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vendredi 18 juin 2010

Menaces contre la liberté d'irréligion : ça continue

L'OCI poursuit sa campagne de lobbying à l'ONU pour contraindre les pays occidentaux à réprimer "l'islamophobie":

Muslim states push for UN action on 'Islamophobia'

"...the OIC is likely to see their new guidelines approved, since Muslim countries and allies -- such as Cuba, Russia and China -- form a voting bloc in the Geneva-based body that overshadows that of the western democracies."
Cette mesure n'est pas une incitation à lutter contre le racisme, puisque les pays européens ou nord-américains (principales cibles de cette campagne) punissent déjà les actes racistes, avec plus ou moins de vigueur il est vrai.
Elle n'a rien à voir non plus avec la liberté de culte, garantie pour tout le monde y compris les sectes les Sociétés à But Lucratif qui se réclament du statut d'organisation cultuelle pour éviter de payer des impôts.
Non, le but de ce lobbying est bien évidemment de décourager toute critique autre qu'admirative lorsque l'islam (et notamment ses interprétations les plus fondamentalistes) est concerné.

L'OCI ne s'en cache pas. Voir les résolutions 38/37-P et 38/37-POL adoptées en mai 2010 lors de la 37e session des ministres des affaires étrangères membres de l'OCI. Il y est question de discrimination et de diffamation envers la religion, et du souhait de voir ladite "diffamation" réprimée par voie légale, comme l'indique cet extrait: "APPELLE tous les Etats à interdire toute propagande favorable à la discrimination religieuse, à l’hostilité ou à la violence et à la diffamation de l’Islam en promulguant les mesures légales et administratives nécessaires pour criminaliser la diffamation en tant qu’acte illégal et punissable par la Loi ; Et appelle également tous les Etats membres à adopter des mesures éducatives spécifiques et pertinentes à tous les échelons."

Ce n'est pas le racisme qui est visé par de tels paragraphes!

On peut être certain que nos bons vieux curés (dont nos ancêtres ont eu tant de difficultés à se libérer) s'engouffreront dans la brèche. Des journaux comme Charlie Hebdo ont déjà bien des choses à raconter sur le harcèlement judiciaire des assocs catholiques de choc (voir par exemple cette nouvelle datée de septembre 2009). La situation deviendrait vite intenable si l'interdiction du "blasphème" faisait un retour dans nos codes de lois...

Si la vision de l'OCI et ses amis triomphe, il sera vraiment temps de tirer les conséquences de ce nouvel échec du Conseil (le CDH en est à sa 2e mouture).
Et par pitié que l'on nous épargne une troisième version de ce Conseil des Droits du Despote et du Bigot...

Athées, agnostiques, humanistes, laïcs de tous les pays, unissez-vous... avant qu'il ne soit vraiment trop tard.

samedi 3 octobre 2009

Selon que vous serez puissant ou misérable...

S'il est une chose agaçante en ce monde, c'est lorsqu'une corporation serre les rangs autour d'un délinquant. Célèbre et couvert d'honneurs, le délinquant, de préférence.

Que l'on m'explique par exemple pourquoi l'artiste Patrick Font a été marqué du seau éternel de l'opprobre, abandonné de presque tous bien qu'il ait "payé sa dette à la société" comme on dit, alors que le fugitif Roman Polanski a, lui, été aidé durant sa longue cavale et se voit aujourd'hui entouré d'un rempart de saltimbanques de luxe.

Trop popu, Font? Trop provincial? Il doit bien y avoir une raison pour que l'un soit traité comme un pestiféré alors qu'on se bat pour arpenter les tapis rouges en compagnie de l'autre. Est-ce une affaire de talent? Un Oscar pour oublier le sédatif, un César pour absoudre la sodomie? Pas de statuette dorée, pas de pardon, quand bien même on aurait purgé sa peine?

