "rend hommage à la capitale israélienne Tel Aviv" (La Presse). Dans le monde abstrait et déconnecté du réel qu'est le politiquement correct, Jérusalem est transportée magiquement dans la banlieue de Tel-Aviv. Mystérieux pouvoir des mots!


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(1) Il s'agit ici du vrai football, et non pas du sport pratiqué en Amérique du Nord et que l'on appelle abusivement "football".

(2) Voir Eytan Fox et son film "The Bubble" assimilés à une "machine de propagande israélienne" devrait suffire à ridiculiser définitivement les signataires de l'appel au boycott.

dimanche 23 août 2009

Aftonbladet se fait passer pour une victime

Le 17 août, le populaire tabloïd suédois Aftonbladet publiait dans ses pages "Culture" un article signé Donald Boström intitulé "Våra söner plundras på sina organ" (On vole les organes de nos fils).

Dans cet article, Boström établit une connexion entre une affaire toute récente de trafic d'organes aux USA, et un mythe qui commence à dater: celui des Juifs voleurs d'organes.

Boström n'a strictement rien d'autre à porter au "débat" que cette vieille rumeur. Le problème est que son article ne précise absolument pas aux lecteurs la banalité de ce mythe.

Il ne mentionne pas par exemple le feuilleton iranien "Zahra's Blue Eyes" diffusé en 2004, dans lequel les vilains sionistes kidnappent des enfants pour voler leurs yeux (Våra barn plundras på sina ögon -on vole les yeux de nos enfants- ferait un très beau titre pour une adaptation suédoise).

Il ne mentionne pas "Matzah of Zion", titre d'un bouquin de Mustafa Tlass, ex-ministre de la Défense syrien, qui présentait les meurtres dits "rituels" comme une réalité (selon cette très très vieille légende les méchants Juifs tueraient des goyim, de préférence des enfants, afin de voler leur sang, nécessaire à la préparation de certaines recettes comme la matza de Pâque). Ce bouquin date de 1986.

Boström se garde bien également de mentionner le succès de ce mythe sur les sites Internet antisémites (pardon... antisionistes). Plusieurs sites se repassent depuis 2002 le contenu d'une nouvelle publiée par le Tehran Times, selon laquelle trois adolescents palestiniens auraient été abattus de sang-froid à Khan Younes, leurs organes prélevés, les corps recousus et restitués (ce sont ces sites qui se réfèrent au Tehran Times). C'est exactement le scénario de l'article de Boström.

Pas un mot sur un article d'Al-Ahram (Égypte) en 2000 reprenant ces accusations de meurtre rituel (cf. Nouvel-Obs). Pas un mot sur Le cavalier sans monture, feuilleton égyptien basé sur les "protocoles" et diffusé en 2002 , ni sur Al-Shatat, production télévisuelle syrienne diffusée sur la chaîne du Hezbollah au Liban, qui fait aussi la part belle aux "meurtres rituels".

* * *

Jan Helin, rédac-chef d'Aftonbladet, préfère se plaindre amèrement de la "campagne" qui se "déchaîne" contre son honnête journal, mais le fait d'avoir jugé pertinent d'accepter la publication du plus classique des ragots antisémites ne semble pas le troubler le moins du monde. Ce dimanche 23 août il persiste et signe dans un article, "Det var veckan då världen blev galen" (La semaine où le monde est devenu fou).

Selon Jan Helin, "Avsikten var ställa ett antal frågor om illegal organtrafficking" (L'objectif était de poser un certain nombre de questions sur le trafic illégal d'organes). Ce qui est tout simplement faux: l'objectif de l'article de Boström était d'établir un lien entre une authentique enquête (du FBI! aux USA!) avec des rumeurs antijuives circulant -entre autres- au Moyen-Orient. Même le choix des photos illustrant l'article était parfaitement clair: tout d'abord deux jeunes lanceurs de pierres, puis une photo du corps d'un Palestinien restitué à la famille après autopsie, enfin la photo de Levy Izhak Rosenbaum, citoyen américain, lors de son arrestation par le FBI. Si avec ça le lecteur ne comprend pas...

Jan Helin admet de nouveau, ce 23 août, qu'il n'y a pas la moindre preuve impliquant des Israéliens (ou des Juifs américains comme Levy Izhak Rosenbaum) dans des vols d'organes sur des cadavres "frais" de Palestiniens. Mais il persiste à présenter le rapprochement entre les souvenirs de Boström et l'enquête américaine en cours comme légitime. Un bon travail journalistique, croit Jan Helin:
"Inga av dessa i sig ostridiga faktauppgifter bevisar organstöld. Men det var, enligt mig, fog för att publicera en kulturartikel som ställer ett antal frågor"
[Aucun de ces faits incontestables en soi -sic- ne prouve qu'il y ait eu vol d'organe. Mais c'était suffisant, selon moi, pour permettre la publication d'un article culturel posant un certain nombre de questions]
Jan Helin, comme d'autres responsables du journal, refuse de prendre en compte la thématique indéniablement antijuive de l'article publié par son journal. Au contraire, il nie avec véhémence tout soupçon d'antisémitisme et présente le pamphlet de Boström comme un ensemble de "faits" incontestables, qui suscitent "des questions" auxquelles les Israéliens refusent de répondre. L'édition du 23 août propose même une entrevue avec la famille de Bilal Ghanem (qui servait d'exemple à Boström dans son article du 17), famille qui continue à croire et affirmer "que les organes de leur garçon ont été volés".

Perseverare aftonbladetum...

* * *

La tactique d'Aftonbladet depuis le début de cette affaire consiste à renverser l'accusation: ce sont ceux qui ont osé critiquer le journal qui posent un danger à la liberté de presse et d'expression: yttrande- och pressfriheten. Ces mots sont répétés comme un mantra par les responsables du journal.

