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mercredi 23 juin 2010

Les trucs de la police d'Amsterdam

Sources: Harry's Place et The Telegraph.

On trouve, à Amsterdam, des casseurs de pédés, des agresseurs de vieilles dames, et des antisémites, entre autres. Une vidéo a fait du bruit il y a quelques jours. On pouvait y voir un rabbin pris à partie par des jeunes. Des manifs pour soutenir la "résistance" du Hamas c'est une chose, mais revoir des saluts hitlériens dans la ville qui abrite le musée Anne Frank ça fait désordre. La municipalité a réagi.

La police de la ville a l'habitude d'envoyer de temps en temps des "appâts", des agents déguisés en mamies, homosexuels ou prostituées afin d'attirer les criminels et les coffrer.

Le maire d'Amsterdam, Lodewijk Asscher, a donc demandé aux policiers d'étendre cette mesure aux Juifs "visibles", qui se font régulièrement insulter, cracher dessus ou agresser dans certains quartiers de la paisible ville néerlandaise (1).

Le but est de décourager les agresseurs, en misant sur la capacité du skinhead ou du djihadiste amateur de se demander s'il a affaire à une vraie cible ou à un flic déguisé.

La méthode a paraît-il donné des fruits à Gouda: les vols à l'arraché baissent après chaque envoi d'une pseudo-mamie (2).

Ces efforts néerlandais sont une bonne chose, qui en disent toutefois long sur la dégradation de la situation.

Quant aux activistes anti-"sionistes", ils peuvent continuer à soutenir des milices terroristes antisémites, du moment qu'ils s'abstiennent de beugler sieg heil.


NOTES
(1) "Jews in at least six Amsterdam neighbourhoods often cannot cross the street wearing a skullcap without being insulted, spat at or even attacked"

(2) "If we receive several reports of street robbery in a certain location, we send out the granny. That soon quietens things down", said a spokesman.

dimanche 20 juin 2010

39 pouces: un ragot anti-"sioniste" de plus

"Saddam, les secrets d'une mise à mort" de Khalil al-Doulaïmi (variantes: Dulaimi, Duleimi), commence par un avertissement de l'éditeur parisien (les éditions Sand):
"Le document que vous avez entre les mains est un témoignage de l'avocat irakien le plus proche de Saddam Hussein. Il est partisan et véhément, exprimant la frustration d'un homme qui voit sa patrie détruite par une invasion étrangère.

L'éditeur tient à préciser qu'il ne partage pas toutes les analyses contenues dans ce livre" [j'aimerais bien savoir lesquelles] "mais son rôle est de donner la parole -l'écrit- à ceux qui défendent une cause et qui sont représentatifs d'un courant de pensée (...)"

Le bouquin est une défense pesante de Saddam Hussein. Je suis tombé par hasard sur un passage particulièrement ignoble.

Doulaïmi pose une question page 235: pourquoi la corde avec laquelle Saddam Hussein a été pendu mesurait-elle 39 pouces? [environ 99 cm, dixit Doulaïmi bien sûr]

Prenez quelques instants pour réfléchir...

Voilà la réponse de Doulaïmi:
"La corde avait été remise aux Américains par un soldat sioniste. Elle avait été fabriquée selon des normes de longueur, de matière et de tressage tout à fait contraire à la loi. Avant qu'elle soit placée autour du cou de Saddam, un soldat américain d'origine juive pénétra dans la salle. Il mesura la longueur de la corde jusqu'à ce qu'il eût atteint exactement trente-neuf pouces.
(...)
Mais pourquoi couper la corde à trente-neuf pouces? Parce qu'en 1991, l'Irak avait lancé sur Tel-Aviv 39 missiles qui déclenchèrent la haine des sionistes contre Saddam Hussein et constituèrent, probablement, l'une des causes de son exécution." (pages 235-236)

C'est dans la lignée de ces légendes, "probablement" antisémites, dont on peine à suivre le rythme: les Juifs qui ne sont pas allés travailler le matin du 11 septembre 2001, les "sionistes" qui volent les organes des jeunes et des enfants, les soldats qui ont attaqué la "flottille de la paix" dans le but de commettre un massacre, etc. Une infamie de plus.

C'est ce genre d'absurdité (pour rester poli) qu'un éditeur français, en l'an 2010, juge pertinent de publier sous le prétexte de "mieux comprendre le ressentiment de nombreux Arabes pour qui Bagdad est une capitale majeure de leur civilisation".

Est-ce que ce livre pourrait, au moins, être utile aux historiens? Peut-être. Pour le moment il fait la joie de certains anti-"sionistes", qui n'ont visiblement aucune difficulté à concilier l'hostilité anti-"persane" de Saddam Hussein avec leur admiration pour Ahmadinejad.

mercredi 30 décembre 2009

La peau de l'ennemi

Le petit tsunami provoqué par les "révélations" de Donald Boström (voir cet autre billet) n'en finit pas de faire des vagues.

Étant donné que personne n'a la moindre preuve -et pour cause- que des Israéliens ont enlevé et tué de jeunes Arabes palestiniens afin de voler leurs organes, les amateurs de la "critique" permanente d'Israël se rabattent sur ce qu'ils trouvent. Dans ce cas précis, ils raclent les fonds de tiroirs pour ressortir triomphalement tout ce qui concerne un prélèvement ou trafic d'organes impliquant au moins un Israélien.

Nouvelles (?) révélations

Nancy Scheper-Hughes, professeur d'anthropologie à l'Université de California-Berkeley a récemment dévoilé une entrevue datant de l'an 2000 faite avec un certain Yehuda Hiss, ancien directeur de l'Institut médico-légal d'Abu Kabir, près de Tel-Aviv.

Qu'a donc dit M. Hiss? Que dans les années 90, des spécialistes à Abu Kabir avaient prélevé de la peau, des cornées, des valves cardiaques et des os sur des corps qui passaient par l'Institut (1). Ces prélèvements se faisaient sans la moindre considération pour l'origine des personnes, les défunts étaient Israéliens (civils ou militaires), Palestiniens, voire même des étrangers qui travaillaient et vivaient en Israël. M. Hiss ajoutait que l'accord des familles n'était ni nécessaire ni demandé et que les spécialistes agissaient avec discrétion. Cela n'a pas empêché que des familles (juives ou arabes) protestent.

[Précisons que la loi israélienne, qui était floue dans le passé, a récemment été mise à jour. Une autorisation est désormais requise. Il est même possible de trouver un formulaire en ligne, le remplir, le signer, puis le retourner par fax à l'organisme public qui centralise ces données.]

Dans les médias (pas uniquement anti-"sionistes") cette entrevue vieille de neuf ans mais tout récemment dévoilée est devenue: Israël: des organes ont été prélevés sur des Palestiniens (NouvelObs). Dans le corps de l'article, le site NouvelObs est très évasif sur la nationalité des défunts: "des corps, notamment palestiniens". La présentation des "faits" par NouvelObs est très intéressante:
Le Dr Hiss a fait ces déclarations en 2000 à un universitaire américain. Ce dernier a décidé de ne le rendre public maintenant en raison d'une controverse qui a éclaté l'été dernier. Un article d'un journal suédois avait laissé entendre que des soldats israéliens tuaient des Palestiniens pour faire commerce de leurs organes. Des allégations qu'Israël a vivement démenties.

Des extraits de l'entretien ont été diffusés ce week-end sur la 2e chaîne de télévision israélienne. Le Dr Jehuda Hiss précise que des cornées ont été prélevées sur des cadavres "de manière extrêmement informelle. Aucune autorisation n'était demandée à la famille".

En réponse à ce reportage, l'armée israélienne a reconnu que les faits avait [sic] eu lieu. L'activité a cessé il y a dix ans et cela n'arrive plus, d'après un communiqué de Tsahal repris par la télévision.
Le découpage des paragraphes et le flou de la formulation pourrait laisser penser que "l'armée israélienne a reconnu que les faits avait eu lieu" fait référence à "Un article d'un journal suédois avait laissé entendre que des soldats israéliens tuaient des Palestiniens pour faire commerce de leurs organes" et non pas à "des cornées ont été prélevées sur des cadavres de manière extrêmement informelle".

The Guardian, journal britannique de gauche, a publié lui aussi un article reprenant la nouvelle, avec un titre identique à celui de NouvelObs: Israel admits harvesting Palestinian organs (The Guardian, 21 décembre). Mais le titre de l'édition Internet a été modifié et est devenu: Doctor admits Israeli pathologists harvested organs without consent (The Guardian).

La différence est de taille. Le Guardian a expliqué la raison de cette modification:
We should not have put the headline “Israel admits harvesting Palestinian organs” on a story about an admission, by the former head of the Abu Kabir forensic institute near Tel Aviv, that during the 1990s specialists at the institute harvested organs from the bodies of Israeli soldiers, Israeli citizens, Palestinians and foreign workers without getting permission from the families of the deceased (21 December, page 15). That headline did not match the article, which made clear that the organs were not taken only from Palestinians. This was a serious editing error and the headline has been changed online to reflect the text of the story written by the reporter.
Le titre ne reflétait pas le contenu de l'article. Il était suffisamment inexact et trompeur pour que le Guardian, journal pourtant connu pour ses vives "critiques" d'Israël, le modifie radicalement.

Regardons un peu le contenu de la "nouvelle". La dépêche reprise par tous les médias fait systématiquement référence à l'article initial de Boström. Le rapport entre Boström et Hiss est pourtant fortement tiré par les cheveux, mais comme d'habitude lorsqu'il s'agit d'Israël il suffit que des mots se ressemblent pour qu'on établisse un lien. Les mots magiques, dans ce cas, sont "prélèvements d'organes", "trafic d'organes" et "sans autorisation de la famille" (ou du défunt).