Que l'on me cite un violeur de mineur(e) fauché et/ou anonyme, un seul, qui aurait bénéficié d'une telle complicité internationale durant trente années, et qui verrait un ministre s'emporter publiquement contre ceux qui s'efforcent de le faire juger et ainsi clore l'affaire une bonne fois pour toutes.

Bien sûr, on peut aimer Polanski, peut-être surtout ses films; pourquoi d'ailleurs le haïrait-on alors que sa victime a passé l'éponge? Bien sûr, on doit souhaiter un dénouement rapide et équitable pour tous, y compris pour l'accusé. Mais dénouement il y aurait eu depuis longtemps si le prévenu n'avait pas choisi de fuir son pays et ses juges. Et si une peine légère est appliquée, qu'elle soit fondée sur le droit et non pas sur l'épaisseur du carnet d'adresses de l'agresseur.

Ce qui est ahurissant dans cette affaire ce n'est pas que Polanski ait opté pour la fuite et refait sa vie ailleurs. Chacun sa stratégie de défense après tout. Ce qui est scandaleux et proprement immoral c'est que l'on attend du citoyen "de base" qu'il respecte la justice, qu'il se plie aux lois (concernant les droits d'auteurs par exemple...) y compris celles qu'il ne connaît pas car nul n'est censé ignorer la loi, tandis que le gratin se mobilise pour exiger qu'un des leurs en soit définitivement exempté.

Il ne leur manque que la perruque poudrée. La mentalité d'ancien régime, la morgue aristocratique, le mépris de la plèbe, ils l'ont déjà.

* * *

Lecture conseillée: le billet d'Eolas consacré à cette pathétique affaire. Voilà un avocat qui ne se fera pas beaucoup d'amis sur la Croisette; ce n'est pas très grave car les avocats "fréquentables" ne manquent pas, dieux merci.

Extrait du billet d'Eolas:
"Je trouve honteux d’entendre des artistes qui il y a quelques semaines vouaient aux gémonies les téléchargeurs et approuvaient toute législation répressive et faisant bon cas de droits constitutionnels pour sanctionner le téléchargement illégal de leurs œuvres crier au scandale quand c’est à un des leurs qu’on entend appliquer la loi dans toute sa rigueur. Quand on sait que pas mal de téléchargeurs ont dans les treize ans, on en tire l’impression que les mineurs ne sont bons à leurs yeux qu’à cracher leur argent de poche et leur servir d’objet sexuel. Comme si leur image avait besoin de ça. Et après ça, on traitera les magistrats de corporatistes."
Pour plus de détails sur l'attitude de la caste artistique ou les déclarations scandaleuses de certains politiques, n'importe quel journal français fera l'affaire.

Update
Polanski, une victime? de Lysiane Gagnon, et La pédophilie politiquement correcte par Yves Boisvert. Ils mettent bien en évidence le "deux poids deux mesures" réclamé par certains. Le ministre parisien de la Culture ainsi que quelques autres bonnes consciences n'ont rien à craindre des frimas qui approchent, les voilà habillés pour l'hiver...

La liste des signataires contre "l'Amérique qui fait peur" (aux violeurs d'enfants?) sur le site de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques).

En comparaison de la grande compassion de la SACD pour un violeur de gamine en cavale, regardez un peu leur attitude face à la reproduction des œuvres des artistes (la SACD représente ses membres, auteurs et compositeurs, auprès des diffuseurs; elle perçoit les versements et les répartit ensuite entre les adhérents, en gardant un petit pourcentage au passage): Loi Création et Internet, ou encore la copie privée.

Si quelqu'un a vu, un jour, une pétition organisée par la SACD pour demander l'élargissement d'un gamin coupable de téléchargement, qu'il me fasse signe!

samedi 12 septembre 2009

Quand le gouvernement suédois veut, il peut

À l'occasion d'une réunion au sommet des ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne à Stockholm ce week-end, le ministère suédois a adressé une étrange demande au Musée d'art moderne de la capitale, qui hébergeait la rencontre (Haaretz):
Swedish Foreign Ministry requested this week to temporarily remove two paintings containing swastikas from the museum of modern art in Stockholm.