La meilleure défense étant, dit-on, l'attaque, Aftonbladet s'emploie à transformer la publication d'un article fondé sur un mythe antijuif en une affaire de vie et de mort pour la liberté de la presse. Abracadabra!

Aftonbladet a reçu l'aide de certains parlementaires de l'opposition de gauche, notamment Per Gahrton, du Miljöpartiet de Gröna - les Verts suédois). Per Gahrton s'était déjà illustré dans le passé en prenant la défense d'Ahmed Rami, fondateur de la radio (puis du site Internet) Radio Islam, bien évidemment au nom de la liberté d'expression (Gahrton aurait quand même déclaré que Rami est un raciste qui fait du tort à la cause palestinienne) et avait comparé le "lobby israélien en Suède" aux Hells Angels (sorte de mafia sur deux roues) avant de s'excuser... auprès des Hells!

Cette tactique ne trompe personne, et certainement pas Sydsvenskan, journal local -tendance libérale- du sud de la Suède, qui dès le 19 août publiait une courte opinion intitulée "Antisemitbladet" (jeu de mot sur le nom du journal Aftonbladet). Mats Skogkär mettait clairement en évidence les failles de l'article de Donald Boström: des éléments disparates, le vieux mythe des crimes rituels, un raisonnement conspirationniste pour lier le tout. L'auteur concluait avec ironie, anticipant la ligne de défense du journal: "Antisemitism? Nej, nej, bara Israelkritik" (Antisémitisme? Non, non, juste une critique d'Israël).

Sydsvenskan se penchait également, le 21 août, sur les tentatives de Jan Helin & Cie pour transformer leur erreur de jugement en une question de liberté d'expression: Försök inte, Aftonbladet (N'essaye pas, Aftonbladet). À propos de la prise de position de l'ambassadrice de Suède en Israël, Elisabeth Borsiin Bonnier, prise de position qui a été utilisée sans honte par Aftonbladet afin de se faire passer pour une victime, Sydsvenskan écrit :
"Regeringen och svenska myndigheter skall inte försöka styra vad som skrivs i svensk press – det gäller även ambassadörer. Det är fullt tillåtet att trycka smörja i Sverige, och skall så vara"

[le gouvernement et les administrations suédoises ne doivent pas essayer d'influencer ce qui est écrit dans la presse nationale - cela vaut également pour les ambassadeurs. Il est parfaitement autorisé, en Suède, d'imprimer des saloperies, et cela restera ainsi]
Puis Sydsvenskan, ayant rappelé ce dogme sacré pour l'ensemble des médias suédois, (re)taille de belles croupières à Aftonbladet pour avoir laissé passer un article aussi grossier et mal fichu, pointe les méthodes pour le moins douteuses de Donald Boström, et cherche le lien entre l'accusation de vol d'organes et l'enquête du FBI. La connexion réside-t-elle dans le fait que des gens, prêts à venir aux USA pour vendre un organe, étaient Israéliens? Mais ils étaient bien vivants et munis de visas, ils n'ont strictement aucun rapport avec la mort d'un Palestinien en 1992. Le lien établi par Boström ne résiderait-il pas plutôt dans le fait que certains suspects américains interrogés par le FBI sont juifs?

Sydsvenskan conclut:
Svenska myndigheter har inget skäl att be om ursäkt för vad som publiceras i svensk press (...)

Men smörja är och förblir smörja. Aftonbladet bör inte komma undan så lätt

[Les autorités suédoises n'ont aucune raison de s'excuser pour ce qui est publié dans la presse suédoise (...) Mais une saloperie est et reste une saloperie. Aftonbladet ne devrait pas s'en tirer aussi facilement.]
Voilà qui est bien dit.


Update
À lire, sur le sujet:
EISCA (European Institute for the Study of Contemporary Antisemitism), Recycling Old Libels
Fred i Mellanöstern (blog)
MEMRI, à propos du feuilleton iranien "Zahra's Blue Eyes"

Ainsi que la pertinente réaction de Benny Dagan, ambassadeur d'Israël en Suède, en réponse à un journaliste suédois qui lui demandait candidement si Israël ne devrait pas enquêter sur les allégations d'Aftonbladet:
"You know what, I have a suggestion for you," Dagan retorted. "Why won't you investigate why the Mossad and the Jews were behind the bombing of the twin towers? Why won't we investigate why Jews are spreading AIDS in the Arab countries? Why won't we investigate why Jews killed [Christian children to bake Matzot on Pessah]?"
Enquêter sur le rôle des Juifs dans les attentats contre le World Trade Center, la diffusion du SIDA dans les pays arabes, ou le meurtre d'enfants chrétiens, ce ne serait effectivement pas plus con qu'enquêter sur la foi des fantasmes de Boström & Cie (ce n'est pas une blague du tout: Aftonbladet a réellement suggéré une enquête internationale).

jeudi 20 août 2009

Juifs voleurs d'organe - critique d'Israël ou antisémitisme?

Un journal suédois, Aftonbladet (1), publie un article signé Donald Boström: "On vole les organes de nos fils".

Haaretz résume, en anglais, les accusations contenues dans l'article ainsi que la réaction d'un autre journal suédois, Sydsvenskan, qui a publié une courte tribune fort justement intitulée "Antisemitbladet". Lire aussi Engage: Blood libel in maintream Swedish newspaper.

Le rédacteur en chef d'Aftonbladet, Jah Helin, a eu une réaction parfaitement prévisible. Il se planque derrière la liberté de la presse, et se permet même d'accuser l'ambassadrice de Suède en Israël d'avoir vertement critiqué le pamphlet.

