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dimanche 27 juin 2010

Rions un peu avec les évangéliques

Les livres les plus intéressants sont souvent exigeants. C'est le cas pour le passionnant Why Evolution is True, de Jerry A. Coyne.

Pour se reposer la tête entre deux chapitres, rien de tel que feuilleter des choses plus légères. Par chance les éditions Ministère Multilingue International viennent de publier un livre de poche intitulé "Nous croyons en Dieu - La foi évangélique pour tous" de Jean-Sébastien Morin.

Les évangéliques gagnent du terrain au Québec, profitant de l'insatisfaction des brebis catholiques. Ce petit bouquin résume les points importants de leur dogme. Il regorge d'humour involontaire.

Le premier chapitre est consacré à LA question: "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?". Cette question travaille beaucoup les religieux (voir ce précédent billet), non pas parce que ça titille leur intérêt pour l'observation de l'univers mais parce qu'ils voient dans la non-réponse de la science la preuve de l'échec de cette dernière, et par conséquent la preuve que leurs hypothèses théistes sont fondées. La logique, on le voit, n'est vraiment pas leur fort.

La preuve par le jeu de mots

L'auteur a une façon amusante de se prendre les pieds dans les concepts. À propos des lois de la nature, il écrit: "Dans notre expérience humaine, il n'y a des lois que s'il y a un législateur (quelqu'un pour faire des lois)" [il suppose apparemment que ses lecteurs ne connaissent pas tous le sens du mot "législateur"...]
Il insiste un peu plus loin: "Pour qu'il y ait des lois il faut qu'il y ait quelqu'un derrière. Il en est de même en science: les lois physiques doivent avoir été instaurées par une intelligence."

En guise de raisonnement nous avons ici un simple jeu de mots.

C'est bien évidemment en référence aux lois humaines que les philosophes de jadis ont forgé l'expression "lois de la nature". Ce n'est rien d'autre qu'une convention de langage et il faut être bien naïf pour en tirer des déductions sur l'existence d'un législateur céleste...

Haro sur l'évolution

Dans ce même chapitre l'auteur remet en cause les sciences naturelles (bizarre, il vient juste de mentionner les "lois physiques" pour "prouver" l'existence de son législateur suprême!) et plus précisément l'évolution, bête noire des fondamentalistes de tous horizons:
"... l'être humain est la machine la plus complexe au monde. Dans ce sens, il est impossible que l'être humain soit le fruit d'une évolution dûe [sic] au hasard. Au minimum, s'il y avait évolution, il faudrait que quelque chose, une intelligence conceptrice, planifie ou guide cette évolution."
C'est un vieil argument, plus ancien que L'Origine des espèces de Darwin (1859). Il a été formulé par William Paley en 1802 dans un passage devenu très célèbre (cf. Wikipedia et le site de l'UCMP, le Musée de paléontologie de l'université de Californie).

En fait, l'évolution est la réponse scientifique à cette vieille énigme. Les évangéliques -parmi d'autres- ne peuvent accepter le fait évolutif puisque cela contredit leur lecture littérale de la bible. Puisque 150 ans ne leur ont pas permis d'élaborer de nouveaux concepts, ils se contentent de ressortir l'interrogation de Paley...

Sans être spécialiste je sais au moins que:
  • l'évolution n'est pas uniquement fondée sur "le hasard", loin de là. Les mutations génétiques transmissibles aux descendants peuvent, en effet, être le fruit du hasard (une erreur de copie de l'ADN par exemple). Mais le processus de la sélection naturelle n'a rien de hasardeux
  • si "l'intelligence conceptrice" guidait le processus évolutif, elle n'aurait pas d'autre choix qu'agir sur la matière, son influence devrait donc être visible aujourd'hui encore puisque l'évolution ne s'est pas arrêtée il y a deux mille ans. Les êtres vivants continuent de changer, y compris en laboratoire (l'adaptation des micro-organismes aux médicaments, par exemple, donne bien du travail à la recherche médicale). Aucune influence "magique" n'a été détectée à ce jour

La femme, cet animal étrange

Le passage peut-être le plus hilarant se trouve dans le chapitre "La grande séduction". L'auteur aime beaucoup les références cinématographiques - à défaut de pouvoir citer des vulgarisateurs comme Coyne il peut s'inspirer de La grande séduction ou du Seigneur des anneaux sans problème. Dans un passage il nous donne une intéressante vision de la femme:
"En résumé la chute [d'Adam et Ève] a amené beaucoup de malédictions: (...) les difficultés entre l'être humain et la femme"
Garanti 100% authentique.

dimanche 20 juin 2010

39 pouces: un ragot anti-"sioniste" de plus

"Saddam, les secrets d'une mise à mort" de Khalil al-Doulaïmi (variantes: Dulaimi, Duleimi), commence par un avertissement de l'éditeur parisien (les éditions Sand):
"Le document que vous avez entre les mains est un témoignage de l'avocat irakien le plus proche de Saddam Hussein. Il est partisan et véhément, exprimant la frustration d'un homme qui voit sa patrie détruite par une invasion étrangère.

L'éditeur tient à préciser qu'il ne partage pas toutes les analyses contenues dans ce livre" [j'aimerais bien savoir lesquelles] "mais son rôle est de donner la parole -l'écrit- à ceux qui défendent une cause et qui sont représentatifs d'un courant de pensée (...)"

Le bouquin est une défense pesante de Saddam Hussein. Je suis tombé par hasard sur un passage particulièrement ignoble.