Le Dr. Hiss n'a jamais dit -et pour cause (bis)- que l'armée israélienne abattait de jeunes Arabes pour les transporter ensuite à Abu Kabir à des fins de prélèvements, ni que ces prélèvements servaient à alimenter le marché noir, mais qu'importe! Il suffit qu'au moins un prélèvement ait été fait sur au moins un Arabe palestinien sans autorisation de sa famille pour alimenter la machine à ragots (re)lancée cet été par Aftonbladet.

Scientifique et militant, c'est possible

Comme le précisent les médias, l'entrevue du Dr. Hiss dévoilée par Nancy Scheper-Hughes date de... 2000. Mme Scheper-Hughes se définit comme une "anthropologue militante". Elle a fait un voyage en URSS (vers 1959, 1960) mais ne s'étend pas trop sur le sujet, et de retour aux States a milité pour les droits civiques des Noirs (là, je lève mon chapeau) et au sein de Peace Corps.

Question: si cette entrevue est aussi choquante que certains veulent le croire, pourquoi la fondatrice d'Organs Watch (2) a-t-elle attendu neuf ans pour la faire connaître?

Comme on peut le lire par exemple sur le site NouvelObs, Scheper-Hughes a "sorti" l'info à cause, précisément, des réactions à l'article de Boström: "[Nancy Scheper-Hughes] a décidé de ne le rendre public maintenant en raison d'une controverse qui a éclaté l'été dernier".

Pour en savoir un peu plus il n'est pas inutile de lire un article d'Alison Weir intitulé Special Report. Israeli Organ Trafficking and Theft: From Moldova to Palestine, publié par le Washington Report on Middle East Affairs (WRMEA) de novembre 2009, pp. 15-17. L'article est disponible sur le site Internet du magazine. Le WRMEA est un média US qui semble particulièrement "critique" envers Israël, pour dire le moins.

Une chouette bande de bons copains

Alison Weir contribue au WRMEA dont le responsable (publisher) est Andrew Killgore. Weir et Killgore sont aussi deux dirigeants de l'organisation If Americans Knew (Si les Américains savaient... sous-entendu, si les Américains savaient la vérité sur Israël, ils deviendraient anti-israéliens).

Weir part du principe que l'article de Boström présentait de bons éléments de preuve (grisly evidence suggesting that Israel had been taking Palestinian internal organs) mais que les Israéliens ont comme d'habitude hurlé à "l'antisémitisme" (les guillemets sont d'elle).

Elle affirme ensuite que les prélèvements d'organes en Israël sont documentés depuis de nombreuses années (3). C'est exact, mais ça n'a pas grand-chose à voir avec le pamphlet d'Aftonbladet.

Weir s'appuie largement sur les travaux de Scheper-Hughes, qu'elle cite à plusieurs reprises (mais rien n'indique qu'elles se connaissent ou s'apprécient).

À propos du commerce des organes, Scheper-Hughes aurait déclaré: "Israël est au sommet. Il a des tentacules partout dans le monde" (Israel is at the top. It has tentacles reaching out worldwide.)

S'il est exact que des Israéliens trempent dans le commerce des organes, il est intéressant de voir une anthropologue parler des "tentacules" israéliens. L'image est pour le moins malheureuse (le thème de la pieuvre est un classique de la littérature judéophobe; se référer par exemple à l'ouvrage de Joël et Dan Kotek, Au nom de l'antisionisme, Éd. Complexe)

Quant à voir Israël au "sommet" en matière de commerce d'organes, je suis perplexe. Le communiqué de l'université de Berkeley en 1999 annonçant la création d'Organs Watch ne mentionne même pas Israël (il est par contre question de l'Afrique du Sud, du Brésil, de l'Inde, de la Chine, et des USA). Dans une longue entrevue de 2004 accordée à Three Monkeys Online (4) sur le sujet du trafic mondial des organes, Scheper-Hughes mentionne -parmi d'autres cas- un intermédiaire israélien impliqué dans un "échange" de reins entre des donneurs brésiliens (vivants) et des receveurs israéliens: Dispelling the myth. The realities of organ trafficking. Professor Nancy Scheper-Hughes in interview (novembre 2004).

En 2004 pourtant, Scheper-Hughes avait déjà dans son tiroir depuis 4 ans les déclarations du Dr. Yehuda Hiss. Israël aurait-il atteint le "sommet" entre 2004 et 2009?

La faute à la Shoah ?

Scheper-Hughes (toujours citée par Alison Weir) va un peu plus loin. Dans un exposé l'anthropologue aurait déclaré percevoir deux motivations aux trafiquants israéliens: l'appât du gain, bien sûr, mais aussi "une vengeance, une restitution - en réparation de l'Holocauste" (Revenge, restitution—reparation for the Holocaust).

Des intermédiaires -et même des médecins- israéliens (qu'elle ne nomme pas) auraient même dit à Scheper-Hughes: "c'est une sorte d'œil pour œil dent pour dent. Nous prendrons tous les reins, foies et coeurs que nous pourrons. Le monde nous le doit." (it’s kind of ‘an eye for an eye and a tooth for a tooth. We’re going to get every single kidney and liver and heart that we can. The world owes it to us)

Toujours dans le cadre de cette analyse psychologique de comptoir, l'anthropologue voit dans de simples prélèvements de peau (nécessaires pour le traitement des grands brûlés) un lourd symbole: il s'agirait de "prendre la peau de la population perçue comme ennemie" (5)

Et la clinique de greffe de cheveux de l'oncle Shlomo, c'est pour scalper l'ennemi?

Comme le dit Alison Weir dans son article, Israël est unique de bien des manières (Israel is unique in several significant ways). Unique de par l'hystérie qu'il suscite, sans aucun doute.

Propagande et vieilles rengaines

L'article de Weir ne se base pas que sur Scheper-Hughes. C'est en fait un résumé très complet de toutes les rumeurs circulant sur les Israéliens "voleurs d'organes". Elle va même jusqu'à insinuer que dans au moins un cas (celui d'Abraham Sadegat en 1968), il est possible, peut-être même probable, que le cœur ait été prélevé alors qu'il battait encore (Sadegat’s medical condition before his heart was removed has not been made public. It is possible—perhaps probable—that up until his heart was removed it was still beating)

Elle cite également l'agence de presse de la République islamique d'Iran (A 2002 news story from IRNA) et Yasser Arafat interviewé par Al-Jazeera. La citation du vieux chef est claire et correspond bien au personnage: "Ils assassinent nos enfants et utilisent leurs organes comme pièces de rechange" (They murder our kids and use their organs as spare parts)

Pour faire bon poids, Weir ajoute un petit rappel sur le "racisme" et le "chauvinisme" du judaïsme. Elle affirme ainsi que la Loi juive permet "probablement" que l'on prenne l'organe d'un non-juif innocent qui passe par là afin de sauver la vie d'un Juif. Elle affirme baser son délire sur deux rabbins. Honnête journaliste, Alison Weir écrit que "Bien qu'il soit impossible de savoir si des Israéliens ont déjà agi en fonction de ces autorisations religieuses de tuer un non-juif afin de fournir des organes à des Juifs, certains observateurs considèrent que c'est une possibilité" (While it is impossible to know whether any Israelis have ever acted on such religious permission to kill a non-Jew in order to provide body parts to Jews, some observers have considered this a possibility)

À ce stade on n'est plus très surpris de voir le nom d'Israel Shahak apparaître à l'appui de telles élucubrations (Weir mentionne son ouvrage Jewish History, Jewish Religion). Note rapide: Shahak était un chimiste israélien. Il a développé une obsession maladive envers la religion juive. Ses "travaux" servent de source à nombre de "critiques" d'Israël (voir par exemple Werner Cohn).

Des pétitionnaires pour la Vérité

En conclusion de son article délirant, qui mélange habilement informations et ragots, WRMEA invite le lecteur indigné (comment ne pas l'être?) à ajouter son nom à une pétition. Le but de la pétition est d'obtenir une enquête sur les "possibles" crimes de guerre israéliens (dans ce cas, les "vols d'organes").

Les organisateurs font bien évidemment référence à l'article de Boström et aux propos de Scheper-Hughes, parmi d'autres sources. Le soutien aux thèses de Boström est explicite: "En tant que personnes profondément concernées par les droits humains (...) nous soutenons Donald Boström et Aftonbladet dans leur décision de publier l'article 'On pille les organes de nos fils'. Nous saluons le refus du gouvernement suédois de se soumettre aux pressions israéliennes à l'encontre de la liberté de la presse. Nous appuyons les appels à une enquête et exhortons le Comité International de la Croix Rouge et autres tribunaux compétents à entreprendre une enquête fouillée et impartiale des allégations selon lesquelles les Israéliens ont illégalement pris des organes à des Palestiniens" (6)

Parmi les soutiens officiels de la pétition on retrouve If Americans Knew, d'Alison Weir.

Weir a bien évidemment signé cette pétition "pour une enquête impartiale". Elle est en 3e position sur la liste des signataires.

Mais on trouve d'autres personnes, plus ou moins intéressantes. Leurs commentaires traduisent fort bien leurs inquiétudes... et souvent aussi leurs paranoïas:

Michelle J. Kinnucan est le nom de l'auteur d'un article passionnant sur les scandaleuses célébrations entourant la fête nationale israélienne. Elle y voit une célébration triomphante du racisme et du génocide: "The Jewish Federation's triumphal celebration of racism and genocide would be a travesty anywhere but such a display of wealth and power is even more egregious in a place like the State Fair neighborhood" (Palestine Chronicle). Salut à Z-Word Blog au passage.

On trouve au moins un pasteur, Edward P., qui recommande de "rester fort" (stay strong). Le bon berger a eu jadis des soucis avec la justice dans une sombre histoire d'achats de votes lors d'une élection... des broutilles (7). D'ailleurs ses amis le disent franchement, il a été condamné parce le jury était composé de Blancs et le juge était corrompu (8).