Bref, une fois de plus (et ce ne sera pas la dernière), la "critique" d'Israël recycle les vieux poncifs antisémites (le mythe du Juif suceur de sang remonte au Moyen-Âge).

Pendant ce temps, Jean Daniel (inamovible ponte du Nouvel Obs) écrit une lettre ouverte à Maurice Szafran. En résumé il félicite ce dernier pour son dernier éditorial, l'approuve chaleureusement, et reprend à son compte la dernière diffamation à la mode: c'est l'attitude du CRIF qui génère l'antisémitisme.

Quelque chose me dit que Jan Helin et Donald Boström seraient entièrement d'accord. On n'en est plus à une diffamation antijuive près.


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(1) et ce n'est pas un journal d'extrême droite: "Aftonbladet est détenu par la confédération suédoise des syndicats (à 50,1%) [et] se définit comme étant indépendant, mais d'orientation sociale-démocrate" (Wikipedia).

dimanche 9 août 2009

Amour de la justice, ou bien haine des "sionistes"?

Tout d'abord un petit résumé: le gang responsable du rapt, de la torture, puis de la mort d'Ilan Halimi a été jugé en France. Dans plusieurs cas les juges ont attribué des peines plus légères que celles réclamées par le procureur, ce qui a vivement ému la famille. Le ministre de la Justice, Madame Alliot-Marie, a demandé au Parquet de faire appel de ces sentences "trop légères".

Voici la réaction de la prétendue "Union juive française pour la paix" (1), à propos de la décision de la ministre de la Justice (communiqué émis le 23 juillet) :
On ne saurait admettre les pressions communautaristes du CRIF et d’autres associations juives confondant justice et vengeance
et un peu plus loin :
Les parties au procès peuvent, comme le ministère public, faire appel du jugement. C’est leur droit. Telle n’a pas été la suite des évènements : des instances communautaires conduites par le CRIF ont fait pression, avec le relais de médias, pour que la ministre de la Justice, représentant le gouvernement, fasse appel. Elle s’est exécutée.
le tout se termine par une autre accusation particulièrement perverse:
Car dans les suites du verdict nous assistons à une double régression : il en va d’abord de l’indépendance de la justice par rapport au pouvoir politique, mais également des valeurs de la République qui devraient s’opposer au communautarisme, « ethnique » et pro-israélien, du CRIF qui ne peut que renforcer l’antisémitisme en France.
En résumé:

1) le CRIF et "autres organisations juives" donnent leurs ordres -via les médias- à la ministre de la Justice, qui s'exécute...

2) ce sont les actions des "communautaristes" ethniques et pro-israéliens qui suscitent l'antisémitisme en France (2)

Ce dernier point me rappelle fortement la réaction que la bonne société réservait aux victimes de viol, jadis. Le viol, c'était la faute des jupes trop courtes, la faute du maquillage, bref la faute de la femme, cette éternelle Jézabel, aguicheuse impénitente, qui mène de pauvres hommes à leur perte.

En 2009, si quelqu'un s'avisait d'afficher une telle opinion sur la culpabilité des femmes violées il se ferait -au minimum- rire au nez. Accuser les "communautaristes" ou les "sionistes" (en clair: les Juifs) d'être la cause du racisme qui les frappe encore parfois est, par contre, très bien accepté.

Ces accusations sont proférées également par des groupes "propalestiniens" et bien évidemment par des militants d'extrême gauche (3) , bien incapables de percevoir ce que de tels propos ont de ridicule et de choquant.

La haine envers les "sionistes" autorise et sanctifie bien des dérapages.

Update
Dans son éditorial (Marianne du 8-14 août) Maurice Szafran, sous le prétexte de répondre à une chronique d'Adler qui ne mentionne même pas Marianne, reprend les mêmes accusations: "(...) le bras politique des Juifs de France a mis en place une implacable machine à fabriquer de... l'antisémitisme". M. Szafran décrit le Crif comme un "bras politique". Mais dans ce cas comment peut-on protester lorsque le Crif s'implique dans le débat public? Comment peut-on oser écrire et dire que, si le Crif s'oppose et critique, c'est au risque de "fabriquer de l'antisémitisme"? Fermer sa gueule et raser les murs, ou bien parler, protester, critiquer, et donc générer de l'antisémitisme: c'est ça le choix offert aux Juifs de France en 2009? Prasquier et le CRIF ont visiblement de solides ennemis, à l'extrême gauche autant qu'au centre...


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(1) Je ne perçois pas bien ce que cette association a de "juive", et encore moins en quoi elle serait "pour la paix" puisque ses dirigeants sont en faveur du démantèlement de l'État juif (ce qui serait une manière, je l'admets, de régler "le problème" une bonne fois pour toutes). Il semble que certains individus, aussi Juifs que moi je suis Espagnol (je suis très sérieux, j'ai des origines espagnoles) se souviennent de leur judéité uniquement lorsqu'il s'agit de "critiquer" Israël et de diffuser la bonne parole "antisioniste". Ce type de revendication m'a toujours laissé perplexe; en quoi le fait d'avoir un papa ou une mamie juive donnerait plus de poids aux opinions "antisionistes" de quiconque? Mystère.

(2) Le patron de l'ujfp, Pierre Stambul, émet régulièrement ce genre de propos. Ainsi en juin 2008 écrivait-il que: "les sionistes (...) prétendent que toute critique d’Israël est forcément antisémite alors qu’au contraire leur politique provoque un nouvel antisémitisme"

(3) La rengaine sur "Le Lobby qui contrôle le gouvernement et les médias" se retrouve, bien sûr, dans les milieux d'extrême droite.

mardi 4 août 2009

Une nouvelle qui ne fera pas la Une des médias "antisionistes"

Il ne faudra pas compter sur les médias (professionnels ou associatifs) qui se font une spécialité de "critiquer" quotidiennement Israël pour apprendre ce genre de nouvelles :
Le Hamas ferme les frontières
Par YAAKOV KATZ (Jérusalem Post)

Cinquante Palestiniens censés se rendre en Israël depuis la bande de Gaza, mardi, ont été refoulés par les forces de sécurité du Hamas. La majorité des migrants devaient essentiellement obtenir des soins médicaux de l'autre côté de la frontière.