Doulaïmi pose une question page 235: pourquoi la corde avec laquelle Saddam Hussein a été pendu mesurait-elle 39 pouces? [environ 99 cm, dixit Doulaïmi bien sûr]

Prenez quelques instants pour réfléchir...

Voilà la réponse de Doulaïmi:
"La corde avait été remise aux Américains par un soldat sioniste. Elle avait été fabriquée selon des normes de longueur, de matière et de tressage tout à fait contraire à la loi. Avant qu'elle soit placée autour du cou de Saddam, un soldat américain d'origine juive pénétra dans la salle. Il mesura la longueur de la corde jusqu'à ce qu'il eût atteint exactement trente-neuf pouces.
(...)
Mais pourquoi couper la corde à trente-neuf pouces? Parce qu'en 1991, l'Irak avait lancé sur Tel-Aviv 39 missiles qui déclenchèrent la haine des sionistes contre Saddam Hussein et constituèrent, probablement, l'une des causes de son exécution." (pages 235-236)

C'est dans la lignée de ces légendes, "probablement" antisémites, dont on peine à suivre le rythme: les Juifs qui ne sont pas allés travailler le matin du 11 septembre 2001, les "sionistes" qui volent les organes des jeunes et des enfants, les soldats qui ont attaqué la "flottille de la paix" dans le but de commettre un massacre, etc. Une infamie de plus.

C'est ce genre d'absurdité (pour rester poli) qu'un éditeur français, en l'an 2010, juge pertinent de publier sous le prétexte de "mieux comprendre le ressentiment de nombreux Arabes pour qui Bagdad est une capitale majeure de leur civilisation".

Est-ce que ce livre pourrait, au moins, être utile aux historiens? Peut-être. Pour le moment il fait la joie de certains anti-"sionistes", qui n'ont visiblement aucune difficulté à concilier l'hostilité anti-"persane" de Saddam Hussein avec leur admiration pour Ahmadinejad.

lundi 5 avril 2010

Les colères d'un Roi-Pâle

L'excellent écrivain québécois Victor-Lévy Beaulieu a commis un nouveau bouquin cette année, un pot-pourri d'articles divers collés ensemble par Trois-Pistoles.

Son titre: La Reine-Nègre, en "hommage" à Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada... et d'origine haïtienne.

Outre les vaticinations habituelles contre la Reine-Nègre, haïe par les ultra-nationalistes québécois, VLB n'oublie pas d'autres bêtes noires habituelles de ce milieu (voir par exemple ceci). En page 297 on trouve ainsi un texte de deux pages, intitulé "Israël, l'Occident et le cochon". Le titre en soi est tout un poème. Le contenu est éclairant, pour ne pas dire illuminé. Extraits:

"... les Juifs, en tant que seul peuple élu de Dieu, ont toujours mis le droit au-dessus de tout et considéré la justice comme une corruption affaiblissante de celui-ci. Il n'y a donc jamais eu de justice en royaume de Judée et il n'y en a pas davantage, deux mille ans plus tard, en pays d'Israël."

"... l'État d'Israël (...) n'agit même pas par amour de lui-même, mais par haine des autres. Passé maître dans l'art de jouer à la victime, cet État-là ne jouit vraiment que lorsqu'il est victimaire."

"L'Ancien Testament est plein de ces batailles préventives contre les supposés ennemis de la Judée: de l'assassinat sélectif à la guerre totale, du génocide à l'extermination absolue, les armes du droit judaïque ne connaissent pas la mesure, elles permettent même l'inceste pour que les mères juives puissent remplacer impunément les soldats qui manquent sur les presque éternels champs-charniers de bataille."

"Que sont donc ces guerres contre la Palestine et le Liban, sinon des guerres d'extermination, sinon des génocides odieux qui devraient, nous Occidentaux, nous couleurer du rouge de la honte de la tête aux pieds parce que ne dire mot, c'est consentir (...)"

VLB affirme ensuite que si un pays musulman s'avisait d'agir comme Israël, il serait vite condamné et envahi par "l'Occident" (1). Il pose alors la question:

"Pourquoi n'en fait-on rien avec cet Israël belliqueux, haineux et totalitaire, pour ne pas dire simplement hitlérien?"

La Reine-Nègre, aux éditions Trois-Pistoles, 2010.


*****
(1) Plusieurs exemples de l'histoire récente prouve qu'il n'en est évidemment rien. Irakiens et Iraniens ont pu se massacrer allègrement pendant dix ans sans que "l'Occident" ne fasse rien d'autre que leur vendre des armes. Les guerres internes au Soudan, bien plus sanglantes à elles seules que la totalité du conflit israélo-arabe, sont un autre exemple.

jeudi 17 décembre 2009

Explorations du vide

Afin de me distraire de lectures plus sérieuses ou tout simplement pour me changer les idées durant les périodes de gros boulot, j'aime bien feuilleter des choses un peu niaises ou légères (mais j'évite soigneusement d'acheter; il ne faut pas encourager le vice).

Par exemple Marianne, un hebdomadaire bobo dirigé par de braves gens qui se rêvent à gauche mais vivent à droite.

Marianne se prétend "anti-sarkozyste" mais colle la photo du Président (ou de ses ministres) sur chaque couverture ou presque. Ça m'amuse toujours beaucoup.

Commençons par l'édito de Maurice Szafran pour la semaine du 12 au 18 décembre: "Marianne n'a jamais dissimulé un anti-sarkozysme non pas radical -ce qualificatif ne nous convient pas- mais rigoureux." Dixit Szafran, qui ajoute "Nous nous sommes interdit la facilité de la caricature."