The Swedish foreign ministry said this week that the paintings might spark discomfort at the conference for the European Union Foreign Ministers to be held in the city at the end of the week.

The museum spokeswoman confirmed the request and added that the foreign ministry also requested that a painting containing female genitalia be removed from the museum walls, but the museum declined the request as they feel that sometimes art should be offensive
Le ministère souhaitait faire retirer deux peintures sur lesquelles figuraient des svastikas, et une autre qui montrait un sexe de femme un peu trop réaliste (dans ce dernier cas le musée a refusé de se plier à la demande du ministère).

Voir aussi le site du Svenska Dagbladet, Tavlor gömdes inför ministermöte [on cache des tableaux avant une réunion des ministres], et le site du Moderna Museet pour avoir un aperçu des tableaux de Dick Bengtsson.

Outre le fait que mettre dans le même sac croix gammée et vagin en dit long sur les critères du gouvernement suédois en matière de bon goût, je remarque que le ministère des Affaires étrangères refuse bec et ongles de critiquer officiellement un article contenant des allégations antisémites, mais est parfaitement capable de demander le retrait de trois œuvres d'art moderne afin de ne pas prendre le risque d'incommoder ses hôtes de marque.

Il y a là une dissymétrie flagrante: dans un cas on prend prétexte de la liberté d'expression pour garder le silence alors même que de graves accusations sont colportées, dans un autre on demande le retrait (temporaire) de trois œuvres d'art sans se soucier outre mesure de la liberté d'expression des artistes et du musée.

Ah, si seulement Aftonbladet avait orné son pamphlet d'une croix gammée ou d'une foufoune épanouie, le gouvernement aurait pu réagir!

mercredi 12 août 2009

La sale guerre contre le CRIF

Alexandre Adler a rédigé une chronique dans Le Figaro du 31 juillet (1). Cette chronique concernait les verdicts rendus contre le "gang des barbares". Alexandre Adler y exprime notamment son regret que l'antisémitisme du gang n'ait pas reçu plus d'attention de la part du tribunal.

On peut être d'accord ou pas avec le raisonnement ou certaines conclusions d'Alexandre Adler, là n'est pas la question. Le chroniqueur termine son texte par ces deux phrases: "Après l'antisémitisme violent comme un vomissement des Proudhon, des Drumont et des Bernanos, voici venu l'antisémitisme insinuant et presque invisible des Badiou. Pour mesurer son pouvoir de radiation, lisez donc une certaine presse hebdomadaire".

Le pdg de l'hebdomadaire Marianne, Maurice Szafran, s'est senti visé. Il a répondu à Alexandre Adler dans un éditorial publié dans le numéro du 8-14 août de l'hebdo, sous le titre "À propos d'Alexandre Adler, du Crif et de l'antisémitisme".

Adler et Szafran ne partagent pas le même avis sur les leçons à tirer du procès du "gang des barbares", ils sont en désaccord à propos de la décision de la ministre de la Justice d'ordonner au parquet de faire appel dans certains cas (certaines peines ayant été considérées comme trop légères).

Être en désaccord, la belle affaire. Mais M. Szafran, qui s'indigne -avec raison ou pas, là n'est toujours pas la question- de certains propos de M. Adler, ne semble pas pressé de donner l'exemple de la rigueur et de la retenue. Bien au contraire: il profite de son éditorial pour reprendre à son compte de vieilles et sales accusations qui traînent sur le Crif.

Voici une description du Crif, selon le patron de Marianne:
"(...) un intouchable de la République, le Conseil représentatif des institutions juives de France"

"(...) d'un claquement de doigts, relayé par le président de la République lui-même, le Crif a obtenu que la ministre de la Justice fasse appel du jugement. En gonflant ses biceps, en faisant jouer sa force, son influence, la crainte qu'il provoque, le bras politique des Juifs de France a mis en place une implacable machine à fabriquer de... l'antisémitisme"
Ce n'est ni Minute ni Présent, mesdames et messieurs, c'est Marianne.

