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dimanche 20 juin 2010

39 pouces: un ragot anti-"sioniste" de plus

"Saddam, les secrets d'une mise à mort" de Khalil al-Doulaïmi (variantes: Dulaimi, Duleimi), commence par un avertissement de l'éditeur parisien (les éditions Sand):
"Le document que vous avez entre les mains est un témoignage de l'avocat irakien le plus proche de Saddam Hussein. Il est partisan et véhément, exprimant la frustration d'un homme qui voit sa patrie détruite par une invasion étrangère.

L'éditeur tient à préciser qu'il ne partage pas toutes les analyses contenues dans ce livre" [j'aimerais bien savoir lesquelles] "mais son rôle est de donner la parole -l'écrit- à ceux qui défendent une cause et qui sont représentatifs d'un courant de pensée (...)"

Le bouquin est une défense pesante de Saddam Hussein. Je suis tombé par hasard sur un passage particulièrement ignoble.

Doulaïmi pose une question page 235: pourquoi la corde avec laquelle Saddam Hussein a été pendu mesurait-elle 39 pouces? [environ 99 cm, dixit Doulaïmi bien sûr]

Prenez quelques instants pour réfléchir...

Voilà la réponse de Doulaïmi:
"La corde avait été remise aux Américains par un soldat sioniste. Elle avait été fabriquée selon des normes de longueur, de matière et de tressage tout à fait contraire à la loi. Avant qu'elle soit placée autour du cou de Saddam, un soldat américain d'origine juive pénétra dans la salle. Il mesura la longueur de la corde jusqu'à ce qu'il eût atteint exactement trente-neuf pouces.
(...)
Mais pourquoi couper la corde à trente-neuf pouces? Parce qu'en 1991, l'Irak avait lancé sur Tel-Aviv 39 missiles qui déclenchèrent la haine des sionistes contre Saddam Hussein et constituèrent, probablement, l'une des causes de son exécution." (pages 235-236)

C'est dans la lignée de ces légendes, "probablement" antisémites, dont on peine à suivre le rythme: les Juifs qui ne sont pas allés travailler le matin du 11 septembre 2001, les "sionistes" qui volent les organes des jeunes et des enfants, les soldats qui ont attaqué la "flottille de la paix" dans le but de commettre un massacre, etc. Une infamie de plus.

C'est ce genre d'absurdité (pour rester poli) qu'un éditeur français, en l'an 2010, juge pertinent de publier sous le prétexte de "mieux comprendre le ressentiment de nombreux Arabes pour qui Bagdad est une capitale majeure de leur civilisation".

Est-ce que ce livre pourrait, au moins, être utile aux historiens? Peut-être. Pour le moment il fait la joie de certains anti-"sionistes", qui n'ont visiblement aucune difficulté à concilier l'hostilité anti-"persane" de Saddam Hussein avec leur admiration pour Ahmadinejad.

mercredi 30 décembre 2009

La peau de l'ennemi

Le petit tsunami provoqué par les "révélations" de Donald Boström (voir cet autre billet) n'en finit pas de faire des vagues.

Étant donné que personne n'a la moindre preuve -et pour cause- que des Israéliens ont enlevé et tué de jeunes Arabes palestiniens afin de voler leurs organes, les amateurs de la "critique" permanente d'Israël se rabattent sur ce qu'ils trouvent. Dans ce cas précis, ils raclent les fonds de tiroirs pour ressortir triomphalement tout ce qui concerne un prélèvement ou trafic d'organes impliquant au moins un Israélien.

Nouvelles (?) révélations

Nancy Scheper-Hughes, professeur d'anthropologie à l'Université de California-Berkeley a récemment dévoilé une entrevue datant de l'an 2000 faite avec un certain Yehuda Hiss, ancien directeur de l'Institut médico-légal d'Abu Kabir, près de Tel-Aviv.

Qu'a donc dit M. Hiss? Que dans les années 90, des spécialistes à Abu Kabir avaient prélevé de la peau, des cornées, des valves cardiaques et des os sur des corps qui passaient par l'Institut (1). Ces prélèvements se faisaient sans la moindre considération pour l'origine des personnes, les défunts étaient Israéliens (civils ou militaires), Palestiniens, voire même des étrangers qui travaillaient et vivaient en Israël. M. Hiss ajoutait que l'accord des familles n'était ni nécessaire ni demandé et que les spécialistes agissaient avec discrétion. Cela n'a pas empêché que des familles (juives ou arabes) protestent.