C'est sans doute ce noble refus de la facilité qui a poussé Marianne à titrer en couverture de ce même numéro: "Arrêtez-le! Éric Besson, l'homme le plus détesté de France".

Sacré Maurice!

En page 6 on nous apprend "la conversion de Lellouche". Il s'agit du député Pierre Lellouche, "souvent considéré comme un néoconservateur à la française". En fait de "conversion" Lellouche aurait simplement critiqué le "bétonnage de Jérusalem-Est" lors d'une entrevue. On aime les fines blagues et les clins d'œil, chez Marianne.

En page 16 Joseph Macé-Scaron nous offre une réflexion sur une récente décision "sarkozyste": l'abolition des cours d'histoire en dernière année de filière S. L'article a pour titre "Une bagatelle pour un massacre". Le texte se penche sur ce projet de réforme (l'auteur est contre, ce que je trouve insensé car une telle mesure ne pourrait qu'augmenter le lectorat de certains magazines, suivez mon regard) et discute de la réorganisation des filières (jadis C, D, E, aujourd'hui S, etc).

Quel rapport avec le pamphlet antisémite "Bagatelle pour un massacre"? Aucune idée mais à mon avis il est inutile de chercher une raison (une raison pertinente). La "bagatelle" apparaît ainsi dans le texte, sans la moindre référence: "... Voilà pourquoi nos chères élites, version génération Sarkozy, auront donc quatre heures pour parcourir au pas de charge ou au galop le XIXe et le XXe siècle, de la révolution industrielle à la chute du mur de Berlin, une bagatelle pour un massacre."

Et ça devient le titre de l'article. C'est idiot mais ça attire l'attention du lecteur. Les magazines pipole ont rarement plus d'ambition que cela.

+ - + - +

Puisqu'on parle de Céline... Les éditions Écriture publient, dans le cadre de leur collection "Céline & Cie", une compilation des meilleurs articles de Philippe Sollers sur ce thème. La couverture proclame "Sollers - Céline", en toute modestie.

Loin de moi l'idée de foutre au feu les bouquins de Céline. Ce genre de comportement était une caractéristique de ses anciens amis, précisément. Pour ma part je n'ai jamais pu me résoudre à lire un bouquin de ce type (je parle ici de ses "bonnes" œuvres, comme Voyage au bout de la nuit). Idem pour Drieu La Rochelle, Brasillach, "et Cie". Il y a suffisamment de grands auteurs pour s'éviter une telle épreuve.

Mais si quelqu'un choisit de lire Céline, voire de l'aimer, grand bien lui fasse. Il a d'avance ma bénédiction.

Sollers a toutefois d'autres projets qu'une simple critique (fût-elle admirative) des œuvres de cet auteur. La quatrième de couverture de son patchwork d'articles (de 1963 à 2009, mazette) commence ainsi:
Je me rappelle très bien le choc que fut la découverte de D’un château l’autre en 1957, ou de Nord, en 1960. Dès la publication d’extraits dans la NRF, j’ai senti qu’il se passait quelque chose d’essentiel. Depuis, ma fréquentation de l’œuvre de Céline n’a pas cessé. Malgré sa réputation d'infréquentable, alors que son biologisme –ainsi qu’il faudrait définir son racisme– me paraissait en total désaccord avec son génie d’écrivain, j’ai persisté à l’admirer avec constance.

Je sais que cela prendra encore un siècle ou deux, mais il faut débarrasser Céline de ses oripeaux de fou vociférant et, cela va de soi, de son antisémitisme. L'image qui prédominera alors sera celle d'un Céline enfantin. Car c'est sans doute ainsi qu'il faut le voir: un enfant innocent perdu dans un monde coupable.
Un bon coup de plumeau sur le point de détail qui dérange quelques esprits mesquins et rancuniers, et le tour sera joué. Bizarre quand même de prétendre admirer et faire connaître un auteur tout en proposant d'effacer les "bourdes" dans le CV du héros...

Selon Sollers il faudra "un siècle ou deux" pour parvenir à "débarrasser Céline de son antisémitisme". Je le trouve bien pessimiste. Au train où vont les choses, une ou deux décennies suffiront amplement.

+ - + - +

Le prix Nobel de la Paix 2009 a été attribué à M. Obama. C'est la première fois, à ma connaissance, que le prestigieux prix est attribué uniquement parce que le récipiendaire a gagné une élection.

On vit une époque intéressante.

samedi 28 novembre 2009

Les drôles de sympathies du mouvement séparatiste

Le mouvement nationaliste québécois a depuis longtemps les yeux de Chimène pour le nationalisme palestinien. Y compris sa composante radicale.

Mais cela va parfois très loin. Comme en France, c'est vers le Hamas et le Hezbollah que vont désormais les sympathies. On en trouve des traces là où l'on s'y attend le moins.

Par exemple dans un tout récent bouquin des éditions dites "du Québécois" intitulé "Michael Ignatieff: Imposture et ascension", de Pierre-Luc Bégin.

Le chef du Parti Libéral du Canada est une cible traditionnelle du mouvement séparatiste, M. Ignatieff n'échappe donc pas à la vindicte.

En page 105 s'ouvre un chapitre passionnant: Ignatieff et l'impérialisme.

Devinez de qui il va être question... Le chapitre s'ouvre sur la seconde guerre du Liban, que Bégin considère sans doute comme la plus marquante manifestation d'impérialisme de ces dernières années!
"Israël met le Liban à feu et à sang

En 2006 (...) Israël décidait de lancer une offensive monstre sur le Liban (...)