Accuser le CRIF de générer l'antisémitisme, ce serait du même niveau qu'accuser Barack Obama de provoquer le racisme antinoir aux USA.

Voici quelques extraits d'une dépêche AFP toute récente:
"Les groupuscules d'extrême droite, qui n'ont toujours pas digéré l'élection du premier président noir des Etats-Unis, connaissent un nouvel essor dans le pays après une décennie de déclin, selon une étude publiée mercredi"
(...)
"C'est la croissance la plus importante à laquelle nous ayons assisté depuis 10 ou 12 ans"
(...)
"En début d'année, un rapport interne du gouvernement fédéral avait d'ailleurs averti que le marasme économique et l'élection de Barack Obama constituaient un terreau très propice au recrutement de nouveaux militants"
Selon la logique de M. Szafran (et d'autres), il faudrait conclure que l'élection d'un Noir à la Maison Blanche est la cause de l'essor des mouvements racistes aux USA observée ces derniers mois.

Ce serait évidemment totalement crétin. M. Obama n'est pas responsable de l'essor de l'extrême droite américaine, il ne "fabrique" pas le racisme antinoir dans son pays. De la même manière, le CRIF n'a jamais "fabriqué" la moindre once d'antisémitisme en France, comme l'écrit sans trembler Maurice Szafran.

Il n'est guère surprenant de voir une association "antisioniste" proférer ce genre de bêtises. Mais il est tout simplement hallucinant de voir le pdg de Marianne adopter un mode de pensée aussi vicié. Sa colère contre Alexandre Adler et sa chronique l'a-t-elle à ce point aveuglé?

Il me semble utile de rappeler certaines vérités élémentaires (enfin... elles ne sont pas élémentaires pour tout le monde, de toute évidence) :

- le Crif a parfaitement le droit -et je pense pouvoir écrire que c'est même son devoir- d'intervenir dans les débats de société et les réflexions politiques qui l'intéressent (au risque de se faire critiquer)

- le Crif a parfaitement le droit de ne pas suivre les opinions des éditorialistes de Marianne (et vice versa)

- le "bras politique des Juifs de France" a parfaitement le droit d'interpeller le gouvernement, le parlement, la présidence, le Pape ou le poinçonneur des Lilas, si ça le chante

- le Crif a parfaitement le droit d'émettre des communiqués de presse et de les diffuser (et il est permis de ne pas les publier)

- l'exercice de ces droits, qui ne sont nullement propres au Crif, ne saurait susciter (générer, fabriquer...) de l'antisémitisme

- il ne sert à rien de rechercher la cause de l'antisémitisme dans le comportement de la victime de l'antisémitisme (2) : la cause ultime de l'antisémitisme réside dans le cerveau de l'antisémite.


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(1) Ce que révèle l'affaire Fofana.

(2) De même que la femme n'est pas la cause du viol; l'égalité homme-femme n'est pas la cause des violences conjugales; le mariage des couples de même sexe n'est pas la cause de l'homophobie, etc.

jeudi 23 juillet 2009

Le Parti Socialiste est-il mort? Mourant? Mal en point?

Ce n'est pas toujours facile de suivre l'actualité politique à 5000 km de distance.

Un exemple : Martine Aubry, Jack Lang, Ségolène Royal, je connais. Mais qui est donc Manuel Valls ?

Le vieux jeune homme s'est fait tancer ces derniers jours pour avoir proposé de changer le nom du Parti Socialiste (et surtout pour avoir manifesté son impatience de voir la "vieille" génération laisser la place aux "jeunes", c'est-à-dire à lui, Manuel Valls). Une autre crise de nerfs entre éléphants, une de plus. En attendant la prochaine. Et celle d'après.

Changer le nom du parti? Ce n'est pas le nom qu'il faut changer, ce sont les moeurs des leaders. Le problème n'est pas tant le socialisme que les querelles incessantes des ego hypertrophiés qui "gèrent" le parti.