Plusieurs membres du mouvement islamiste ont barré la route de la jonction Beit Hameches - à l'ouest du point de passage d'Erez - et bloqué le passage des Palestiniens.

De source officielle israélienne, le Hamas visait surtout à empêcher le passage de membres du Fatah, qui se seraient déguisés et qui prévoyaient de se rendre à l'assemblée générale du parti à Bethléem mardi.

(...)

Il est probable que le Hamas accepte finalement de laisser passer les Palestiniens, une fois que l'état de santé de ces derniers aura été vérifié.
Voilà le genre de nouvelle qui laissera totalement indifférents les "antisionistes" de tous bords, puisqu'elle concerne une mesure prise par "la résistance".

Les "antisionistes" préfèrent laisser croire que les hôpitaux israéliens sont interdits aux Arabes.

mardi 21 juillet 2009

L'UE critique la colonisation de Lhassa

Voilà une nouvelle qui réchauffera le coeur de tous les sympathisants de la cause tibétaine (La Presse, 21/07/09) :

L'UE, la France et la Russie ont joint leurs voix mardi à celle des États-Unis pour amener la Chine à stopper sa politique de colonisation de Lhassa, accentuant la pression internationale sur le gouvernement de Wen Jiabao qui a refusé jusqu'à présent de plier.

Usant d'un langage assez sévère, la présidence suédoise de l'Union européenne a enjoint Pékin de s'abstenir de toute action «provocatrice» à Lhassa. Catégorie dans laquelle elle a rangé les «démolitions» de maisons tibétaines et les «évictions» des familles y habitant qu'entraînera la construction du nouveau quartier de colonisation auquel les autorités locales ont donné leur feu vert

Mieux encore, Paris a révisé radicalement ses récentes positions, qui étaient plutôt fraîches vis-à-vis des Tibétains :

La France a convoqué au Quai d'Orsay l'ambassadeur chinois à Paris, M. Kong Quan, afin de réclamer à la Chine l'arrêt de cette colonisation

Le président français, Nicolas Sarkozy, n'a pas oublié les Ouïghours et la crise récente au Xinjiang :

M. Sarkozy a estimé que «le temps joue pour les extrémistes» et qu'il était nécessaire de «prendre des initiatives fortes pour pousser fortement les parties à prendre le chemin des négociations et à ramener la paix sociale », selon la présidence française

M. Sarkozy vient de remonter très fortement dans mon estime, même si je sais qu'une telle prise de position sera rapidement suivie de sanctions chinoises.

* * *

Pardon?

Vous avez du mal à y croire?

Allons donc... c'est écrit dans le journal.

Voici la conclusion de La Presse :

L'objectif affiché des promoteurs est de siniser Lhassa, occupée par la Chine depuis octobre 1950, et dont les Tibétains voudraient faire la capitale de l'État auquel ils aspirent

Vous doutez encore?

Vous avez raison.

Remplacez simplement Chine par Israël, Lhassa par Jérusalem, Chinois par Israéliens et Tibétains par Palestiniens, oubliez carrément les Ouïghours, et voilà : retour sur Terre, vous obtenez le vrai compte-rendu de l'AFP. Le monde tourne toujours aussi rond, Israël en est toujours l'axe (du mal, certes, mais c'est plutôt flatteur d'être un tel centre d'attention, non?)

Morale de l'histoire? Il y en a deux :
1) mieux vaut avoir des Juifs pour ennemis plutôt que des Hans, et
2) la non-violence, ça ne marche vraiment pas.

Le chantage de Ken Loach n'a pas ému les Australiens

Le réalisateur engagé exigeait du festival qu'il refuse la subvention de l'ambassade israélienne.

Les organisateurs du festival du film de Melbourne, Australie, ne sont pas laissés intimider par les pressions de Ken "Antisemitism is understandable" Loach et ont refusé de céder à son "chantage" (leur terme) (Haaretz).

Le président du festival, Richard Moore, a été clair : on ne boycotte personne, ni la Chine, ni Israël, ni aucun autre pays impliqué dans d'autres longues querelles historiques :

"MIFF understands that that this issue is a particularly emotional one for people, but we will not participate in a boycott against the state of Israel, just as we would not contemplate boycotting films from China or other nations involved in difficult long-standing historical disputes," ABC quoted him as saying.

"Mr Loach's decision is part of an orchestrated campaign to target events that are in receipt of financial support from the state of Israel. Loach requested that we join the boycott and as an independent arts organization. MIFF has refused," he said (Haaretz)

Les Australiens ont ainsi refusé de suivre l'exemple des organisateurs du festival d'Édimbourg, en Écosse, qui eux avaient cédé devant les menaces de Ken A.i.U. Loach. Les Écossais avaient décliné une subvention israélienne de... 300 livres sterling (1) pour satisfaire les caprices si "sélectifs" du célèbre réalisateur (Haaretz).

Voilà qui me donne le goût d'aller au cinéma vendredi soir.


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(1) soit 350 euros ou 551 $.

samedi 11 juillet 2009

La peur et la haine

La cause palestinienne compte dans ses rangs plusieurs militants qui s'identifient comme juifs ou d'origine juive.