R. E., du Texas, a signé. Il a aussi donné 400$ à la campagne de Barack Obama en 2008 (Political Contributions). Comme quoi on peut être Démocrate et parfaitement "gullible".

Darlene Wallach profite de la pétition pour écrire que "This is beyond disgusting, atrocious, dispicable! Those participating must be held accountable!". Darlene Wallach, c'est aussi le nom d'une membre de Free Gaza Activists. Avec d'autres personnes elle a pris deux fois le bateau pour "briser le blocus" de Gaza.

R.H. écrit en commentaire: "Zionist butchers!". En voilà un qui a été convaincu par la rhétorique Weirienne.

I. S. pense qu'il faut mettre un terme aux crimes sionistes: "The criminal zionists need to be stopped before many more crimes are done by them"

Selon S. Al-M., le vol d'organes est contre l'éthique, la décence et la religion "y compris le judaïsme". Il ajoute dans la foulée que c'est particulièrement honteux lorsque le vol d'organes est commis par des rabbins juifs! Le pléonasme est offert, sans frais supplémentaire (Organs theft is whither by Jews or otherwise is against any standard of decency, ethics, religions including Judaism itself, human rights. It is mean and digusting. It is shameful specially when committed by Jewish rabbis who are supposed to be, instead, a guidance to their followers)

Eleanor O. commente ainsi: "The UN pictures of White Phosphorous being dropped intentionally on civilians in Gaza by Israel last January is another crime that Israel should be prosecuted for, along with the American corporations which devise and sell such weapons. It seems this "law-abiding" nation is anything but that!" Elle peut donner des leçons en matière de ventes d'armes et d'observation des lois internationales puisqu'elle fait partie du American-Iranian Friendship Committee.

Mark Dankof laisse un commentaire de soutien assez long dans lequel il félicite ses "bons amis" Alison Weir, mais aussi Chuck Carlson de We Hold These Truths (une organisation chrétienne plutôt anti-israélienne semble-t-il): "My good friends Alison Weir of If Americans Knew, and Chuck Carlson of We Hold These Truths, are among those doing an invaluable service for the world in attempting to get at the bottom of the latest tragedy involving the State of Israel. The organ harvesting and trafficking scandal, along with the USS Liberty tragedy, the Gaza genocide, and the Pollard/AIPAC spy cases, begs the question as to how much longer American conservatives specifically, and the American public generally, will allow the Israeli lobby to operate with complete impunity in its control of the media and government of the United States. Enough is enough"

M. Dankof est animateur sur RBN Radio, auteur, activiste etc., "membre de l'aile Taft/Buchanan du Parti Républicain". Un de ses récents invités était "Dr." David Duke, extrémiste de droite, ex-membre du KKK et auteur de "Jewish Supremacism: My Awakening to the Jewish Question". Ah, le suprémacisme juif...

J'ai gardé le meilleur (?) pour la fin. En 2e position sur la liste des signataires on trouve un certain Imad Mughniyah, Beirut. Soit il s'agit d'un homonyme, soit c'est un cas de communication avec l'au-delà. Imad Mughniyah était le nom d'un chef du Hezbollah. Il a été victime d'un attentat à Damas début 2008.

Conclusion (temporaire ?)

Comme souvent, on constate que des gens intelligents, des gens qui s'engagent pour soulager les souffrances d'autrui, ne sont pas immunisés contre la bêtise; plusieurs mettent leur esprit critique en berne et adoptent une vision proprement paranoïaque dès qu'il est question d'Israël.

Des agitateurs judéophobes profitent de cette hystérie ambiante.

Le problème du prélèvement d'organes "sauvage" (qui n'implique pas nécessairement un trafic) n'est pourtant pas propre à Israël; voir par exemple cette enquête actuelle en Grande-Bretagne (The Telegraph, merci à G.)

Comme tout commerce, légal ou pas, le trafic d'organes est fondé sur l'offre et la demande. Tant qu'il y aura des pauvres et tant qu'il y aura des malades en attente d'une greffe, le commerce continuera. Autant dire qu'on n'est pas sortis de l'auberge.

Vous ne trouverez pas cette info chez les anti-"sionistes" mais des Israéliens (y compris juifs, eh oui) s'efforcent de lutter contre les trafics et l'exploitation de la misère humaine. Lire par exemple ce texte de Yaakov Lavi (orthographe alternative Jacob Lavee) sur le site de Haaretz. L'auteur est directeur de l'unité de transplantation cardiaque au Centre médical Sheba de Tel-Hashomer, en Israël (autant dire qu'Alison Weir ne signera jamais de pétition en sa faveur...)

Y. Lavi constate qu'Israël est mal placé en matière de dons d'organes. Un adulte sur dix seulement aurait une carte d'autorisation de prélèvement. Il a même rencontré des malades en attende de greffe qui lui ont confié qu'eux-mêmes refuseraient de donner les organes d'un proche, s'il venait à mourir! [Nancy Scheper-Hughes, qui peut très bien faire des observations pertinentes, pense que les pays musulmans ainsi qu'Israël ont des difficultés dans ce domaine car leurs habitants auraient souvent l'impression que le don d'organes contrevient à des préceptes religieux.]

Lavi suggère une solution originale: introduire un nouveau critère afin d'établir la liste d'attente des malades. Parallèlement aux critères médicaux habituels (qui resteraient prépondérants), il propose de prendre en considération l'attitude du patient envers le don d'organes. Toutes choses égales par ailleurs, un patient qui aurait signé -un an ou deux auparavant- une autorisation de don grimperait un peu plus haut dans la liste d'attente.

Augmenter le nombre des dons est sans doute le meilleur moyen de tarir le trafic.

Dans cette conclusion nous nous sommes bien éloignés d'Aftonbladet et de If Americans Knew. C'est normal: Jacob Lavee n'a pas encore fait don de son cerveau. Et lui il s'en sert.

Vous êtes dégoûté par le commerce des organes? Signez une autorisation de prélèvement! Ce sera cent fois plus efficace que de signer une pétition débile. Au fait, combien de personnes parmi les 500 et quelques signataires de la pétition de Weir & Cie sont des donneurs d'organes? On se le demande...


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NOTES

(1) "... in the 1990s, specialists at Abu Kabir harvested skin, corneas, heart valves and bones from the bodies of Israeli soldiers, Israeli citizens, Palestinians and foreign workers, often without permission from relatives"

(2)
Organs Watch est une organisation californienne créée en 1999. Son centre d'intérêt est le commerce des organes à travers le monde. Nancy Scheper-Hughes est un des quatre fondateurs - source Univ. de Californie, Berkeley.

(3)
The fact is, however, that Israeli organ harvesting—sometimes with Israeli governmental funding and the participation of high Israeli officials, prominent Israeli physicians, and Israeli ministries—has been documented for many years.

(4) Three Monkeys Online se présente ainsi: "
a free current affairs and arts magazine, produced by writers in Ireland, Italy, Spain and the UK. The Magazine was founded in 2004 by a small group of writers with a clear idea that internet publishing could be about more than simply gossip, conspiracy theories, and dodgy you tube videos. It doesn't have to focus on Paris Hilton. It can be about in-depth interviews, debates, intelligent opinion pieces, and reviews. We hope you enjoy our take on what an online magazine can and should be"

(5) Scheper-Hughes said that while Palestinians were "
by a long shot" not the only ones affected by the practice in the 1990s, she felt the interview must be made public now because "the symbolism, you know, of taking skin of the population considered to be the enemy, (is) something, just in terms of its symbolic weight, that has to be reconsidered." (NY Times)

(6) As people deeply concerned with human rights, we believe it is essential to listen respectfully when occupied people speak about war crimes committed against them. Therefore, we support Donald Boström and Aftonbladet in their decision to publish "Our sons plundered for their organs." We salute the Swedish government's refusal to submit to Israeli pressure and undermine the freedom of the press. We support calls for an investigation and urge the International Committee of the Red Cross, and other competent tribunals to undertake a thorough, impartial investigation of allegations that Israelis have unlawfully removed organs from Palestinians.

(7) In 2007, P. was convicted for paying people $5 to vote in a recall election for a congressional seat in Michigan's 6th District that he lost. He warned that the Lord would smite the judge who sentenced him to probation with "
consumption and with a fever and with an inflammation and with extreme burning," referring to a passage in Deuteronomy (USA Today).

(8) This conviction was made possible by a biased jury - and the corrupt Judge, courts, police, and prosecution (...) the prosecution's first victory came when an all-white, middle-class jury was selected. (Blog)

mercredi 23 septembre 2009

Egypte 0 - Libye 2

Farouk Hosni, candidat égyptien au poste de big boss de l'UNESCO, n'obtiendra pas le poste convoité.

C'est la Bulgare Irina Bokova qui devient directrice générale de l'organisme international.

Le perdant y voit la main de "vous-savez-qui":
Unesco: l'Egypte blâme le "lobby juif" (Le Figaro)

Le quotidien Al-Ahram al-Messai (gouvernemental) attribue cet échec cuisant à "des attaques indignes de la part d'intellectuels juifs en France" et aux efforts de sape "de l'ambassadeur américain à l'Unesco ainsi que des médias sionistes en Europe et aux Etats-Unis".
La direction de l'Unesco échappe à Farouk Hosni (AFP / La Presse)

[Farouk Hosni] était accusé de prises de position antisémites et anti-israéliennes, ainsi que d'appartenir à un régime pratiquant la censure. Il lui est notamment reproché d'avoir déclaré en 2008 devant le Parlement égyptien qu'il brûlerait «lui-même» les livres en hébreu qu'il trouverait dans les bibliothèques du pays.

M. Hosni avait assuré «regretter» ces paroles selon lui sorties de leur contexte, et démenti tout sentiment antisémite (...)

Quant à Israël, il avait levé en mai son opposition à [la candidature de M. Hosni] après une rencontre entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et M. Moubarak.
Egyptian minister blames Jews for UNESCO loss (Ynetnews)

Egypt's culture minister on Wednesday blamed a conspiracy "cooked up in New York" by the world's Jews for keeping him from becoming the next head of the UN's agency for culture and education (...)