Plus de socialisme et moins de gauchisme, plus de droit du travail et moins de conseillers "image", un peu (beaucoup!) moins de mégalomanie dans les cercles dirigeants, en un mot moins d'esbroufe, voilà qui aurait peut-être évité au PS une telle descente aux enfers.

Les électeurs ont toujours préféré l'original à la copie. Singer l'UMP ou le NPA ne sera jamais d'aucune utilité au PS : il y a déjà des bulletins UMP et NPA dans les bureaux de vote.

On n'est apparemment pas sorti de l'auberge avec "Titine", qui diffusait le 7 juillet une lettre ouverte "adressée à Jean-Michel Baylet, Marie-George Buffet, Jean-Pierre Chevènement, Cécile Duflot, Jean Luc Mélenchon et Daniel Cohn-Bendit" dans laquelle elle expose sa vision "d'union de la gauche" pour 2012 : "Pour gagner, nous devons surmonter les divisions de nos mouvements et ou de nos partis. Nous devons changer (...) Clairement, notre objectif est de participer à l’élaboration d’un projet commun de la gauche en 2012, mais aussi de mettre en oeuvre une stratégie politique électorale commune pour l’emporter".

Une première remarque : quand on est incapable de maintenir un semblant de cohésion au sein de son propre parti, est-il raisonnable et le moindrement lucide de prétendre initier une nouvelle "union de la gauche"?

Quant aux destinataires de cette lettre ouverte... Le PRG, bien sûr. Les Verts à la rigueur, s'il faut vraiment en passer par là, mais alors à condition de bien mettre au clair le contrat d'union avant de partir ensemble aux urnes (1). Mais qu'est-ce que Martine Aubry espère du PCF ou bien du "Parti de Gauche" du sécessionniste Mélenchon? À part de nouveaux emmerdements, je veux dire.

Qu'est-ce que le PS veut développer comme "projet commun" avec les orphelins de l'URSS qui ne se sont toujours pas remis de la perte de leur boussole soviétique et tentent de se survivre à eux-mêmes, ou avec un bonhomme qui a claqué la porte du parti fin 2008 parce qu'il préférait être chef de son propre groupuscule plutôt que peser 18.5% au sein du PS? Un extrémiste qui -parmi d'autres intéressantes prises de position- conchie le gouvernement tibétain en exil, accuse le Dalai-Lama de racisme, d'autoritarisme et "d'ethnicisme" et également d'être un danger pour la paix!

Est-il encore temps pour mettre de l'ordre dans la pétaudière? Les adhérents du PS devraient taper fermement du poing sur la table et tenter, si c'est possible, de ramener leurs éléphants à la réalité. C'est un euphémisme de dire qu'il y a urgence.


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(1) Les Verts s'étaient de toute manière empressés de répondre à Martine Aubry par un "non" méprisant. Daniel Cohn-Bendit l'a accusée de "paternalisme" et a demandé au PS d'arrêter de lui "casser les pieds". Combien de temps encore le PS insistera-t-il pour tendre l'autre joue à ces types?

mardi 21 juillet 2009

L'UE critique la colonisation de Lhassa

Voilà une nouvelle qui réchauffera le coeur de tous les sympathisants de la cause tibétaine (La Presse, 21/07/09) :

L'UE, la France et la Russie ont joint leurs voix mardi à celle des États-Unis pour amener la Chine à stopper sa politique de colonisation de Lhassa, accentuant la pression internationale sur le gouvernement de Wen Jiabao qui a refusé jusqu'à présent de plier.