Rappelons les faits. Le Hezbollah s'en est pris à quelques soldats israéliens, lesquels auraient pénétré le territoire national libanais, selon le Hezbollah, violant la souveraineté de ce pays. Le Hezbollah fit prisonniers deux militaires israéliens. La revendication du Hezbollah: la libération de prisonniers détenus par Israël. Voilà le motif.

(...) Comment Ignatieff peut-il tenir le Hezbollah libanais responsable de cette dérive sanguinaire d'Israël?"
Le reste est à l'avenant.

Cette intéressante relecture de l'Histoire appelle deux remarques (on va faire court, c'est le week-end et j'ai d'autres chats à caresser):

- un mensonge répété mille fois vaut toutes les vérités du monde: le "rappel des faits" de Bégin semble obéir à ce principe, en affirmant tranquillement que les deux militaires israéliens enlevés (il omet de parler de ceux qui sont morts immédiatement durant l'attaque du Hezbollah) avaient violé la souveraineté du Liban. Bégin ne peut pourtant pas ignorer, plus de trois ans après, que la patrouille israélienne circulait du côté israélien de la frontière et que c'est le gang du Hezbollah qui a "violé la souveraineté" israélienne...

Même l'ONU s'en était rendu compte, ce qui n'est pas rien:
Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, a rappelé que la crise avait débuté le 12 juillet dernier, lorsque le Hezbollah a tiré des roquettes depuis le territoire libanais contre des positions des forces de défense israéliennes situées près de la localité de Zarit, de l’autre côté de la Ligne bleue. Peu après avoir pénétré en territoire israélien, des militants du Hezbollah ont attaqué une patrouille israélienne, capturant deux soldats, en tuant trois autres et faisant plusieurs blessés (Conseil de sécurité de l'ONU, 14 juillet 2006, document CS/8776).
Mais les éditions du Québécois ne voient aucun inconvénient à présenter les affabulations du Hezbollah comme crédibles et sérieuses.

- mettre la réalité cul par-dessus tête, en s'indignant que l'on puisse reprocher quoi que ce soit au Hezbollah dans les événements de l'été 2006.

Ce type de "raisonnement" est un grand classique... Encore cette semaine on pouvait voir dans l'émission "Les années Derome" une entrevue entre l'ex-journaliste vedette de Radio-Canada et un ex-membre de la cellule Chenier du Front de Libération du Québec. Cette "cellule" est connue pour avoir enlevé et assassiné le ministre du Travail (du Québec) Pierre Laporte en 1970.
Selon le sympathique "militant", Laporte est mort à cause des siens qui l'ont abandonné, à cause de la météo (pluvieuse) ou du Père Noël... bref, à cause de tout le monde sauf de ceux qui l'ont kidnappé et abattu.
Le "militant" a déclaré n'avoir jamais eu de problème avec sa conscience.

C'était un grand moment de télévision, qui aide un peu mieux à saisir l'admiration que cette mouvance peut entretenir pour les terroristes du Hezbollah & Cie.

Pierre Falardeau et Julien Poulin posent avec des jeunes alors que ce dernier brandit le drapeau du Hezbollah.
Photo David Boily, Archives La Presse

mercredi 2 septembre 2009

Petit moment de détente

Je ne m'attendais pas à rire en feuilletant "AFP: les survivants de l'information" de Jacques Thomet, éd. Hugo & Cie.

Le passage qui m'a stimulé les zygomatiques commence pourtant par une tragédie (p.126): en 1972 un avion s'écrase dans les Andes (cf. Wikipedia). Les secours arriveront plus de deux mois après. Les morts serviront de source de nourriture aux survivants. Jacques Thomet revient sur ce drame dans un passage intitulé: "Les anthropophages des Andes dévorent notre ami" (très "tabloïd", comme titre).

On y apprend ceci:
L'un des amis de [...] a été tué dans l'accident de l'avion. Le journaliste de l'AFP est le premier à parler aux rescapés. Il insiste pour savoir comment les seize survivants ont pu tenir pendant 72 jours. Avec de l'herbe? L'homme n'est pas un mammifère..."
L'homme n'est pas un mammifère...

Comme le professionnalisme de nos écoles de journalisme ou de l'AFP ne saurait être mis en doute (pas sur ce blog, en tout cas), il ne reste qu'une seule explication: la coquille. Ironie mise à part, je vous assure que d'autres passages du bouquin peuvent mériter une lecture - un achat peut-être pas, mais un emprunt en bibliothèque si.

* * *

Google permet aux blogueurs de consulter des statistiques relatives à leur blog.

Il est possible de voir par exemple quels mots clés, entrés sur le moteur de recherche de Google, font apparaître votre blog parmi les résultats de la recherche.

Certaines recherches me laissent bien perplexe. Voici un petit échantillon récent (j'indique entre parenthèses la "nationalité" du moteur de recherche utilisé):
  • "comment se faire excommunier" (Google France) - alors là je ne vois pas du tout le lien avec mon blog
  • "comment se faire avorter en France" (USA) - idem!
  • "missile albatros" (France)
  • "indymerdia" (Allemagne, Espagne, Grèce, USA)
  • "michael ignatieff juif" (Canada) - Ignatieff est le chef du Parti Libéral du Canada
  • "les mechantes dames britains got talent" (UK)
  • "heureux comme un canadien" (Canada) - si seulement on avait un système de santé à la française!
  • "antisioniste c'est quoi" (France)
  • "exemple de permanente" (France)

mercredi 29 juillet 2009

L'art de l'anagramme

Les amateurs de littérature et/ou d'anagrammes seront heureux de feuilleter Anagrammes, de Jacques Perry-Salkow, chez Seuil.