"It was clear by the end of the competition that there was a conspiracy against me," Hosny told reporters (...)

"There are a group of the world's Jews who had a major influence in the elections who were a serious threat to Egypt taking this position," he said.
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Update
Unesco : la colère égyptienne (Le Figaro). Les opinions en provenance d'Égypte sont assez peu nuancées: "choc des civilisations", mépris du "Nord" envers un représentant du "Sud", complot du "lobby sioniste", sans oublier le très classique: "est-il possible de critiquer Israël et d'accéder à un poste de responsabilité au niveau international ?"
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Pendant que le ministre égyptien de la Culture se remettait tant bien que mal des intrigues du complot juif international, le Guide libyen faisait son grand retour au sein l'Assemblée générale de l'ONU.

Il a fêté l'événement en infligeant un discours-fleuve aux malheureux délégués (heureusement que les iPod et autres jouets miniaturisés existent).

Gaddafi blasts big powers in UN speech (Ynetnews)

Tout grand homme a au moins une réforme sous le coude. Le Roi des rois (1) ne fait pas exception:
Gaddafi called for a reform of the Security Council – abolishing the veto power of the five permanent members – or expanding the body with additional member states to make it more representative.
C'est une idée intéressante. On pourrait par exemple diviser la Libye en dix États indépendants, chacun dirigé par un membre de la famille du Guide, ça aiderait à rendre l'Assemblée plus "représentative".

Mais les agents du "complot" ne désarment pas et s'acharnent contre les hommes de vertu (2):
While the Libyan leader spoke, hundreds gathered outside the UN Headquarters to protest the speech. The demonstrators carried signs with Gadhafi's picture saying 'Terrorist' and 'Murderer'.

Many were protesting his presence in New York due to his welcoming of the 'Lockerbie terrorist' back into Libya.
Cela fait deux beaux succès pour la Libye en peu de temps: la libération du terroriste responsable de l'attentat de Lockerbie et son accueil triomphal dans son pays, et le retour du Roi des rois à l'ONU.

Le "Machin" ne s'améliore guère avec le temps. Mais au moins aura-t-on de plus nombreuses occasions de se taper sur les cuisses. Si seulement Fidel Castro pouvait se remettre et rejoindre MM. Kadhafi, Ahmadinejad et Chavez sur la grande scène la tribune de l'Assemblée générale, la troupe serait au complet.


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(1) Gaddafi, introduced as the "king of kings" by his countryman and assembly president Ali Treki (Ynetnews)

(2) et en prime des riverains ne veulent pas de sa "tente" dans leur voisinage (Le Figaro)

dimanche 20 septembre 2009

Aftonbladet s'en tire

Accusations de trafic d'organes: Aftonbladet n'a pas violé la loi (AFP/La Presse)

Report: Swedish paper won't face probe (Ynetnews)

Justitiekanslern friar Aftonbladet (Sydsvenskan, Svenska Dagbladet)

Le justitiekansler (1) Göran Lambertz a conclu qu'il n'y avait pas lieu de lancer une enquête à propos de la publication de l'article de Donald Boström dans les pages d'Aftonbladet en août (voir le résumé de l'affaire).

Selon M. Lambertz, l'article incriminé n'incite pas à la haine contre les Juifs, et ne tombe donc pas sous le coup de la loi suédoise.

L'ambassadrice de Suède en Israël, Elisabet Borsiin Bonnier, est par contre toujours sur la sellette... Le ministère des Affaires étrangères se prononcera sur son cas vers la mi-octobre.

Helle Klein d'Aftonbladet se réjouit bien évidemment de la décision du JK: Inte antisemitism [Pas de l'antisémitisme]. Et elle conclut ainsi:
Nu kanske det finns utrymme för en saklig debatt om Israels ockupationspolitik mot palestinierna utan att anklagelserna om antisemitism ständigt poppar upp?

[Il y a peut-être maintenant de la place pour un débat objectif sur la politique d'occupation israélienne contre les Palestiniens sans que les accusations d'antisémitisme ne surgissent constamment?]
Les pontes d'Aftonbladet persistent à présenter les ragots "non-antisémites" de Boström comme un article objectif sur la politique israélienne. Quant aux accusations d'antisémitisme elles ne sont bien sûr lancées que pour dresser un écran de fumée devant ladite "politique d'occupation". On croirait lire Europalestine ou ISM...

Je plains le public suédois gavé quotidiennement par ce genre de propagande.


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(1) Nommé par le gouvernement, le justitiekansler (Chancelier de la justice, Chancelor of Justice) veille à ce que les institutions publiques se conforment aux lois. Il est également le seul procureur en Suède habilité à ouvrir une enquête lorsqu'un délit en matière de liberté de presse et d'expression est soupçonné. Lambertz occupe ce poste depuis 2001 (cf. Wikipedia)

samedi 12 septembre 2009

Quand le gouvernement suédois veut, il peut

À l'occasion d'une réunion au sommet des ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne à Stockholm ce week-end, le ministère suédois a adressé une étrange demande au Musée d'art moderne de la capitale, qui hébergeait la rencontre (Haaretz):
Swedish Foreign Ministry requested this week to temporarily remove two paintings containing swastikas from the museum of modern art in Stockholm.

The Swedish foreign ministry said this week that the paintings might spark discomfort at the conference for the European Union Foreign Ministers to be held in the city at the end of the week.

The museum spokeswoman confirmed the request and added that the foreign ministry also requested that a painting containing female genitalia be removed from the museum walls, but the museum declined the request as they feel that sometimes art should be offensive
Le ministère souhaitait faire retirer deux peintures sur lesquelles figuraient des svastikas, et une autre qui montrait un sexe de femme un peu trop réaliste (dans ce dernier cas le musée a refusé de se plier à la demande du ministère).

Voir aussi le site du Svenska Dagbladet, Tavlor gömdes inför ministermöte [on cache des tableaux avant une réunion des ministres], et le site du Moderna Museet pour avoir un aperçu des tableaux de Dick Bengtsson.

Outre le fait que mettre dans le même sac croix gammée et vagin en dit long sur les critères du gouvernement suédois en matière de bon goût, je remarque que le ministère des Affaires étrangères refuse bec et ongles de critiquer officiellement un article contenant des allégations antisémites, mais est parfaitement capable de demander le retrait de trois œuvres d'art moderne afin de ne pas prendre le risque d'incommoder ses hôtes de marque.

Il y a là une dissymétrie flagrante: dans un cas on prend prétexte de la liberté d'expression pour garder le silence alors même que de graves accusations sont colportées, dans un autre on demande le retrait (temporaire) de trois œuvres d'art sans se soucier outre mesure de la liberté d'expression des artistes et du musée.

Ah, si seulement Aftonbladet avait orné son pamphlet d'une croix gammée ou d'une foufoune épanouie, le gouvernement aurait pu réagir!

mardi 8 septembre 2009

Perseverare aftonbladetum

Helle Klein, rédac' chef de la section politique d'Aftonbladet, est sur la même ligne que Jan Helin (rédac' chef du journal): l'aveuglement, le déni.

Elle écrit ainsi sur son blog, entre deux billets contre les "colonies illégales en Cisjordanie", qui sont comme chacun sait le principal obstacle à la paix:
"Alltmedan svenska borgerliga tidningar och liberala redaktörer försöker överträffa varandra i fördömanden mot Aftonbladets kulturartikel angående organhandel i Israel gör det stora mediabolaget CNN istället det alla journalister borde göra: gräver vidare."

[tandis que chaque journal bourgeois et rédacteur libéral en Suède essaye de faire mieux que les autres pour condamner l'article culturel d'Aftonbladet sur le commerce des organes qui a cours en Israël, la grande chaîne d'informations CNN fait au contraire ce que tout journaliste devrait faire: creuser plus loin]
Et que fait donc CNN que ne font pas les "journaux bourgeois" suédois? Rien d'autre que rendre compte de l'enquête menée actuellement par le FBI, qui implique des donneurs volontaires et vivants (mais pauvres) et des receveurs tout aussi volontaires (ayant les moyens de payer).

Helle Klein essaye de convaincre ses lecteurs que ce banal compte-rendu d'enquête serait un approfondissement des ragots de Donald Boström, ce qui en dit long sur le professionnalisme des responsables d'Aftonbladet mais aussi sur le fait qu'ils sont bien incapables de se justifier. Helle Klein occulte entièrement la source du scandale, c'est-à-dire le lien qu'établissait le journaliste entre une enquête sur un vrai trafic et des ragots d'arrière-cour à propos de vols d'organes sur les cadavres de jeunes hommes possiblement tués dans ce but. Sur ce lien foireux Helle Klein ne dit rien, et CNN non plus d'ailleurs.

Pendant ce temps Jan Helin, sur son propre blog, se félicite chaleureusement de l'augmentation des connexions Internet sur le site du journal. Pour le moment il sort le mousseux, mais s'ils parviennent à dépasser les 5 millions de connexions par semaine ce sera du vrai champagne.

La cupidité: il ne faut sans doute pas chercher plus loin les motivations de certains patrons de presse.