Usant d'un langage assez sévère, la présidence suédoise de l'Union européenne a enjoint Pékin de s'abstenir de toute action «provocatrice» à Lhassa. Catégorie dans laquelle elle a rangé les «démolitions» de maisons tibétaines et les «évictions» des familles y habitant qu'entraînera la construction du nouveau quartier de colonisation auquel les autorités locales ont donné leur feu vert

Mieux encore, Paris a révisé radicalement ses récentes positions, qui étaient plutôt fraîches vis-à-vis des Tibétains :

La France a convoqué au Quai d'Orsay l'ambassadeur chinois à Paris, M. Kong Quan, afin de réclamer à la Chine l'arrêt de cette colonisation

Le président français, Nicolas Sarkozy, n'a pas oublié les Ouïghours et la crise récente au Xinjiang :

M. Sarkozy a estimé que «le temps joue pour les extrémistes» et qu'il était nécessaire de «prendre des initiatives fortes pour pousser fortement les parties à prendre le chemin des négociations et à ramener la paix sociale », selon la présidence française

M. Sarkozy vient de remonter très fortement dans mon estime, même si je sais qu'une telle prise de position sera rapidement suivie de sanctions chinoises.

* * *

Pardon?

Vous avez du mal à y croire?

Allons donc... c'est écrit dans le journal.

Voici la conclusion de La Presse :

L'objectif affiché des promoteurs est de siniser Lhassa, occupée par la Chine depuis octobre 1950, et dont les Tibétains voudraient faire la capitale de l'État auquel ils aspirent

Vous doutez encore?

Vous avez raison.

Remplacez simplement Chine par Israël, Lhassa par Jérusalem, Chinois par Israéliens et Tibétains par Palestiniens, oubliez carrément les Ouïghours, et voilà : retour sur Terre, vous obtenez le vrai compte-rendu de l'AFP. Le monde tourne toujours aussi rond, Israël en est toujours l'axe (du mal, certes, mais c'est plutôt flatteur d'être un tel centre d'attention, non?)

Morale de l'histoire? Il y en a deux :
1) mieux vaut avoir des Juifs pour ennemis plutôt que des Hans, et
2) la non-violence, ça ne marche vraiment pas.

lundi 27 avril 2009

Cendrillon et les macs

Le monde entier ou presque est désormais au courant : une Britannique de 47 ans au physique banal mais sachant chanter, Susan Boyle, a fait un tabac lors d'une audition à l'émission Britain's got talent.

La vidéo dure 7 minutes, et donne envie de botter quelques culs.

Non, Susan Boyle n'est pas l'héroïne d'un conte de fées. Elle est une femme apparemment charmante, entre deux âges, sélectionnée par les recherchistes d'une émission télé, envoyée sur une scène pour susciter des réactions précises de la part du public, dans les limites de temps imparties (candidats, pubs, candidats, pubs, etc.)

Dans un premier temps, le mépris, les sifflets, les rires. Eh oui, que voulez-vous, c'est devenu tellement rare de voir monter sur scène des femmes qui n'ont pas le look de call-girls anorexiques. Mama Cass Elliot -gloire éternelle à son immense talent- aurait bien du mal à percer de nos jours sans se faire au préalable brocher l'estomac et liposucer de la tête aux pieds.

Dans un deuxième temps, le trip émotionnel. Comme au bon vieux temps des jeux du cirque à Rome, le public a gracié la candidate jetée aux lions et s'est ému de sa propre générosité. Car si Ms Boyle avait foiré son tour de chant, la salle ne lui aurait pas pardonné son physique peu gracieux et aurait réclamé sa tête (symboliquement parlant bien sûr).

Susan Boyle n'est pas la princesse d'un conte de fées, non. Elle a été traitée comme une marchandise, un objet -momentanément- utile: elle a été enrôlée par une production dans le but de générer un buzz médiatique. Sauver des princesses en détresse, c'est pas vraiment le but de ce business de caniveau que l'on nomme "télé réalité".