[Précisons que la loi israélienne, qui était floue dans le passé, a récemment été mise à jour. Une autorisation est désormais requise. Il est même possible de trouver un formulaire en ligne, le remplir, le signer, puis le retourner par fax à l'organisme public qui centralise ces données.]

Dans les médias (pas uniquement anti-"sionistes") cette entrevue vieille de neuf ans mais tout récemment dévoilée est devenue: Israël: des organes ont été prélevés sur des Palestiniens (NouvelObs). Dans le corps de l'article, le site NouvelObs est très évasif sur la nationalité des défunts: "des corps, notamment palestiniens". La présentation des "faits" par NouvelObs est très intéressante:
Le Dr Hiss a fait ces déclarations en 2000 à un universitaire américain. Ce dernier a décidé de ne le rendre public maintenant en raison d'une controverse qui a éclaté l'été dernier. Un article d'un journal suédois avait laissé entendre que des soldats israéliens tuaient des Palestiniens pour faire commerce de leurs organes. Des allégations qu'Israël a vivement démenties.

Des extraits de l'entretien ont été diffusés ce week-end sur la 2e chaîne de télévision israélienne. Le Dr Jehuda Hiss précise que des cornées ont été prélevées sur des cadavres "de manière extrêmement informelle. Aucune autorisation n'était demandée à la famille".

En réponse à ce reportage, l'armée israélienne a reconnu que les faits avait [sic] eu lieu. L'activité a cessé il y a dix ans et cela n'arrive plus, d'après un communiqué de Tsahal repris par la télévision.
Le découpage des paragraphes et le flou de la formulation pourrait laisser penser que "l'armée israélienne a reconnu que les faits avait eu lieu" fait référence à "Un article d'un journal suédois avait laissé entendre que des soldats israéliens tuaient des Palestiniens pour faire commerce de leurs organes" et non pas à "des cornées ont été prélevées sur des cadavres de manière extrêmement informelle".

The Guardian, journal britannique de gauche, a publié lui aussi un article reprenant la nouvelle, avec un titre identique à celui de NouvelObs: Israel admits harvesting Palestinian organs (The Guardian, 21 décembre). Mais le titre de l'édition Internet a été modifié et est devenu: Doctor admits Israeli pathologists harvested organs without consent (The Guardian).

La différence est de taille. Le Guardian a expliqué la raison de cette modification:
We should not have put the headline “Israel admits harvesting Palestinian organs” on a story about an admission, by the former head of the Abu Kabir forensic institute near Tel Aviv, that during the 1990s specialists at the institute harvested organs from the bodies of Israeli soldiers, Israeli citizens, Palestinians and foreign workers without getting permission from the families of the deceased (21 December, page 15). That headline did not match the article, which made clear that the organs were not taken only from Palestinians. This was a serious editing error and the headline has been changed online to reflect the text of the story written by the reporter.
Le titre ne reflétait pas le contenu de l'article. Il était suffisamment inexact et trompeur pour que le Guardian, journal pourtant connu pour ses vives "critiques" d'Israël, le modifie radicalement.

Regardons un peu le contenu de la "nouvelle". La dépêche reprise par tous les médias fait systématiquement référence à l'article initial de Boström. Le rapport entre Boström et Hiss est pourtant fortement tiré par les cheveux, mais comme d'habitude lorsqu'il s'agit d'Israël il suffit que des mots se ressemblent pour qu'on établisse un lien. Les mots magiques, dans ce cas, sont "prélèvements d'organes", "trafic d'organes" et "sans autorisation de la famille" (ou du défunt).

Le Dr. Hiss n'a jamais dit -et pour cause (bis)- que l'armée israélienne abattait de jeunes Arabes pour les transporter ensuite à Abu Kabir à des fins de prélèvements, ni que ces prélèvements servaient à alimenter le marché noir, mais qu'importe! Il suffit qu'au moins un prélèvement ait été fait sur au moins un Arabe palestinien sans autorisation de sa famille pour alimenter la machine à ragots (re)lancée cet été par Aftonbladet.