Les anagrammes (1) contenues dans ce petit livre ne sont pas seulement amusantes : elles sont pertinentes.

Un exemple (p.120) :
Roméo Montaigu, Juliette Capulet :

- J'aime trop ta gueule.
- Et moi, ton cul.
Ce qui est un excellent condensé du drame shakespearien. L'auteur propose toutefois, en note, une anagramme alternative "pour les romantiques, s'il en reste" :
Roméo Montaigu et Juliette Capulet :

- Écoute, je l'imagine, la mort peut tout.
Superbe!


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(1) L'anagramme est une construction fondée sur une figure de style qui inverse ou permute les lettres d'un mot ou d'un groupe de mots pour en extraire un sens ou un mot nouveau (Wikipedia)

lundi 20 juillet 2009

La négation du peuple juif a un bel avenir en France

La revue L'Histoire consacre ce mois-ci un dossier complet à une propagande qui n'est pas nouvelle (1) mais a récemment été remise au goût du jour par un "nouvel historien" israélien antisioniste, S. Sand, qui n'est pourtant pas un spécialiste des champs d'études concernés (son domaine concerne surtout l'histoire intellectuelle française; il est un des spécialistes de l'oeuvre de Georges Sorel).

Publié en hébreu, son bouquin, "Matai ve'ech humtza ha'am hayehudi?" (Quand et comment fut inventé le peuple juif?), a immédiatement été traduit et publié en français par les éditions Fayard : "Comment le peuple juif fut inventé". Le pognon n'a pas d'odeur, c'est bien connu.

Herr Professor Sand s'est exprimé dans Haaretz après la parution de son "essai" en Israël. L'article était intitulé : Ani kouzari gué'é (2) -Je suis un fier Khazar- (Haaretz), ce qui est une absurdité dans la mesure où les Khazars n'existent plus depuis des siècles. L'article est disponible en anglais (mais avec un autre titre) sur le site du journal.

Je n'ai pas été surpris de voir les médias "antisionistes" français, comme Le Monde diplomatique, sortir le tapis rouge et s'empresser de diffuser la bonne parole : "Déconstruction d’une histoire mythique - Comment fut inventé le peuple juif" (août 2008).

Ne comptez pas trop sur Le Monde diplo pour se pencher sur l'importance du mythe dans la construction de l'identité collective d'autres peuples, et encore moins sur l'histoire du peuple palestinien dont "l'invention" est pourtant très récente (le courant du XXe siècle). Cette sélectivité dans la "déconstruction du mythe" démontre s'il en était besoin qu'il ne s'agit pas ici de recherche scientifique ou de vulgarisation, mais d'activisme "antisioniste". La délégitimation de la présence juive en Israël (pardon... en Palestine) fait feu de tout bois ; la négation de l'existence du peuple juif en fait partie.

Le Monde diplo donne un autre petit coup de main en annonçant les réunions des "Amis du Monde diplomatique", et devinez qui a été chaudement invité dans plusieurs de ces réunions? La liste des réunions est impressionnante. Une telle passion pour l'histoire du non-peuple juif est touchante, vraiment.

Plus problématique est l'attitude de L'Histoire, qui se présente comme LE magazine de référence des passionnés d'histoire. D'histoire à dormir debout, dans ce cas précis.

Le dossier, sobrement intitulé "Enquête sur le peuple juif", consiste en fait à donner la parole au Professor Sand et à éviter de trop remettre en question sa méthodologie, ses compétences, ses conclusions. Tout au plus le magazine "de référence" se contente de demander à Michel Winock (spécialiste de l'histoire de la République française), Maurice Sartre (son domaine est la Syrie antique et l'Orient hellénisé, c'est déjà un peu mieux) et Esther Benbassa de lui donner la réplique.

Esther Benbassa était peut-être la mieux placée (dans ce petit groupe) pour parler du thème choisi par L'Histoire. Son intervention est courte et son hostilité au sionisme n'est pas un secret, mais cela ne l'empêche pas de rappeler quelques évidences. Extraits :

Les Juifs ont cultivé une représentation d'eux-mêmes construite autour de leur religion mais aussi de mythes. Cet imaginaire a permis, même aux convertis, de se définir comme appartenant à une même entité culturelle et religieuse, les deux dimensions étant inséparables (...)

Tous les peuples sont des "inventions". On ne peut pas se contenter de dire que le "peuple" juif (3), tel qu'il se définissait avant la naissance du sionisme et l'acception moderne de ce concept, et aussi imaginé qu'il ait été, n'a jamais existé (...)

la question se pose de la même façon pour les Palestiniens. Ceux-ci sont-ils un peuple davantage que les Juifs?

Ce qui tranche nettement avec l'infatigable "professeur" (au fait, est-il permis de remettre en question l'existence de son diplôme?), qui multiplie entrevues et rencontres pour répandre sa propagande : "Il n’existe pas et n’a jamais existé de peuple juif" clame-t-il dans les colonnes de la très complaisante revue Books (qui comme son nom ne l'indique pas est une revue française).

Il est alarmant de constater que c'est le récit de Sand qui fait la trame du dossier de L'Histoire. Il faut s'attendre à ce que la négation du peuple juif prenne de l'ampleur dans les années à venir, tout au moins en France.