L'objectif était avant tout de faire parler de Britain's got talent (je connaissais de nom l'équivalent US, America's got talent, mais pas la version britannique), de faire ENCORE parler de ce nobody que tout le monde appelle familièrement "Simon" comme si c'était un gendre ou un beau-frère (c'est qui ce type? je ne l'ai jamais entendu chanter quoi que ce soit... je ne lui connais que ce rôle de "juge" qui gagne sa vie en humiliant publiquement des paumés assoiffés de gloire), ainsi que deux inconnus: une certaine Amanda Holden (j'ai retenu son nom pour l'avoir lu dans le titre d'un clip sur YouTube où elle se fait mousser sur le dos de Susan Boyle) et un gommeux dont je ne suis même pas fichu de me rappeler le prénom, encore moins la profession.

Le public a gobé l'appât, l'hameçon, et la ligne. Les "juges" ont joué la comédie qui convenait : d'abord les remarques méprisantes pour faire rire le public, l'inciter à moquer et huer une brave dame, puis la surprise feinte lorsque Ms Boyle commence à chanter.

Les exploiteurs qui l'ont recrutée et exhibée vont toucher leur salaire, mais Susan Boyle, elle, que va-t-elle gagner dans cette affaire? Faire un disque? Peut-être, mais ce sera aux conditions de ses nouveaux employeurs, fermement tenue en laisse par un contrat bétonné. Quant aux menus inconvénients de la célébrité, elle en a déjà un avant goût: des illuminés la traquent jusque chez elle, dans son petit village.

Espérons qu'au moins elle puisse s'amuser en chemin, et traverser la mare aux piranhas sans trop de dommages.

Espérons également que le public se décidera bientôt à boycotter ces émissions basées sur le bizutage, l'humiliation, la soumission, la mise en concurrence féroce, le conformisme le plus abject (huer une femme parce qu'elle n'est pas belle, par exemple), la glorification de la sournoiserie et du chacun-pour-soi.

Voilà qui ferait une vraie happy end.

dimanche 1 février 2009

Tous les manifestants ne sont pas égaux

Londres: manifestants pro-tibétains interpellés.

Un drapeau tibétain et une pancarte Free Tibet ont été observés dans une manifestation pro-tibétaine.

Plusieurs des 200 émeutiers enragés ont été arrêtés immédiatement.

Les représentants londoniens du Hamas et du Hezbollah ont fait connaître leur satisfaction: "Ces terroristes tibétains antichinois nous font un tort considérable, les gens ne font plus la différence entre ces extrêmistes et nous. Écoutez leurs slogans dans les manifestations, on entend distinctement om mani pedme hung, ce qui veut dire en tibétain Décapitons les ennemis du Bouddha vivant! C'est intolérable, nous espérons ne plus jamais voir ça à Londres".

Sarcasm is just another free service I offer - Family Fuy Product on www.myteespot.com (Source Family Guy)

jeudi 8 janvier 2009

Au moins un qui s'excuse

Tout récemment le comité des employés d'université du CUPE-Ontario (la branche ontarienne du Canadian Union of Public Employees, un syndicat de fonctionnaires) annonçait qu'il allait proposer une résolution "controversée", comme on dit quand on est poli: boycotter (1) les Israéliens qui enseignent, font de la recherche, ou participent à des colloques et conférences au sein des universités de l'Ontario, sauf ceux parmi eux qui accepteraient de "condamner explicitement le bombardement de l'université islamique de Gaza le 29 décembre et l'attaque contre Gaza en général".

Le CUPE-Ontario n'en est pas à son premier essai puisque déjà, en 2006, la résolution #50, prônant une campagne de BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) à l'encontre d'Israël avait été adoptée.

Sid Ryan, patron du CUPE-Ontario, a en prime établi une comparaison entre l'attaque israélienne contre le Hamas à Gaza et les... devinez... les nazis, oui.

Le Congrès Juif Canadien s'est permis de protester. Le toupet de ces gens... l'axe américano-sioniste nous tient dans son étau, moi j'vous dis, on ne peut plus dire tout haut ce qu'on pense tout bas!

M. Ryan, gêné par ses propres outrances ou alors bien conseillé, vient de présenter ses excuses pour sa comparaison avec les nazis.