* * *

Une nouvelle qui aura -de nouveau- échappée à ces dénicheurs d'informations que sont Donald Boström, Jan Helin ou Helle Klein: à l'occasion du ramadan une chaîne de télévision iranienne diffuse -encore- la production télévisuelle antijuive Al-Shatat:
Special Dispatch | No. 2517 | September 3, 2009

Syria/Iran/Tom Lantos Archives on Antisemitism and Holocaust Denial
Syrian-Produced 'Al-Shatat' Series on Iranian TV For Ramadan: 'Rothschild Legacy' of Controlling World

Following are excerpts from the first episode of the Syrian-produced TV series "Al-Shatat," as aired by Iran's Channel 2 TV during Ramadan 2009. The channel aired the series' first episode on August 20, 2009. (To view this clip on MEMRI TV, visit Memri)

The 30-episode Al-Shatat series has been aired several times previously, including during Ramadan 2003, by Hizbullah's Al-Manar TV(1); during Ramadan 2004, by two Iranian TV channels(2); and during Ramadan 2005, by Jordan's Al-Mamnou' TV (3). It purports to tell the story of Zionism, and, like the Egyptian series "Knight Without a Horse"(4) that aired during Ramadan 2002, depicts a "global Jewish government" that is described in the Protocols of the Elders of Zion. It also depicts the notorious blood libel – Jews slaughtering a Christian child to use his blood for Passover matzos.

Al-Manar TV's airing of the series in 2003 was the main reason for the channel's removal from the European Eutelsat satellites. Iranian Sahar TV was banned in France due to its airing of objectionable content that included "Al-Shatat."(5) (To view all MEMRI TV clips on the Al-Shatat series, visit Memri)
Si CNN en parle, est-ce que Helle Klein y verra une confirmation des allégations contenues dans l'article "culturel" de Boström?

jeudi 3 septembre 2009

Liberté de la presse vs. Crédibilité de la presse

Il n'y a pas de souci à se faire pour la liberté de la presse occidentale. Elle pète le feu en Suède, et va merveilleusement bien en Espagne (mais ça on le savait déjà). Pour ce qui est de sa crédibilité, par contre, on est en droit de se faire du souci.

1) En Suède. Contrairement à ce que laissait entendre un précédent billet:
Aftonbladet blir ingen EU-fråga (Svenska Dagbladet)

Nej, EU:s utrikesministrar ska inte diskutera Aftonbladets artikel om påstådd israelisk organstöld vid mötet i Stockholm på fredag och lördag.

Det klargör svenska UD:s kommunikationschef Cecilia Julin, sedan Italiens utrikesminister Franco Frattini påstått motsatsen i en telefonintervju med den israeliska dagstidningen Haaretz
(...)

[Aftonbladet ne sera pas discuté par l'UE. Non, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ne parleront pas de l'article d'Aftonbladet sur de prétendus vols d'organes en Israël à l'occasion de leur rencontre à Stockholm vendredi et samedi. Ce point a été précisé par Cecilia Julin, porte-parole du ministère suédois des Affaires étrangères, après que le ministre italien des Affaires étrangères a affirmé le contraire lors d'une interview téléphonique avec le quotidien israélien Haaretz (...)]
Franco Frattini a-t-il eu des hallucinations auditives lorsqu'il a parlé avec son collègue suédois Carl Bildt? Ou a-t-il eu tort de vendre la mèche à Haaretz? Ou bien encore a-t-il confondu une condamnation personnelle (celle de Bildt) avec une prise de position officielle? Qui sait...

2) En Espagne :

El Mundo commémore à sa façon le début de la Deuxième Guerre mondiale (1er septembre 1939, c'était il y a 70 ans). Voici ce que rapporte l'édition française du JPost:
El Mundo s'apprête à publier une interview du négationniste David Irving. Ce dernier fait partie d'une liste d'experts qui seront interrogés par le quotidien pour marquer le 70e anniversaire de la Seconde guerre mondiale

Comme son homologue suédois Aftonbladet il y a quelques semaines, El mundo fait appel à la liberté de la presse pour justifier son choix.

L'interview du britannique Irving, emprisonné de février à décembre 2006 dans les geôles autrichiennes pour "glorification du parti nazi allemand", est prévue pour le samedi 5 septembre. Elle succèdera à celle du président de Yad Vashem Avner Shalev.
Donner la parole au président de Yad Vashem, puis à un négationniste, c'est simplement de la liberté d'expression. De l'information. Il faut être sioniste pour y voir le comble du mauvais goût.

Selon El Mundo, qui répondait à la réaction indignée de l'ambassadeur israélien (1), "il ne s'agit pas avec cet article de soutenir les opinions d'Irving" (source JPost). Non, bien sûr! Il s'agit simplement de les diffuser en lui donnant la même tribune qu'à des historiens ou au président de Yad Vashem à l'occasion d'une commémoration d'importance. Le public a droit de lire l'avis de tous les "experts" (2).

Yad Vashem a visiblement mal pris la chose (le Lobby n'aime pas la liberté de la presse, c'est bien connu):
La porte-parole de Yad Vashem Estee Yaari a déclaré qu'il était "choquant" qu'un journal tel qu'El mundo publie un entretien de David Irving et que ce dernier soit considéré comme "un spécialiste".

Selon elle, "Shalev n'aurait jamais accepté l'interview avec le quotidien espagnol s'il avait su [qu'Irving allait être interrogé également]." (JPost)
Nous vivons décidément une époque intéressante...

Ils en parlent: UPJF, Dagens Nyheter (Suède).

Update
Tandis que Carl Bildt décidait d'annuler sa visite en Israël prévue pour le 11 septembre, son collègue espagnol exprimait sa désapprobation devant la décision d'El Mundo d'offrir une tribune à un négationniste à l'occasion de la commémoration du début de la Deuxième Guerre. Une porte-parole du ministre espagnol, Miguel Angel Moratinos, a fait une déclaration sur ce sujet à Stockholm (où se tenait, heureux hasard, une réunion des ministres des Affaires étrangères européens):
"The foreign minister, while maintaining the most absolute respect for freedom of expression, regrets that space was given to a historian who denies one of the biggest tragedies for humanity in modern history" (Haaretz)
Tout est dit, en peu de mots. Bravo.


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(1) La réaction de l'ambassadeur, Raphael Schotz, est disponible en espagnol sur le site d'El Mundo (qui se vante de la divulguer en entier, pas de censure chez El Mundo...)

(2) Voici une réponse de la rédaction à la lettre de l'ambassadeur israélien: "Efectivamente, nuestro periódico publicará el próximo sábado una entrevista con David Irving. Nuestra línea editorial ha sido siempre consecuente con la condena de la barbarie nazi y del Holocausto que provocó Hitler. No estamos de acuerdo con las tesis negacionistas. Los historiadores más serios han demostrado con pruebas y datos irrefutables el exterminio del pueblo judío llevado a cabo por el Tercer Reich. Nuestro periódico publica artículos y entrevistas de interés para el público, siempre que en ellos no se incite a cometer delitos. Es lo que hemos hecho con Irving. Entendemos que al embajador Schultz no le guste, pero sus valoraciones sobre la decisión de publicarla reflejan una visión de la realidad maniquea e intransigente que poco ayuda a la causa de la defensa de los intereses de su país y de su pueblo." (Ils ne sont pas d'accord avec les thèses négationnistes mais ne voient pas d'inconvénient à donner la parole à un négationniste, dans l'intérêt du public. Le traducteur Google c'est ici.)

lundi 31 août 2009

Le "Boströmgate": bientôt une issue?

Le "Boströmgate" (du nom du journaliste Donald Boström, désormais connu mondialement pour un article grotesque publié dans un tabloïd suédois) continue de faire du bruit en Suède.

Je consacre de nouveau un billet à ce sujet, car il me semble important de rappeler encore et encore que tous les Suédois -loin de là- ne tombent pas dans le panneau de la diabolisation d'Israël. Tous ne gobent pas les diffamations antijuives, même lorsqu'on tente de les déguiser en "critique" des autorités israéliennes.

La Suède, je ne le dirais jamais assez, est un pays qui mérite le plus grand respect. Même si parfois, inévitablement, disputes et malentendus surgissent, ça vaut le coup de les résoudre (et dans ce cas précis une résolution est peut-être en vue, voir la fin du billet). Oui, il y a des cons et des salauds en Suède. Ils écrivent des bouquins, gèrent des sites Internet, rédigent des articles ou passent à la télé. Et ils ne sont pas tous de droite... De ce point de vue, la Suède ressemble beaucoup à la France, au Canada, ou même à Israël.

* * *

Ce samedi 29 août, le quotidien suédois Dagens Nyheter publiait dans sa rubrique "Opinion" un court texte de Rikard Westerberg intitulé: "Du très mauvais journalisme, tout simplement".

Westerberg, dans le court espace mis à sa disposition, rend compte d'un débat entre Jan Helin (rédacteur en chef d'Aftonbladet) et Roland Poirier Martinsson, directeur d'une organisation que je découvre, le Timbro Medieinstitut (sorte de think tank libéral).

Westerberg a remarqué qu'au cours de ce débat (la vidéo sur le site de Timbro dure plus d'une heure... et n'est malheureusement pas sous-titrée), Helin s'est aventuré à expliquer qu'un article de la section culturelle "inte kräver lika solitt faktaunderlag som nyhetsartiklar" [n'exige pas une base factuelle aussi solide que les articles d'information - les "News"].

Il pousse alors la logique d'Aftonbladet jusqu'au bout (l'ambassadeur israélien Benny Dagan avait fait de même quelques jours avant) en écrivant que l'on pourrait, sur les mêmes principes (pas de preuves, juste des ragots, des rapprochements injustifiés, etc.) écrire un article sur le rôle des Juifs dans les attentats du 9/11.

Jan Helin répond à Rikard Westerberg sur son propre blog (Dagens Nyheter voulait bien publier un droit de réponse, à condition que Helin réduise la taille de sa réponse, ce qu'il a refusé de faire).

La réponse du rédac' chef d'Aftonbladet démontre une chose: il n'a toujours rien compris. Il continue à parler de "substance" à propos des "questions" soulevées par l'article de Boström. Il écrit noir sur blanc, le 30 août:
Ett 50-tal palestinska familjer fick tillbaka sina ihjälskjutna söner med uppsprättade och ihopsydda kroppar. Det faktumet ger en mycket konkret och legitim grund för att kräva svar på vad som hänt från de israeliska myndigheter som ostridigt bär ansvar för pojkarnas död och hanteringen av deras lik. Men enligt den skolas logik som Rikard Westerberg är elev i är dessa människors anklagelser och oro inte något värd. Efter att deras söner skjutits ihjäl bör vi också tiga ihjäl deras frågor eftersom vi annars riskerar att sprida antisemitism.