Certains, au fil des ans, préfèrent s'éloigner de leurs anciens camarades. La rupture est parfois radicale, comme dans les cas de Luc Rosenzweig ou Nathan Weinstock.

Lucy Michaels a, en 2004, rédigé un article sur son expérience au sein du mouvement propalestinien.

Elle ne s'y est pas toujours sentie très à l'aise et elle en témoigne dans ce texte intitulé "Fear and Loathing" (La peur et la haine). Voici le début du texte, en français:

C'est seulement ces derniers mois que j'ai trouvé le courage de parler à certains de mes amis (juifs et non-juifs) au sein du mouvement de solidarité avec la Palestine, et plus largement au sein du mouvement antimondialisation et antiguerre, au sujet des difficultés que j'ai éprouvées en tant que juive au sein de ce mouvement. Il m'a aussi fallu du temps pour nommer ces difficultés : racisme antijuif, ou judéophobie.

La première fois que j'ai rejoint la lutte pour les droits des Palestiniens, c'était à l'occasion d'un rassemblement sur Trafalgar Square en 2002. En un tel lieu je pouvais rester anonyme tout en soutenant la cause en laquelle je croyais. Cependant, c'est avec horreur que j'ai observé les diverses réactions lorsqu'une pacifiste juive israélienne a pris la parole.
'L'occupation c'est la terreur!' a-t-elle dit. 'Elle apporte le désespoir dans les coeurs des jeunes palestiniens, filles et garçons. Mais les attentats suicide n'aident pas la lutte palestinienne. Ceux qui envoient ces enfants - Hamas, Jihad islamique, Tanzim – font le jeu de Sharon.'

En entendant cela, un groupe de jeunes fondamentalistes musulmans, certains d'entre eux avec les rouleaux de papier hygiénique vides attachés autour de la taille pour imiter des bâtons de dynamite, s'avancèrent vers l'estrade en jetant des bouteilles et en scandant '
Scud, Scud, Israël ! Gaz, gaz, Tel-Aviv !' et en arabe 'mort aux juifs!'. J'ai été encore plus horrifiée en voyant cette femme continuer malgré tout son discours, sans le moindre soutien. Aucune des personnes assises sur l'estrade n'a levé le petit doigt pour s'opposer à un racisme aussi flagrant. Quand elle a quitté la tribune, le président de l'assemblée lui a repris le micro avec ce commentaire: 'Eh bien, nous ne sommes pas tous d'accord avec la dernière intervenante...'

Ce qu'exprimait massivement la gauche britannique ce jour-là, ce n'était pas tant de la solidarité avec les Palestiniens qu'une virulente hostilité envers Israël et par extension envers quiconque n'aurait pas exprimé sa honte d'être juif ou son rejet radical de l'État juif.

La notion de racisme antijuif a été si étroitement associée à la Shoah (Holocauste) que ses manifestations plus subtiles et quotidiennes nous échappent bien souvent. Bien sûr on n'envoie plus les Juifs dans des chambres à gaz, et en Grande-Bretagne les attaques racistes contre des personnes ou des bâtiments sont heureusement rares. Cependant il y a des exemples, en particulier à propos d'Israël et de la Palestine, où attitudes et expressions judéophobes ressortent souvent (...)

C'est une grande différence entre ceux que l'on pourrait rapidement définir comme des "amis d'Israël" et les propalestiniens : les premiers sont motivés par leurs affinités, par un lien affectif avec le pays, ses habitants (certains d'entre eux du moins), avec la langue, la littérature, ou tout simplement par la reconnaissance du droit des Juifs à l'autodétermination.

À l'inverse, ce qui frappe chez nombre de "propalestiniens" c'est que leur engagement se fonde volontiers non pas sur l'amour pour les Arabes palestiniens et leur culture, mais sur la haine envers les Israéliens (ainsi que les "sionistes" en France ou au Canada). Il suffit pour s'en rendre compte de lire la prose et d'observer les actions des multiples groupes "propalestiniens".

Pour revenir à Nathan Weinstock, la revue "L'Arche" avait publié son témoignage à l'été 2006, on peut encore le trouver en ligne sur le site de l'UPJF. Extrait :

Un petit fait vécu, dont je me suis avéré incapable de saisir la portée, à l’époque, l’illustre amplement. Mes écrits antisionistes m’avaient valu d’être invité à la tribune de la GUPS (General Union of Palestinian Students) en 1967, à Paris, quelques jours avant la Guerre des Six Jours. J’avais décidé de saisir l’occasion de cette prise de parole pour adresser solennellement à l’assemblée un message officiel émanant du Matzpen, groupuscule antisioniste israélien d’extrême gauche. Il s’agissait d’une première (Éric Rouleau, du Monde, fit même un papier au sujet de ma venue). J’espérais opérer une brèche dans le mur d’incompréhension réciproque… Et, dans mon insondable naïveté, j’imaginais que je serais assailli d’interrogations au sujet des militants israéliens dont j’apportais le salut, qu’on se réjouirait d’entendre que les revendications des Palestiniens avaient recueilli un écho de l’autre côté de la frontière…

Pensez-vous ! Personne - j’insiste: aucun des organisateurs ou des auditeurs ne s’est intéressé au message ou au Matzpen. Ils s’en fichaient royalement, car ils avaient bien mieux à faire. En proie à un état de surexcitation incroyable, l’oreille vissée à leur transistor, ils frémissaient tous à l’écoute de Radio-Le Caire, savourant avec délices l’annonce selon laquelle les vaillantes armées arabes étaient sur le point de jeter l’agresseur sioniste à la mer.

Bref, loin de représenter un interlocuteur, je me trouvais relégué à la seule place réservée aux adversaires juifs d’Israël: celle de l’«idiot utile».