* * *

Toutes les réactions qui ont suivi la publication du pamphlet du fier Khazar n'étaient pas dithyrambiques. En voici quelques-unes :

Luc Rosenzweig, sur Causeur, résume dans un texte très court mais efficace ce que lui inspire la thèse de Sand et l'accueil enthousiaste qu'elle reçoit : " (...) Et c’est ainsi que Shlomo Sand, dont l’influence en Israël est proche de zéro, devint prophète à Saint-Germain-des-Prés".

Israel Bartal, doyen à l'Université Hébraïque de Jérusalem, a réagi dans Haaretz : "Inventing an invention". Il adresse plusieurs points, par exemple l'affirmation de Sand selon laquelle la vérité (qu'il révèle dans ses écrits...) est camouflée par les établissements scolaires en Israël. Une traduction en français est disponible sur le site de l'UPJF.

Steven Plaut, professeur à l'Université de Haifa : "The Khazar Myth and the New Anti-Semitism".

Anita Shapira, professeur d'histoire juive à l'Université de Tel-Aviv, a publié dans le numéro de mars 2009 du "Journal of Israeli History" un texte disponible au format pdf, qui apporte une très intéressante contradiction aux "thèses" de S. Sand : "The Jewish-people deniers".

Pour info, le dossier de la revue L'Histoire a suscité une assez longue réaction signée Alain Michel : "Hébreux, juifs et sionistes : omissions de L'Histoire" (repris sur le site de l'UPJF).

Harry's Place a consacré au moins un texte au sujet : "The Sandman". " (...) Israel needs to exist as a Jewish state because books like Sand’s are so popular".


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(1) Yasser Arafat avait déjà, en son temps, mentionné les "origines khazares" des envahisseurs sionistes...

(2) אני כוזרי גאה

(3) E. Benbassa ne résiste tout de même pas à la tentation de placer des guillemets.

mercredi 27 mai 2009

Les communistes font d'excellents démocrates

Les éditions engagées La Fabrique ont sorti un petit bouquin, intitulé "Démocratie, dans quel état?", écrit à plusieurs mains par quelques intellectuels dont Alain Badiou et Daniel Bensaïd.

Je trouve toujours amusant de voir des marxistes-léninistes discuter de démocratie. C'est aussi drôle qu'un cardinal qui parle d'amour ou de contraception, un islamiste qui discute de la place de la femme dans la société, un négationniste qui donne un cours d'histoire, ou Michael Eisner qui vanterait les bienfaits du syndicalisme...

Alain Badiou consacre un chapitre d'une dizaine de pages à son sujet, invoque Platon, mentionne Lénine, déverse un peu de fiel sur "les démocrates, gens de l'emblème, gens de l'Occident, [qui] tiennent le haut du pavé", pour finalement conclure ainsi:

"On voit alors clairement que nous n'avons de chance de rester de vrais démocrates (...) qu'autant que nous redeviendrons, dans des formes qui aujourd'hui s'inventent lentement, des communistes."

Ça ne s'invente pas.

jeudi 14 mai 2009

Nelligan vs Bilderberg: un match inégal

Jolie perle sur le site du Haaretz, à propos de la réunion du groupe Bilderberg en Grèce:

"From today until May 17, approximately 150 of the most influential members of the world's elite will be meeting behind closed doors at a hotel in Greece. They are called the Bilderberg Group or the "Bilderbergers," and you have probably never heard of them."

Je me demande bien qui n'a "probablement jamais entendu parler" du groupe Bilderberg et de ses membres, dont des listes circulent ici ou là. "Untel en est-il? Oui il était au congrès au Japon l'autre année. Aaaah... "

Je me suis amusé à comparer les résultats de recherche Google pour "Bilderberg Group" (l'expression exacte) avec d'autres termes d'usage plus ou moins courant:

Émile Nelligan : 170 000 (poète québécois)
Shunyata : 322 000 (concept bouddhique)
Clitoris : 6 360 000 (vous avez vraiment besoin d'une explication?)

"Bilderberg Group" s'en sort avec un très honorable 792 000 résultats de recherche, ce qui équivaut à 4.65 fois plus de résultats que Nelligan, 2.46 fois plus que Shunyata.

Le groupe Bilderberg "vaut" 12.45% d'un clitoris (en terme de résultats de recherche Google), ce qui est excellent pour une organisation dont vous n'avez "probablement jamais entendu parler".

***

Je profite de l'occasion pour faire un peu de pub à l'oeuvre d'Émile Nelligan, poète né en décembre 1879 à Montréal (voir sa biographie). De lui on peut vraiment dire que vous n'avez probablement jamais entendu parler!

Admirateur de Charles Baudelaire, sa carrière de poète sera brève; il est interné au tournant du siècle, et meurt des suites d'une intervention chirurgicale en novembre 1941.

Pour donner le goût de le découvrir, voici son poème intitulé, Vaisseau d'Or:

Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l'or massif:
Ses mâts touchaient l'azur, sur des mers inconnues;
La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues,
S'étalaient à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d'Or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève?
Qu'est devenu mon coeur, navire déserté?
Hélas! Il a sombré dans l'abîme du Rêve!

***

Pas mal, non?

Un dernier pour la route, extrait de Mon Âme:

Et cependant, toujours, de tous les maux souffrir,
Dans le regret de vivre et l'effroi de mourir,
Et d'espérer, de croire... et de toujours attendre!

dimanche 26 avril 2009

L'idéologie anti-"sioniste" et l'Histoire: un bref exemple

Dans son dossier thématique Vit-on la mort de la démocratie? la revue Médiane, vol.3 #2, propose un article signé Denis Kosseim, intitulé Israël peut-il être sioniste et démocratique? (pp. 57 à 62)

La question est purement rhétorique, comme on s'en doute.