[Une cinquantaine de familles palestiniennes ont récupéré leurs fils, abattus par balle, leurs corps ouverts puis recousus]
Remarquons d'emblée que Jan Helin évite encore toute référence aux autopsies pratiquées en Israël en cas de mort violente. Il préfère utiliser une expression très vague qui sert mieux ses intérêts. Cet "oubli" est d'autant plus étrange qu'Aftonbladet a publié -le 23 août- une entrevue sur ce sujet avec un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Yigal Palmor: Vi obducerar, det är rutin [Nous faisons des autopsies, c'est la procédure]. Jan Helin lit-il son propre journal? Ou bien considère-t-il, tout simplement, qu'un porte-parole du gouvernement israélien ne peut que mentir?
[Ce fait -continue Helin- donne une base très concrète et légitime pour exiger une réponse des autorités israéliennes sur ce qui s'est passé. Ces autorités sont responsables de la mort de ces garçons, ainsi que de la façon dont leurs cadavres ont été traités. Mais selon la logique de l'école de pensée à laquelle appartient Rikard Westerberg, les accusations et l'inquiétude de ces gens n'ont aucune valeur. Après que leurs garçons ont été tués par balle nous devrions en plus étouffer leurs questions par notre silence, car sinon nous risquerions de répandre l'antisémitisme.]
Résumons. Pour obtenir un article avec une base factuelle suffisamment "béton" pour être publié dans Aftonbladet, il suffit de :

- ne pas s'appesantir sur l'historique des "faits" (on évitera par exemple de rappeler que la légende du vol d'organes par les Juifs n'est pas une nouveauté au Moyen-Orient),

- rapprocher des éléments sans aucun lien objectif entre eux, par exemple une enquête du FBI en 2009 et le corps d'un Palestinien autopsié en 1992; du moment qu'au moins un Juif puisse être impliqué dans un cas comme dans l'autre suffit à établir un "fait indéniable",

- éviter les termes scientifiques (trop précis, ça tue le suspense!); plutôt qu'écrire "Les victimes de mort violente sont autopsiées", on choisira plutôt une formule du genre "Les garçons sont abattus, ouverts, puis recousus sommairement",

- prétendre une chose ou son contraire, selon les besoins du moment; on pourra dire que la rubrique "Culture" est moins exigeante en matière de faits et répéter à l'envi que l'on n'a aucune preuve que les vilains Israéliens volent effectivement des organes, ou bien on assènera au contraire que l'article incriminé repose sur des faits indéniables et très concrets,

- retourner l'accusation; ce n'est pas vous qui répandez des ragots antisémites, ce sont vos ennemis qui tentent d'étouffer la vérité et/ou de tuer la liberté de la presse.

* * *

Petite annexe sur les milieux qui ont repris, en les présentant comme crédibles, les diffamations "culturelles" d'Aftonbladet.

En France, peu de surprises. Les milieux "antisionistes" sont fermement du côté des "révélations" de Boström, quelle que soit leur préférence politique (les deux extrêmes se retrouvent dans le même lit, une fois encore): Alter info, Les ogres, Europalestine, certains Indymedias, ISM (International Solidarity Movement), Agoravox, Bellaciao, etc.

AFPS (Association France Palestine Solidarité) reprend le texte d'Agoravox (Criminel de guerre jusque dans les tripes ? Israël accusé de trafic d’organes), mais l'agrémente d'un article de Gideon Levy (Haaretz) qui, certes, rejette les assertions de Boström mais profite surtout de l'occasion pour condamner... le gouvernement israélien et "les horreurs de l'occupation". En fait Gideon Levy se contente de salir ses cibles habituelles, les autorités israéliennes (le chef du gouvernement peut être Barak, Olmert, ou Netanyahou, peu importe) et répandre d'autres insinuations (l'antisémitisme est un "atout"):
"Le Ministre des Affaires Etrangères Avigdor Lieberman aurait dû envoyer un bouquet de fleurs à Donald Boström, le photographe de presse suédois qui a écrit cet article, prétendant que les Forces de Défense d’Israël [FDI] récoltaient des organes sur des Palestiniens morts. Et le Ministère des Affaires Etrangères aurait dû envoyer une lettre de remerciements aux rédacteurs en chef de ce journal, Aftonbladet. Cela faisait longtemps qu’un tel atout n’était pas tombé entre les mains des amis de l’occupation pour leur propagande. Cela faisait longtemps qu’une telle nuisance n’avait été causée à ceux qui essayent sérieusement de documenter les horreurs de l’occupation".
Ce n'est pas odieux et criminel comme les allégations de Boström, mais c'est grotesque: dans un cas on nous dit que les Israéliens pourraient voler des organes, ils le font d'ailleurs certainement, on n'a pas de preuves mais on a une excellente base factuelle... Dans l'autre cas on nous dit que les "Boströmgate" enchantent les dirigeants Israéliens, qui se félicitent secrètement de ces cadeaux inespérés. Étant donné que les ragots malsains d'Aftonbladet vont apporter de l'eau au moulin des partisans du boycott total et de l'isolement diplomatique d'Israël (en attendant son démantèlement) j'ai du mal à percevoir en quoi cela serait un "atout" pour les autorités israéliennes...

Bellaciao (extrême gauche) publie la traduction française de l'article de Boström et ajoute pour faire bonne mesure un pamphlet tiré du site du Quotidien d'Oran. Ledit pamphlet dénonce la "ficelle de la propagande sioniste" ainsi que la "violente campagne de culpabilisation orchestrée par les autorités de Tel-Aviv" suite aux "révélations" d'Aftonbladet.

Elle a le teint frais et les idées claires, la "vraie gauche" française...

* * *

N'en déplaise aux fans des "révélations" de Boström, la conclusion de la crise Suède/Israël est peut-être proche. Selon Haaretz, la Suède pourrait, dans le cadre de sa présidence temporaire de l'Union Européenne, faire enfin entendre sa voix: Following inflammatory article, Sweden to demand EU condemn anti-Semitism
In a telephone conversation with Haaretz, Frattini [ministre italien des Affaires étrangères] said he recently met with his Swedish counterpart, Carl Bildt, and the two agreed that at a meeting of European Union foreign ministers later this week, they will work to pass a resolution making it clear that the EU, under the Swedish presidency, strongly condemns anti-Semitism and will take action against any manifestation of it on the continent.

Frattini said he intends to demand that the meeting's summary statement explicitly condemn the article published in the Swedish tabloid Aftonbladet
Franco Frattini ne cache pas ce qu'il pense de l'article d'Aftonbladet. Le ministre italien qualifie ainsi les accusations contenues dans l'article de Boström: "terrible conclusions, lying and hurtful, and they have the power to assist all those who seek to incite against Jews or who oppose the existence of the State of Israel".

Yigal Palmor a fait savoir qu'une telle initiative suédoise serait bienvenue, à condition qu'elle mentionne explicitement l'article d'Aftonbladet et ne se contente pas de généralités. "We did not ask for an apology [de la part du gouvernement suédois] or for measures against the newspaper or the journalist," he added. "All we asked of Sweden and the Swedes is that they reject and decry the content of the report. And our position has not changed", a précisé le porte-parole israélien.

J'espère que le gouvernement suédois, bien que nullement responsable des saletés publiées récemment par le populaire tabloïd, saura trouver les mots justes pour critiquer ce qui doit l'être, tout en réaffirmant sereinement son respect pour la liberté de la presse - la presse qui informe, qui nourrit l'esprit et éclaire les consciences.


Update
Franco Frattini s'est apparemment trompé sur les intentions de Carl Bildt, voir billet du 3 septembre.

samedi 29 août 2009

Fallait-il se taire?

L'article publié le 17 août dans la section "culture" d'Aftonbladet (voir un résumé de l'affaire ici) a bouleversé -avec raison- les Israéliens mais aussi tous ceux que les ragots antisémites dégoûtent.

Les autorités israéliennes ont demandé au gouvernement suédois de condamner cet article.

Les autorités suédoises refusent, au nom de l'absolue liberté de presse et d'expression qui existe dans ce (magnifique) pays.

Ce refus obstiné du gouvernement suédois ne m'enchante guère, même si je comprends la belle et noble théorie: interdire au pouvoir d'exercer un quelconque contrôle sur la presse.

Certes, le ministre des Affaires étrangères, Carl Bildt, a fait savoir sur son blog son mépris pour le "conspirationnisme antisémite":
[det vore] minst sagt egenartat om ett enskilt inlägg i en tidning skulle kunna tas till intäkt för att dra Sveriges kategoriska avståndstagande från alla slags antisemitiska konspirationsteorier i tvivelsmål

[il serait pour le moins original de tirer profit d'une seule contribution dans un journal pour mettre en doute le fait que la Suède rejette catégoriquement les théories conspirationnistes antisémites de toute sorte]
Mais Carl Bildt n'a pas l'intention de critiquer officiellement la publication de l'article en question:
Jag känner personligen också en stor vrede när jag konfronteras med förlöpningar av det slaget i debatten. Men som en i Sveriges regering har jag lika lite som något annat statsråd rätt att agera mot publiceringsbeslut vad jag än personligen må tycka om det som har publicerats

[personnellement, je ressens aussi une grande colère lorsque je suis confronté à des torchons (1) de cette sorte au cours d'un débat. Mais en tant que membre du gouvernement je n'ai pas le droit -de même que n'importe quel autre ministre- d'agir contre une décision de publication, quoi que je puisse penser de ce qui a été publié]
Cela étant, ce n'est pas tellement une action qui était attendue de la part du gouvernement, mais plutôt une ferme critique des allégations colportées. Il s'agissait d'exprimer une condamnation morale, pas de virer Jan Helin (une telle décision, effectivement, outrepasserait les pouvoirs des membres du gouvernement - en Suède ce n'est pas le premier ministre, encore moins le roi, qui nomme et démet les rédacteurs en chef).