Et «utile», je l’étais en effet. Les invitations pleuvaient sur mon bureau. Tout le monde voulait m’entendre dénoncer Israël l’innommable. À chaque fois, le scénario parisien se répétait. Soutien inconditionnel des auditeurs aux pires aberrations des fedayin (surtout les pires: les outrances extrêmes ne sont-elles pas la preuve d’une foi révolutionnaire inébranlable ?). Haine sans limites pour les Israéliens, quels qu’ils soient.

Peu à peu, il me devint impossible d’ignorer un antisémitisme insidieux et omniprésent, suintant à travers toutes ces déclarations enflammées de soutien et ces dénonciations aveugles. On vomissait d’abord les «sionistes», pour démasquer ensuite l’«emprise des sionistes» sur les médias et aboutir bientôt à mettre en cause la «domination mondiale sioniste». Quand on me citait, c’était toujours en prenant soin de gommer préalablement les (trop rares) passages critiques envers les Palestiniens ou les directions arabes. Car ce n’étaient évidemment pas mes écrits qui les intéressaient, mais uniquement la possibilité de se servir de mon nom pour cautionner leur haine du Juif.


[Extrait de L’Arche n° 579-580, juillet-août 2006. Numéro spécimen sur demande à info@arche-mag.com. Reproduction autorisée sur internet avec les mentions ci-dessus]

Depuis l'époque évoquée par Nathan Weinstock la situation ne s'est pas vraiment améliorée.

mardi 2 juin 2009

L'anti-"sionisme" de gauche en action

Il n'est jamais très surprenant de voir des thugs d'extrême droite s'en prendre aux Juifs (cf. Haaretz). L'antisémitisme fait en quelque sorte partie des traditions politiques de l'extrême droite "musclée". Mais de nos jours c'est surtout de l'autre côté du spectre politique que ça s'agite.

Une petite fiesta avait été organisée, à Buenos Aires, pour célébrer la fête nationale israélienne. Les festivités n'étaient pas protégées par une barrière de séparation, et des nervis se sont invités pour taper et gueuler "mort aux juifs sionistes".

Munis de bâtons, nunchakus et chaînes ils ont chargé les "sionistes". Il y a eu des blessés, certains assez gravement, notamment au visage.

La police a arrêté quelques-uns de ces criminels casseurs de "sionistes".

Que se passa-t-il ensuite? La fédération palestinienne de Buenos Aires a condamné cette attaque. Ce qui n'a pas empêché l'extrême gauche de se mobiliser pour défendre les "camarades" tabasseurs.

Eh oui, ces criminels étaient tous de la gauche "radicale", membres du Frente de Acción Revolucionario (FAR, Front d'Action Révolutionnaire) et du Movimiento Teresa Rodríguez. Un juge fédéral, Claudio Bonadío, a maintenu en détention douze des "militants" amateurs de ratonnades.

Lesdits "militants" bénéficient également d'un soutien de poids: le Prix Nobel de la Paix 1980, Adolfo Pérez Esquivel, a pris leur défense et a accusé le juge Bonadio de se livrer à une "chasse aux sorcières".

Un prix Nobel de la paix, de gauche, proche du mouvement altermondialiste (Wikipedia), considère qu'arrêter des tabasseurs armés n'est rien d'autre qu'une "chasse aux sorcières". Faut dire que les cibles étaient "sionistes"... ce qui justifie bien des choses.

La gauche "radicale" devrait faire attention. Si elle continue sur sa pente naturelle, elle va se réveiller avec la gueule de Doriot.

[Source de l'info: Z-Word Blog]

[5 juin - Modernity a quelques infos complémentaires sur les soutiens apportés aux casseurs de Juifs.]

lundi 1 juin 2009

De quoi l'antisionisme est-il le nom?

C'était déjà évident depuis plusieurs années pour tout observateur un peu honnête et suffisamment informé. L'actualité récente rend la réalité encore plus difficile à nier (mais elle continuera à l'être, je ne me fais aucune illusion) : l'antisionisme -défini comme l'opposition à l'existence de l'État juif- n'est rien de plus à notre époque (1) qu'une forme d'hostilité envers les Juifs, une négation de leurs droits (à commencer par leur droit de se définir comme un peuple).

Un cran au-dessous de ce radicalisme, de cette négation des droits d'Israël à exister, on trouve ce qu'on pourrait appeler la pseudocritique: une critique systématique de l'État d'Israël et ses habitants, mais surtout une critique qui ne vise que l'État juif tout en sous-estimant constamment (voire en omettant ou niant) les actions et responsabilités de ses ennemis. Selon ce type de "critique", l'État d'Israël est seul responsable de la paix comme de la guerre, et c'est aux Israéliens, et à eux seuls, de poser les gestes décisifs qui permettront l'avènement de la paix.

Cette pseudocritique agit comme un facilitateur; elle contribue à surévaluer l'importance d'Israël jusqu'à en faire une caricature d'État raciste, conquérant et arrogant, bref, elle contribue à faciliter et à légitimer l'obsession (pour ne pas dire la haine) anti-israélienne.

Il existe un grand nombre d'exemples de ce genre de pseudocritique, que l'on retrouve même dans les médias les plus sérieux et les institutions les plus prestigieuses. À simple titre d'exemple: le journal Haaretz propose des éditoriaux qui donnent souvent cette impression que les Israéliens décident -seuls- du destin de toute la région, comme dans cet éditorial récent; on remarquera que, selon cet article (traduit par LPM France), la paix n'attend que la décision du gouvernement israélien:

A l’ancien-nouveau chef du gouvernement Benjamin Netanyahou, s’offre l’occasion de surprendre le monde entier, de se débarrasser de formules passées désormais vides de sens, de faire preuve d’audace et de répondre à cette initiative avec enthousiasme et sans faire la grimace (...) A Washington, siège aujourd’hui un président qui veut marquer le monde de son empreinte en imposant le changement. Il faut espérer qu’à Jérusalem également siège un tel dirigeant (...) C’est l’opportunité pour Netanyahou d’entrer dans l’Histoire (...) quand Netanyahou se rendra à Washington, il devrait prêter main-forte, se joindre au remarquable effort d’Obama et dire clairement à son hôte : “Oui, Israël le veut, Israël est prêt à la paix maintenant.”