"I made some remarks (about) the actions of the Israeli army and that was a stupid statement for me to make. I unequivocally apologize." (Toronto Star)

Il est rare, très rare d'entendre quelqu'un présenter des excuses pour avoir comparé les Israéliens aux nazis. Pour cela je tire mon chapeau à M. Ryan.

Il reste évident néanmoins que le projet d'interdire aux Israéliens de travailler avec les universités ontariennes est une mesure tendancieuse, qui flirte avec l'antisémitisme.

Car c'est aux Israéliens et à eux seuls que le CUPE-Ontario demande des comptes. Un exemple explicite: lorsque je cherche le mot "Tibet" sur le site du syndicat, j'obtiens ce résultat:

No results found. Did you mean: Debate or debates or Doubt?
Non, je ne voulais pas écrire "débat" ou "doute", j'ai écrit "Tibet". Vous avez quand même bien un atlas qui traîne sur une étagère quelque part dans une de vos bibliothèques universitaires? Les Jeux olympiques 2008 ça vous rappelle vaguement quelque chose? Beijing, Pékin? Non ce n'est pas en Cisjordanie...

Bref, le CUPE-Ontario n'a jamais rien exigé des universitaires chinois. Et vu les échos dans les journaux il n'a jamais rien exigé de qui que ce soit. Sauf des Israéliens.

Les universitaires israéliens, et eux seuls, pourraient se voir contraints d'abjurer publiquement l'attaque israélienne contre le Hamas afin de pouvoir continuer leurs activités d'enseignement ou de recherche.

On peut expliquer une telle attitude par du conformisme (la discrimination anti-israélienne est à la mode), de la connerie, ou encore par le fait d'avoir une dent particulière contre les Juifs. Ou un mélange de tout cela.

***

Pas un mais deux bons articles, brefs et clairs, de Lysiane Gagnon, La Presse: Israël et le Hamas, et Une riposte démesurée?


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(1) Le lien n'est plus actif. Le CUPE-Ontario a en effet décidé de "relooker" son projet de boycott. Il ne s'agirait plus désormais de clouer au pilori les collègues israéliens qui refuseraient d'abjurer publiquement l'opération militaire à Gaza, mais de boycotter les institutions académiques israéliennes. Sans doute dans le but de prouver qu'ils ne sont pas antisémites, le staff du syndicat publie une courte missive envoyée par un "professeur juif" partisan du boycott. Détail amusant, l'en-tête du message fait encore référence à l'ancienne formulation: "Re: Union Calls For Ban On Israeli Professors".

mardi 23 décembre 2008

La coalition et la citoyenneté (suite)

Encore bravo aux putchistes députés de la coalition PLC-NPD!

Gilles Duceppe (chef du Bloc), dont la carrière politique consiste à répéter que "Nous sommes différents" des Canadiens des autres provinces et que les gens différents ça se sépare, s'est prévalu du préambule de l'accord conclu entre les coalisés:

"Je soulignerais simplement le fait que voilà deux partis fédéralistes qui reconnaissent dans le préambule même de ce texte les Canadiens et les Québécois. Donc, il y a une différence, hein? Ça, c'est tout à fait neuf." a déclaré avec gourmandise le chef séparatiste (La Presse du 23 décembre)

Bravo à Stéphane Dion et Jack Layton. Ils ont vendu leurs concitoyens du Québec dans l'espoir (déçu) de piquer le pouvoir à Stephen Harper avec l'appui du Bloc. C'est vrai, c'est "tout à fait neuf"!

C'est aussi tout à fait méprisable.

Point positif: ce préambule honteux a perdu de sa valeur. Le "leader" de la coalition, Stéphane Dion, a été poussé de son siège branlant de chef de parti. Reste à espérer que son successeur ne persiste pas sur cette voie.

Points négatifs: a) ce n'est pas pour avoir trahi les Canadiens du Québec -qui n'ont pas à choisir entre être Canadien et être Québécois!- que Dion a été poussé à la démission, b) un tel préambule crée un précédent que bloquistes et péquistes se feront une joie d'exploiter à l'avenir.