Il faut aussi rappeler que, de son côté, Aftonbladet (et ses alliés politiques) n'a pas un instant hésité à faire pression sur Carl Bildt afin qu'il condamne officiellement... l'ambassadrice en Israël Elisabeth Borsiin Bonnier, à cause de la prise de position ferme et très critique de cette dernière envers l'article de Boström.

Le ministre des Affaires étrangères refuse de critiquer officiellement Aftonbladet. Le site du ministère est muet sur cette affaire et renvoie simplement aux deux billets du ministre sur son blog personnel. Mais est-ce vraiment la Constitution qui le contraint au silence?

Fred i Mellanöstern se pose la question.

Dans ce récent billet FiM mentionne le point de vue de Thorbjörn Larsson, rédacteur en chef de Dagens Nyheter (un autre quotidien national, mais de meilleure tenue qu'Aftonbladet). Extrait de l'article original:
Även ministrar måste få reagera på saker som skrivs, vi har ju yttrandefrihet. Ett exempel är Raineraffären då Olof Palme reagerade starkt. Men det är en helt annan sak än de krav som Israel nu ställer. Regeringen kan självfallet inte bestämma vad som skrivs i tidningarna

[Même des ministres doivent pouvoir réagir à ce qui est écrit, puisqu'en effet nous bénéficions de la liberté d'expression. Un exemple est la forte réaction d'Olof Palme lors de l'affaire Rainer (2). Mais les demandes faites actuellement par Israël sont une tout autre chose. Le gouvernement ne peut évidemment pas décider de ce qui est publié dans les journaux]
FiM cite également l'avis d'un professeur de droit constitutionnel de l'université d'Uppsala, Thomas Bull.

À propos du refus du gouvernement de critiquer un article de presse, l'avis de M. Bull se résume ainsi: il ne s'agit pas d'un obstacle posé par la Constitution, mais plutôt d'une tradition (3). Le gouvernement peut s'exprimer sur ce qui est publié dans la presse sans que cela soit de la censure, puisque de telles réactions se font a posteriori. Toutefois, on pourrait craindre que des réactions gouvernementales -bien que sans incidences sur une publication déjà faite- ne viennent influencer les choix éditoriaux à venir. Dilemme.

J.J. Goldberg, du Forward, se penche sur cette affaire dans un récent billet (blog de l'auteur): The Swedish Press Exposes the Invasion of the Jewish Body-snatchers. Ce qui le frappe dans cette histoire, c'est qu'une telle fable ait pu paraître plausible à la rédaction d'Aftonbladet (ainsi probablement qu'à une bonne partie des lecteurs). Cela signifierait que l'image d'Israël, en Suède, a cessé d'être négative pour devenir carrément diabolique sans que le gouvernement suédois n'y trouve à redire, écrit Goldberg.

Alan Dershowitz critique encore plus vivement le silence des autorités suédoises (Sweden's refusal to condemn 'organ libel' is bogus):
Nobody is talking about censoring the Swedish press or imprisoning the writer of the absurd article.

What we are talking about is expanding the marketplace of ideas to include a completely warranted condemnation of sloppy journalism and outrageous accusations that foment anti-Semitism in Sweden, which is already on the rise. Freedom of speech is based on an open and vibrant marketplace of ideas. No journalist is immune from criticism for bigotry and defamation, even from high ranking government officials
Dershowitz a raison de condamner le journalisme de bas étage, mais est-ce au gouvernement d'endosser un tel rôle? Inviter des ministres à donner leur avis sur le contenu des journaux présente bel et bien un risque: que les gouvernants y prennent goût.

D'un autre côté, il est déjà arrivé qu'un haut dirigeant suédois donne son avis sur des articles de presse dans des cas pourtant bien moins graves que des accusations de vols d'organes (voir plus haut le rappel de Thorbjörn Larsson sur Olof Palme).

Le gouvernement suédois a peut-être mal choisi son moment pour donner au monde une leçon de liberté de la presse... mais au moins Carl Bildt a-t-il, pour justifier son refus de réagir officiellement, une noble excuse: un respect extrême pour la liberté de la presse (attitude tout à fait incompréhensible pour des Français ou des Israéliens, habitués aux prises de position bruyantes et fréquentes de leurs dirigeants).

Il n'y a pas beaucoup de noblesse, par contre, dans les choix éditoriaux d'Aftonbladet, ni dans l'attitude de ceux parmi les parlementaires de l'opposition (de gauche!) qui lui ont prêté main-forte juste pour le plaisir de se payer une ambassadrice et donc, indirectement, le gouvernement.


Annexe
Les courageux (ne me comptez pas dans le lot ce samedi...) pourront se référer au chapitre que la Constitution suédoise consacre à la liberté de la presse, en anglais sur le site du Parlement: The Freedom of the Press Act.

Je connais une personne qui sera intéressée de savoir que le site du Parlement suédois a une version (limitée)... en yiddish. Le yiddish est en effet la langue d'une des minorités nationales reconnues en Suède (mais n'espérez pas pouvoir parler yiddish à un fonctionnaire). Il existe quelques autres langues minoritaires (même si leur reconnaissance n'a pas toujours de conséquence très concrète): le same, le finnois, le romani, l'elfdalien. Les curieux peuvent consulter cette page d'information hébergée par l'université Laval à Québec.


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(1) Le mot "förlöpningar" me donne bien du mal. Le Svenska Akademiens Ordbok propose comme définition "överilad handling", ce qu'on pourrait traduire par "action hâtive", "prématurée", ou peut-être ici "document hâtif". Bref, quelque chose fait à la va-vite. Ce n'est pas un terme flatteur. Om Du talar svenska kanske kan Du hjälpa till att översätta detta ord?

(2) Affaire Rainer: le ministre de la Justice d'Olof Palme, Ove Rainer, avait été poussé à la démission suite à la publication d'un article du journaliste Göran Skytte en 1983, qui révélait la bien trop habile "planification fiscale" du ministre. Olof Palme n'avait pas caché son mécontentement... envers la presse (cf. Wikipedia).

(3) Det är nog inte en fråga om förenlighet med grundlag, utan mer en tradition (...) uttalanden från regeringen om artiklar är inte censur

mardi 25 août 2009

La faute à Lieberman, bien sûr

Haaretz et Jan Helin (Aftonbladet) sont au moins d'accord sur un point: Avigdor Lieberman est un mauvais ministre et il fait du tort à Israël. Venant du rédac-chef d'Aftonbladet, un tel souci pour l'image du gouvernement israélien est particulièrement touchant. Et tellement crédible.

Le rédacteur anonyme du Haaretz résume fort bien, dans un premier paragraphe, ce qu'il faut penser de l'article désormais célèbre de Donald Boström:
Donald Bostrom, a veteran Swedish journalist, wrote a despicable, utterly baseless article for the tabloid newspaper Aftonbladet last week, claiming that Israel harvests the organs of Palestinians it has kidnapped or killed. The country's excoriation was a testament to poor and unprofessional journalism, and to the low point Israel's standing has reached in Europe. The demands of both the correspondent and his newspaper that Israel investigate the charges are also baseless - not every bit of outrageous slander is worthy of investigation.
Ce qui n'est pas vraiment gentil: "sans fondement", "méprisable", "absence de professionnalisme", "calomnie scandaleuse"...

Jan Helin parvient malgré tout à se réjouir de l'éditorial de Haaretz -si si!- tout simplement parce que le mot "antisémitisme" n'y figure pas:
De kritiserar också Aftonbladets artikel, men i sak, utan att anklaga oss för antisemitism

[Ils critiquent aussi l'article d'Aftonbladet, mais sur le fond, sans nous accuser d'antisémitisme]
On peut dire qu'il se contente de peu, Monsieur Helin. On s'en était d'ailleurs rendu compte dès le 17 août. Pour accepter de publier les dégueulis de Donald Boström il faut en effet se contenter de très, très peu.

Mais il est tout de même bizarre -quoique pas surprenant- de voir Haaretz mettre Lieberman au même niveau que Boström:
the reaction of Israel's foreign minister was no less outrageous or inciting

[la réaction du ministre des Affaires étrangères israélien n'était pas moins scandaleuse et provocatrice]
Résumons: A accuse le pays de B d'être un repère de juifs voleurs d'organes. B pète un plomb et réagit avec excès (ce qui est effectivement une faute; une déplorable absence, sinon de goût, du moins de sens politique). Eh bien selon Haaretz, B n'est pas moins "scandaleux" et coupable que A. No less.

Ah, ils n'aiment vraiment pas Lieberman, chez Haaretz! En fait je me demande s'ils seraient capables d'aimer quiconque à ce poste, ou à celui de premier ministre. À part Yitzhak Rabin bien sûr. Mais Rabin est mort. C'est tellement plus facile d'aimer et admirer les morts, ils ne nous contredisent jamais.

Avigdor, tu sais ce qu'il te reste à faire.

* * *

Deux lectures intéressantes:

Egyptian editorial: Sweden victim to Israeli blackmail - un journal égyptien, Al-Ahram, accuse Israël de faire pression sur la Suède et la "liberté d'expression occidentale" afin de maintenir le "mur de silence" autour des Palestiniens et éviter les révélations sur ses pratiques barbares. Al-Ahram qui se soucie de la liberté d'expression occidentale, c'est cocasse.

Toujours Ynetnews: Aftonbladet editor slams Lieberman's 'vulgar propaganda'. Jan Helin critique vertement la "propagande vulgaire" de Lieberman et autres "politiciens de droite"! Rigoureusement sic!