L'article mentionne évidemment d'autres pays, comme l'Arabie Saoudite, mais ils ne sont qu'une simple toile de fond et semblent patiemment attendre que les Israéliens se décident enfin à la paix... Une telle vision des choses est proprement hallucinante et ne peut que renforcer la conviction, chez le lecteur peu curieux, que la guerre n'est rien d'autre que la conséquence de l'entêtement des Israéliens ainsi que de leur soif de territoires (le fameux "Grand Israël").

Haaretz étant un journal de pros, il laisse de la place à des opinions divergentes, comme "The racist Israeli fascist in me" de Bradley Burston (qui a une chronique régulière) ou encore des protestations argumentées, comme "An open letter to Gideon Levy" par Abraham B. Yehoshua.

L'aveuglement est très souvent de rigueur lorsqu'on aborde l'Histoire. Un exemple qui m'a toujours choqué est celui des réfugiés. Seuls les Arabes palestiniens sont encore aujourd'hui considérés comme des réfugiés, avec bien sûr un "droit au retour" au sein de l'État d'Israël. Nous avons tout bonnement effacé de notre mémoire collective la tragédie des 900.000 réfugiés juifs, qui ont glissé silencieusement dans le puits sans fonds de notre bonne conscience. Un "oubli" parmi tant d'autres.

Nous avons également prêté fort peu d'attention à une certaine catégorie de réfugiés palestiniens: plus de 300.000 personnes chassées du Koweit; c'était la vengeance des Koweitiens, qui n'avaient pas apprécié le soutien de Yasser Arafat à Saddam Hussein. Pourquoi sommes-nous si peu "réactifs" dans un tel cas?

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J'ai beau retourner la question dans tous les sens, il m'est impossible d'expliquer autrement que par la présence de préjugés judéophobes la différence flagrante et choquante avec laquelle nous abordons des tragédies comme celle qui vient de se conclure au Sri Lanka, et l'obsession anti-israélienne qui se répand sur nos campus, dans nos syndicats, nos médias, nos partis politiques (y compris -voire surtout- à gauche), ou dans les instances internationales.

Comment comprendre autrement l'attention que nous portons aux "réfugiés palestiniens" lorsque nous accusons Israël d'être responsable de leur sort, et notre indifférence lorsque ce sont des Koweitiens qui les chassent?

C'est au nom de ce qui s'est passé dans la bande de Gaza cet hiver (3 semaines de raids israéliens contre les installations et les troupes du Hamas) que l'on a relancé la campagne dite de BDS (boycott, désengagement, sanctions) qui a pour but de boycotter et isoler les Israéliens dans tous les domaines: économique, culturel, éducatif, sportif.

6.500 morts plus tard au Sri Lanka, c'est toujours et encore les Israéliens qui sont pointés du doigt et voués aux gémonies. Eux seuls. Le contraste est là. Obscène. Flagrant.

Cette sélectivité extrême n'est pas le seul fait des groupes anti-"sionistes". Il n'est certes guère étonnant de voir des extrémistes comme les militants d'Europalestine vomir quotidiennement leur haine d'Israël au nom de la défense des Arabes palestiniens, alors qu'ils restent muets sur le dernier chapitre, autrement meurtrier pourtant, d'une guerre qui déchire le Sri Lanka depuis des décennies.

Plus étonnante a priori est l'attitude des médias: les envoyés spéciaux qui avaient pris le chemin des confortables hôtels israéliens en décembre et janvier, où sont-ils aujourd'hui? Pourquoi La Presse n'a-t-elle pas envoyé Patrick Lagacé à Colombo? (2) Il n'aurait pas pu faire pire que lors de son séjour à Jérusalem cet hiver, c'est-à-dire regarder YouTube ou potasser ses classiques.

Certes, on peut trouver bien pire dans les médias professionnels, comme cette vision pour le moins engagée, signée Jooneed Khan:

L'unique État nucléaire du Moyen-Orient a beau déployer sa toute-puissance militaire contre les Palestiniens, il ne peut forcer à la soumission ce peuple de réfugiés, d'assiégés, de dépossédés et de kamikazes armés de kalachnikov, de bombes et de roquettes artisanales, de pierres et de frondes.
L'arme suprême des Palestiniens, c'est la résistance nationale, le courage du désespoir. Plus Israël les frappe, plus se durcit chez eux la volonté de lutter et le sens du martyre.
(La Presse)

Dans le cas des médias une explication très prosaïque s'impose: le gain. Les directeurs de journaux (papiers, radios ou télévisés) pensent visiblement qu'un hôpital bombardé par l'armée sri lankaise ne fait pas vendre autant qu'un raid de Tsahal (3). Mais les commentaires de M. Khan vont au-delà du souci d'informer ou d'assurer la vente d'un journal.

En un sens, les choix éditoriaux de nos médias sont surtout un indice de nos propres sentiments: Tamouls et Darfouris ne nous intéresseront jamais autant que les victimes de l'armée israélienne, l'armée de l'État juif.

Que les choses soient bien claires: je ne suis pas en train d'affirmer que nos médias sont dirigés par des antisémites, ni même que les signataires des innombrables appels au boycott d'Israël le sont.