L'auteur (qui apparemment enseigne dans un CEGEP... Mise à jour: il est prof de philosophie) enfile plusieurs perles sorties directement du bréviaire anti-"sioniste" avec une franchise déconcertante.

Il commence ainsi par regretter, avec Joseph Massad, que les "intellectuels européens de gauche" (Sartre en tête), ces pauvres aveugles, aient été incapables de percevoir "l'ultime réalisation d'Israël, à savoir la transformation du juif en antisémite et du palestinien en juif". Cet "aveuglement", tenez-vous bien, "fonderait l'identité européenne contemporaine".

M. Kosseim devrait se demander si c'est bien d'aveuglement qu'il s'agit?

Ils ne manquent pas, les intellectuels anti-"sionistes", qui passent leur temps voire fondent leur carrière sur ces deux projets: dépeindre les Israéliens comme les nouveaux nazis, et les Arabes palestiniens comme les nouveaux Juifs. Dans ce deuxième cas il ne s'agit pas uniquement de rhétorique: certains "intellectuels" affirment que les Arabes palestiniens sont les seuls vrais descendants des Hébreux de l'Antiquité, les Israéliens n'étant que des Khazars convertis, des envahisseurs colonialistes à la solde de l'impérialisme occidental islamophobe (plus loin dans son article M. Kosseim fait évidemment référence aux travaux du Professor Zand).

Si ces théories, comme celle de la "transformation du juif en antisémite et du palestinien en juif", ne sont pas retenues par certains "intellectuels européens", ce n'est certainement pas parce qu'ils les ignorent, mais plutôt parce qu'elles ne sont ni sérieuses ni convaincantes.

L'auteur se lance ensuite dans une rapide réflexion sur la nature humaine: l'être humain est-il naturellement bon ou méchant? La solution à la méchanceté humaine réside-t-elle, en conséquence, dans la répression de nos penchants ou bien dans l'éducation et la politique?

Pour montrer que la méchanceté n'est pas innée, M. Kosseim signale "le récit historique de l'Orient arabe, où il y a absence de nettoyages ethniques (...) absence de pogroms et absence d'Holocauste." À l'inverse, "les Mizrahim, les Israéliens juifs issus du monde arabe sont, quant à eux, sommés par les Israéliens juifs issus d'Europe de (...) s'européaniser, subissant ainsi un racisme euro-centrique. Ces différences culturelles et historiques portent à croire que la méchanceté humaine n'est pas naturelle."

La revue m'en est presque tombée des mains.

À cette bonté orientale, l'auteur oppose "la conception sioniste [qui] retient la prémisse essentialiste selon laquelle la méchanceté est inhérente aux non-juifs, leur racisme inévitable."

Ce n'est pas la première fois que je tombe sur une telle relecture de l'Histoire. Bizarrement, je ne m'y habitue pas: c'est à chaque fois un moment pénible, la prise de conscience désagréable que l'important n'est pas la vérité mais la répétition: une erreur suffisamment répétée sera acceptée pour vraie, à la longue.

Faisons un très court rappel.

"Dans tous les pays concernés [les pays arabo-musulmans où vivaient des Juifs] il y eut un pogrom ou un événement pogromique, des émeutes, des assassinats, voire un emprisonnement des Juifs qui, en fait, servit d'exemple, d'intimidation ou de menace." (in La fin du judaïsme en terre d'Islam, sous la direction de Shmuel Trigano, Éd. Denoël 2009, p.42)

Et Shmuel Trigano de résumer certains de ces événements (pp.42-43) qui n'ont rien à voir, faut-il le souligner, avec une quelconque "méchanceté inhérente aux non-juifs":

* Égypte: émeutes et pillages en novembre 1945, novembre 1948, janvier 1952 (également contre les Grecs et Arméniens)
* Irak: pogrom de juin 1941 à Bagdad (180 morts, 600 blessés), vague de persécutions antijuives officielles en 1948
* Syrie: pogroms de 1947
* Iran: vague d'antisémitisme en 1968, exécution du président de la communauté juive d'Iran en 1979
* Turquie: pogroms de Thrace en 1934
* Libye: pogroms de 1945 (130 morts), émeutes jusqu'en 1948, de nouveau en 1967
* Tunisie: émeutes en 1952, destruction de la grande synagogue de Tunis en 1960, violences en 1961
* Algérie: pogrom de Constantine en 1934, saccage de la grande synagogue d'Alger en 1960
* Maroc: émeutes antijuives en 1948, assassinats à Sidi Kassem en 1954, émeutes en 1961

L'ouvrage collectif dirigé par S. Trigano détaille ensuite les situations dans les différents pays arabo-musulmans où vivaient jadis des communautés juives. Il se penche bien évidemment sur le statut de dhimmi ("protégé"), et ce qu'il impliquait : restrictions, interdictions, humiliations, etc.

Ce rapide résumé aide un peu à mettre en perspective les propos de M. Kosseim sur "La thèse de la bonté naturelle de l'être humain [qui] coïncide avec le récit historique de l'Orient arabe".

C'est environ 900.000 Juifs qui ont été contraints, soit par des expulsions soit par des mesures discriminatoires et intimidantes, à quitter les pays où ils étaient nés. Environ les deux tiers d'entre eux se sont réfugiés en Israël.