Le festival des faux-culs ne fait décidément jamais relâche.

dimanche 23 août 2009

Aftonbladet se fait passer pour une victime

Le 17 août, le populaire tabloïd suédois Aftonbladet publiait dans ses pages "Culture" un article signé Donald Boström intitulé "Våra söner plundras på sina organ" (On vole les organes de nos fils).

Dans cet article, Boström établit une connexion entre une affaire toute récente de trafic d'organes aux USA, et un mythe qui commence à dater: celui des Juifs voleurs d'organes.

Boström n'a strictement rien d'autre à porter au "débat" que cette vieille rumeur. Le problème est que son article ne précise absolument pas aux lecteurs la banalité de ce mythe.

Il ne mentionne pas par exemple le feuilleton iranien "Zahra's Blue Eyes" diffusé en 2004, dans lequel les vilains sionistes kidnappent des enfants pour voler leurs yeux (Våra barn plundras på sina ögon -on vole les yeux de nos enfants- ferait un très beau titre pour une adaptation suédoise).

Il ne mentionne pas "Matzah of Zion", titre d'un bouquin de Mustafa Tlass, ex-ministre de la Défense syrien, qui présentait les meurtres dits "rituels" comme une réalité (selon cette très très vieille légende les méchants Juifs tueraient des goyim, de préférence des enfants, afin de voler leur sang, nécessaire à la préparation de certaines recettes comme la matza de Pâque). Ce bouquin date de 1986.

Boström se garde bien également de mentionner le succès de ce mythe sur les sites Internet antisémites (pardon... antisionistes). Plusieurs sites se repassent depuis 2002 le contenu d'une nouvelle publiée par le Tehran Times, selon laquelle trois adolescents palestiniens auraient été abattus de sang-froid à Khan Younes, leurs organes prélevés, les corps recousus et restitués (ce sont ces sites qui se réfèrent au Tehran Times). C'est exactement le scénario de l'article de Boström.

Pas un mot sur un article d'Al-Ahram (Égypte) en 2000 reprenant ces accusations de meurtre rituel (cf. Nouvel-Obs). Pas un mot sur Le cavalier sans monture, feuilleton égyptien basé sur les "protocoles" et diffusé en 2002 , ni sur Al-Shatat, production télévisuelle syrienne diffusée sur la chaîne du Hezbollah au Liban, qui fait aussi la part belle aux "meurtres rituels".

* * *

Jan Helin, rédac-chef d'Aftonbladet, préfère se plaindre amèrement de la "campagne" qui se "déchaîne" contre son honnête journal, mais le fait d'avoir jugé pertinent d'accepter la publication du plus classique des ragots antisémites ne semble pas le troubler le moins du monde. Ce dimanche 23 août il persiste et signe dans un article, "Det var veckan då världen blev galen" (La semaine où le monde est devenu fou).

Selon Jan Helin, "Avsikten var ställa ett antal frågor om illegal organtrafficking" (L'objectif était de poser un certain nombre de questions sur le trafic illégal d'organes). Ce qui est tout simplement faux: l'objectif de l'article de Boström était d'établir un lien entre une authentique enquête (du FBI! aux USA!) avec des rumeurs antijuives circulant -entre autres- au Moyen-Orient. Même le choix des photos illustrant l'article était parfaitement clair: tout d'abord deux jeunes lanceurs de pierres, puis une photo du corps d'un Palestinien restitué à la famille après autopsie, enfin la photo de Levy Izhak Rosenbaum, citoyen américain, lors de son arrestation par le FBI. Si avec ça le lecteur ne comprend pas...

Jan Helin admet de nouveau, ce 23 août, qu'il n'y a pas la moindre preuve impliquant des Israéliens (ou des Juifs américains comme Levy Izhak Rosenbaum) dans des vols d'organes sur des cadavres "frais" de Palestiniens. Mais il persiste à présenter le rapprochement entre les souvenirs de Boström et l'enquête américaine en cours comme légitime. Un bon travail journalistique, croit Jan Helin:
"Inga av dessa i sig ostridiga faktauppgifter bevisar organstöld. Men det var, enligt mig, fog för att publicera en kulturartikel som ställer ett antal frågor"
[Aucun de ces faits incontestables en soi -sic- ne prouve qu'il y ait eu vol d'organe. Mais c'était suffisant, selon moi, pour permettre la publication d'un article culturel posant un certain nombre de questions]
Jan Helin, comme d'autres responsables du journal, refuse de prendre en compte la thématique indéniablement antijuive de l'article publié par son journal. Au contraire, il nie avec véhémence tout soupçon d'antisémitisme et présente le pamphlet de Boström comme un ensemble de "faits" incontestables, qui suscitent "des questions" auxquelles les Israéliens refusent de répondre. L'édition du 23 août propose même une entrevue avec la famille de Bilal Ghanem (qui servait d'exemple à Boström dans son article du 17), famille qui continue à croire et affirmer "que les organes de leur garçon ont été volés".

Perseverare aftonbladetum...

* * *

La tactique d'Aftonbladet depuis le début de cette affaire consiste à renverser l'accusation: ce sont ceux qui ont osé critiquer le journal qui posent un danger à la liberté de presse et d'expression: yttrande- och pressfriheten. Ces mots sont répétés comme un mantra par les responsables du journal.

La meilleure défense étant, dit-on, l'attaque, Aftonbladet s'emploie à transformer la publication d'un article fondé sur un mythe antijuif en une affaire de vie et de mort pour la liberté de la presse. Abracadabra!

Aftonbladet a reçu l'aide de certains parlementaires de l'opposition de gauche, notamment Per Gahrton, du Miljöpartiet de Gröna - les Verts suédois). Per Gahrton s'était déjà illustré dans le passé en prenant la défense d'Ahmed Rami, fondateur de la radio (puis du site Internet) Radio Islam, bien évidemment au nom de la liberté d'expression (Gahrton aurait quand même déclaré que Rami est un raciste qui fait du tort à la cause palestinienne) et avait comparé le "lobby israélien en Suède" aux Hells Angels (sorte de mafia sur deux roues) avant de s'excuser... auprès des Hells!

Cette tactique ne trompe personne, et certainement pas Sydsvenskan, journal local -tendance libérale- du sud de la Suède, qui dès le 19 août publiait une courte opinion intitulée "Antisemitbladet" (jeu de mot sur le nom du journal Aftonbladet). Mats Skogkär mettait clairement en évidence les failles de l'article de Donald Boström: des éléments disparates, le vieux mythe des crimes rituels, un raisonnement conspirationniste pour lier le tout. L'auteur concluait avec ironie, anticipant la ligne de défense du journal: "Antisemitism? Nej, nej, bara Israelkritik" (Antisémitisme? Non, non, juste une critique d'Israël).

Sydsvenskan se penchait également, le 21 août, sur les tentatives de Jan Helin & Cie pour transformer leur erreur de jugement en une question de liberté d'expression: Försök inte, Aftonbladet (N'essaye pas, Aftonbladet). À propos de la prise de position de l'ambassadrice de Suède en Israël, Elisabeth Borsiin Bonnier, prise de position qui a été utilisée sans honte par Aftonbladet afin de se faire passer pour une victime, Sydsvenskan écrit :
"Regeringen och svenska myndigheter skall inte försöka styra vad som skrivs i svensk press – det gäller även ambassadörer. Det är fullt tillåtet att trycka smörja i Sverige, och skall så vara"

[le gouvernement et les administrations suédoises ne doivent pas essayer d'influencer ce qui est écrit dans la presse nationale - cela vaut également pour les ambassadeurs. Il est parfaitement autorisé, en Suède, d'imprimer des saloperies, et cela restera ainsi]
Puis Sydsvenskan, ayant rappelé ce dogme sacré pour l'ensemble des médias suédois, (re)taille de belles croupières à Aftonbladet pour avoir laissé passer un article aussi grossier et mal fichu, pointe les méthodes pour le moins douteuses de Donald Boström, et cherche le lien entre l'accusation de vol d'organes et l'enquête du FBI. La connexion réside-t-elle dans le fait que des gens, prêts à venir aux USA pour vendre un organe, étaient Israéliens? Mais ils étaient bien vivants et munis de visas, ils n'ont strictement aucun rapport avec la mort d'un Palestinien en 1992. Le lien établi par Boström ne résiderait-il pas plutôt dans le fait que certains suspects américains interrogés par le FBI sont juifs?

Sydsvenskan conclut:
Svenska myndigheter har inget skäl att be om ursäkt för vad som publiceras i svensk press (...)

Men smörja är och förblir smörja. Aftonbladet bör inte komma undan så lätt

[Les autorités suédoises n'ont aucune raison de s'excuser pour ce qui est publié dans la presse suédoise (...) Mais une saloperie est et reste une saloperie. Aftonbladet ne devrait pas s'en tirer aussi facilement.]
Voilà qui est bien dit.


Update
À lire, sur le sujet:
EISCA (European Institute for the Study of Contemporary Antisemitism), Recycling Old Libels
Fred i Mellanöstern (blog)
MEMRI, à propos du feuilleton iranien "Zahra's Blue Eyes"

Ainsi que la pertinente réaction de Benny Dagan, ambassadeur d'Israël en Suède, en réponse à un journaliste suédois qui lui demandait candidement si Israël ne devrait pas enquêter sur les allégations d'Aftonbladet:
"You know what, I have a suggestion for you," Dagan retorted. "Why won't you investigate why the Mossad and the Jews were behind the bombing of the twin towers? Why won't we investigate why Jews are spreading AIDS in the Arab countries? Why won't we investigate why Jews killed [Christian children to bake Matzot on Pessah]?"
Enquêter sur le rôle des Juifs dans les attentats contre le World Trade Center, la diffusion du SIDA dans les pays arabes, ou le meurtre d'enfants chrétiens, ce ne serait effectivement pas plus con qu'enquêter sur la foi des fantasmes de Boström & Cie (ce n'est pas une blague du tout: Aftonbladet a réellement suggéré une enquête internationale).