Je ne l'affirme pas, pour des raisons simples : 1) je ne les connais pas assez et 2) ils n'ont pas besoin de l'être.

Il suffit qu'un certain discours antijuif ne soit plus détecté pour ce qu'il est. Il suffit que nous ne soyons plus capables de reconnaître cette forme de xénophobie -ou que nous ne voulions plus la voir- dès lors qu'elle ne se présente pas sous les oripeaux du national-socialisme. Oublieux de l'Histoire nous en sommes arrivés à identifier antisémitisme et nazisme. Grave confusion.

Le problème n'est donc pas tant la présence d'antisémites que la diffusion d'idées antisémites, diffusion qui s'opère grâce à notre incapacité à reconnaître un discours antijuif lorsque nous le rencontrons.

Pire: nous en arrivons, surtout à gauche, à prendre l'hostilité spécifique envers Israël pour de l'humanisme et de l'antiracisme. À ce stade il ne s'agit même plus d'être aveugle à une chose, mais de la confondre avec son contraire.

Il m'arrive de lire des analyses (parfois très intéressantes) sur la contradiction -ou l'absence de contradiction- entre "État juif" et "démocratique". Les anti-"sionistes" et les tenants de la pseudocritique d'Israël présentent l'expression "État juif démocratique" comme une contradiction: si Israël est un État juif, ce n'est pas l'État de tous ces citoyens, donc ce n'est pas un pays démocratique.

C'est un débat passionnant, et si j'avais plus de compétences en ces matières j'y prendrais part (4), mais mon point de vue est beaucoup plus simple et direct :

Pourquoi nous inquiétons-nous à ce point du degré de démocratie d'Israël?

Pourquoi concluons-nous que, si ce pays ne répond pas à nos critères les plus stricts en matière de démocratie, il devrait être aboli?

Là encore le contraste est frappant entre notre intransigeance vis-à-vis de l'État d'Israël et notre attitude nettement plus "décontractée" envers la totalité des autres pays du monde. Personne ne veut abolir la Chine communiste, l'Iran chiite, la Lybie, la Syrie, et tant d'autres pays, sous le prétexte qu'ils ne sont pas suffisamment démocratiques à notre goût. Mais Israël, si: c'est une idée qui court, et pas uniquement à Téhéran.

Le même raisonnement peut être fait pour toutes les autres accusations -de la plus sérieuse à la plus grotesque- portées contre les Israéliens: "Israël est une théocratie" en est une particulièrement inepte. Non seulement Israël n'est pas une théocratie, mais depuis quand a-t-on décidé qu'il fallait abolir de tels régimes? Remarquons que ces drôles d'"anti-théocrates" ne remettent nullement en cause la légitimité des régimes iraniens ou saoudiens (pour ne citer qu'eux).

Le procès permanent qui est fait à Israël, depuis le projet de résolution déposée par la Lybie auprès du Conseil de sécurité de l'ONU en plein conflit au Sri Lanka jusqu'aux razzias dans les rayons des épiceries afin d'en bannir les présumés produits israéliens, est le symptôme d'un mal profond et ancien. Un mal dont nous avons oublié les multiples visages, un mal que nous ne savons plus diagnostiquer. Cette obsession anti-israélienne, cette hostilité envers les habitants de ce pays minuscule (5), ce n'est pas de l'antiracisme ni de l'humanisme. Si tel était le cas Israël ne serait qu'un chapitre parmi d'autres, et pas le plus épais, dans le grand manuel des choses à améliorer.


[quelques modifications pourront encore être apportées à ce billet]



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(1) il est bien évident que ça n'a pas toujours été le cas: l'opposition bundiste au sionisme au début du XXe siècle est un exemple d'antisionisme "honorable". Elle résultait d'une réflexion sur la place des Juifs dans les pays où ils vivaient à l'époque, et la conviction que l'avenir était à bâtir sur place en Pologne, en Russie, en Allemagne, en France. Les bundistes étaient convaincus que l'hostilité antijuive ne survivrait pas à l'union des travailleurs et au "grand soir". Mais plus de 60 ans ont passé depuis la fin de la guerre et la création d'Israël, et l'antisionisme du Bund n'est aujourd'hui qu'un alibi commode.

(2) je cite ce journal et ce reporter précisément parce que j'apprécie, habituellement, leur travail et leur professionnalisme. Et puis oui, je sais parfaitement que les envoyés spéciaux sont allés là où on les autorisait à aller, c'est-à-dire partout sauf à Gaza, et je sais aussi que Patrick Lagacé fait l'effort -contrairement à d'autres- de ne pas donner qu'un seul son de cloche.

(3) il ne s'agit pas d'un "diminutif affectueux" (affirmation sotte que j'ai eu l'occasion d'entendre plusieurs fois) mais d'un banal acronyme. Le nom complet est Tsva Haganah Le-Israel (armée de défense d'Israël), qui s'abrège en Ts.H.L, prononcé Tsahal. L'hébreu est friand de ces acronymes, comme Rambam (Rav Moshe Ben Maimon, mieux connu sous le nom de Maïmonide) ou encore Natbag, acronyme de Namal Teoufa Ben Gourion... l'aéroport Ben-Gourion.

(4) sur ce sujet, voir par exemple "Israël et les nations", par Amnon Rubinstein & Alexander Yakobson, PUF 2006.

(5) à la veille de la Guerre des Six Jours Israël s'étendait sur une surface d'environ 21.000 km2, soit plus petit que Belize ou l'Albanie, deux fois plus petit que les Pays-Bas, quatre fois plus petit que la Jordanie (érigée sur la partie orientale de la Palestine mandataire envisagée par la conférence de San Remo en 1920), quarante-sept fois plus petit que l'Égypte (cf.
Wikipedia)