Mais voilà une page de l'Histoire que les lecteurs de M. Kosseim (et ses élèves, s'il est bien enseignant) n'auront pas l'occasion d'entendre. Ils se feront plutôt dire qu'Israël n'est qu'une "régression tribale" (l'auteur cite Daniel Bensaïd), que seuls les Arabes palestiniens ont été victimes d'un "nettoyage ethnique" sur lequel, nous dit M. Kosseim, "on ne peut fermer les yeux" car il est une "injustice historique" qu'il faut "attaquer de front" (il ne mentionne évidemment pas la guérilla déclenchée contre les Juifs dans la zone mandataire dès 1947, ni l'assaut militaire des voisins arabes en 1948).

L'auteur pourrait en parler, pourtant. Son silence est volontaire. Il connaît la tragédie des Juifs chassés des pays arabo-musulmans, mais voici tout ce qu'il en dit: "Les apologistes sionistes cherchent désormais à neutraliser l'impact du nettoyage ethnique survenu il y a 60 ans en produisant un discours fallacieux selon lequel les juifs des pays arabes ont subi, eux aussi, un nettoyage ethnique à la même époque. Si les relations publiques israéliennes et pro-israéliennes réussissent à remettre le compteur à zéro, la voie est libre pour une suite et fin du nettoyage ethnique de 1948."

Les historiens qui racontent l'histoire juive orientale? Des apologistes sionistes.
L'histoire des juifs orientaux? Un discours fallacieux.
La diffusion de cette histoire, son enseignement? Un coup des relations publiques israéliennes.

Ces fréquentes tentatives de réécriture de l'Histoire ont un but: promouvoir l'abolition de l'État israélien et son remplacement par un "État unique" que l'on nous promet démocratique. C'est aussi la "solution" que propose cet auteur, qui nous invite à "sortir de la caverne sioniste". La bonne blague. La démocratie libérale n'est pas le projet du Hamas, ni d'ailleurs celui du Fatah (Arafat a régné sur le Fatah, puis l'OLP, puis l'Autorité Palestinienne jusqu'à sa mort; corruption, clanisme et clientélisme sont évoqués par nombre d'observateurs locaux ou étrangers). Par contre on sait très bien ce qui est arrivé aux Juifs orientaux, et ce qui arriverait aux Juifs israéliens si on les ramenait plus de soixante ans en arrière.

Relisant l'ouverture de l'article de Denis Kosseim, qui y dénonce l'aveuglement de certains intellectuels, je me pose la question suivante: pourquoi donc tant d'intellectuels sont-ils incapables d'appliquer à eux-mêmes les leçons dont ils sont si prodigues?

Autre question: c'est ça qu'on enseigne aux gamins dans nos collèges? Rendez-moi mon pognon!

dimanche 22 mars 2009

Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le sabre laser (*)

Cette semaine, je suis tombé sur un bouquin passionnant, sobrement intitulé "Lui", dont je tairais charitablement les noms de l'auteur (1) et de l'éditeur.

Pour résumer l'histoire, c'est une réécriture de l'évangile de Marc, mais dans un cadre moderne: Jésus-bis est un Montréalais du début du XXIe siècle. Vu le déroulement du récit je devrais plutôt parler d'"alter-Jésus".

Ce Jésus en espadrilles (version française: en baskets) passe pas mal de temps à déambuler dans les rues de Montréal. Tout à sa mission, il aborde le monde afin de prendre un café ou les sauver.

Il croise par exemple un "gay désabusé" sortant d'un sauna (2) et l'invite à le suivre, "s'il veut vivre".

Jésus-bis papote beaucoup avec des croyants. Il a d'excellents contacts avec les chrétiens et musulmans "de base", mais pas avec les membres des institutions religieuses. On observe une nette distinction entre les clercs (pointilleux, pinailleurs, légalistes, attachés à la lettre plutôt qu'à l'esprit) et l'humble croyant (enthousiaste, sincère, rieur et bon).

Dans son contact avec les juifs, Jésus-bis est un peu moins nuancé:

Un jour de Sabbat, il se rend dans une synagogue. Il a en tête ce fameux passage: 'Tu n'opprimeras pas l'étranger - vous savez d'expérience quelle est la vie de l'étranger - car vous avez été étrangers en terre d'Égypte'.
Il veut savoir si ce verset s'applique aux Palestiniens.

On me dit souvent qu'Israël et judaïsme c'est différent, que les accusations et condamnations adressées au premier ne visent nullement le second, mais si même le nouveau Jésus confond Ehoud Olmert avec un rabbin de quartier en Amérique du Nord, où va-t-on?

La fin de Jésus-bis est tragique, comme celle de son prédécesseur: l'alterchrist (3) va, avec ses compagnons de lutte, manifester devant le consulat de "l'Empire", à Montréal. Mauvaise idée. Il se fait embarquer puis est transféré dans une base secrète de l'Empire (4). Accusé d'un crime qu'il n'a pas commis, il est mis à mort par injection.

The End.

J'espère qu'on en fera un film. Dans le rôle du Rebelle en lutte contre l'Empire je verrais bien Amir Khadir.


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(*) Le titre est inspiré des évangiles: "Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée"

(1) qui exerce la belle profession de "bibliste". Ah bon.

(2) je suppose que dans l'esprit d'un bibliste un gay ne peut être que "désabusé"; à titre personnel je doute fort que la catégorie "gay désabusé" fréquente beaucoup les saunas...

(3) ne pas confondre avec l'antéchrist, bande de mécréants!

(4) et voilà l'explication du titre ;-)