Scientifique et militant, c'est possible

Comme le précisent les médias, l'entrevue du Dr. Hiss dévoilée par Nancy Scheper-Hughes date de... 2000. Mme Scheper-Hughes se définit comme une "anthropologue militante". Elle a fait un voyage en URSS (vers 1959, 1960) mais ne s'étend pas trop sur le sujet, et de retour aux States a milité pour les droits civiques des Noirs (là, je lève mon chapeau) et au sein de Peace Corps.

Question: si cette entrevue est aussi choquante que certains veulent le croire, pourquoi la fondatrice d'Organs Watch (2) a-t-elle attendu neuf ans pour la faire connaître?

Comme on peut le lire par exemple sur le site NouvelObs, Scheper-Hughes a "sorti" l'info à cause, précisément, des réactions à l'article de Boström: "[Nancy Scheper-Hughes] a décidé de ne le rendre public maintenant en raison d'une controverse qui a éclaté l'été dernier".

Pour en savoir un peu plus il n'est pas inutile de lire un article d'Alison Weir intitulé Special Report. Israeli Organ Trafficking and Theft: From Moldova to Palestine, publié par le Washington Report on Middle East Affairs (WRMEA) de novembre 2009, pp. 15-17. L'article est disponible sur le site Internet du magazine. Le WRMEA est un média US qui semble particulièrement "critique" envers Israël, pour dire le moins.

Une chouette bande de bons copains

Alison Weir contribue au WRMEA dont le responsable (publisher) est Andrew Killgore. Weir et Killgore sont aussi deux dirigeants de l'organisation If Americans Knew (Si les Américains savaient... sous-entendu, si les Américains savaient la vérité sur Israël, ils deviendraient anti-israéliens).

Weir part du principe que l'article de Boström présentait de bons éléments de preuve (grisly evidence suggesting that Israel had been taking Palestinian internal organs) mais que les Israéliens ont comme d'habitude hurlé à "l'antisémitisme" (les guillemets sont d'elle).

Elle affirme ensuite que les prélèvements d'organes en Israël sont documentés depuis de nombreuses années (3). C'est exact, mais ça n'a pas grand-chose à voir avec le pamphlet d'Aftonbladet.

Weir s'appuie largement sur les travaux de Scheper-Hughes, qu'elle cite à plusieurs reprises (mais rien n'indique qu'elles se connaissent ou s'apprécient).

À propos du commerce des organes, Scheper-Hughes aurait déclaré: "Israël est au sommet. Il a des tentacules partout dans le monde" (Israel is at the top. It has tentacles reaching out worldwide.)

S'il est exact que des Israéliens trempent dans le commerce des organes, il est intéressant de voir une anthropologue parler des "tentacules" israéliens. L'image est pour le moins malheureuse (le thème de la pieuvre est un classique de la littérature judéophobe; se référer par exemple à l'ouvrage de Joël et Dan Kotek, Au nom de l'antisionisme, Éd. Complexe)

Quant à voir Israël au "sommet" en matière de commerce d'organes, je suis perplexe. Le communiqué de l'université de Berkeley en 1999 annonçant la création d'Organs Watch ne mentionne même pas Israël (il est par contre question de l'Afrique du Sud, du Brésil, de l'Inde, de la Chine, et des USA). Dans une longue entrevue de 2004 accordée à Three Monkeys Online (4) sur le sujet du trafic mondial des organes, Scheper-Hughes mentionne -parmi d'autres cas- un intermédiaire israélien impliqué dans un "échange" de reins entre des donneurs brésiliens (vivants) et des receveurs israéliens: Dispelling the myth. The realities of organ trafficking. Professor Nancy Scheper-Hughes in interview (novembre 2004).

En 2004 pourtant, Scheper-Hughes avait déjà dans son tiroir depuis 4 ans les déclarations du Dr. Yehuda Hiss. Israël aurait-il atteint le "sommet" entre 2004 et 2009?

La faute à la Shoah ?

Scheper-Hughes (toujours citée par Alison Weir) va un peu plus loin. Dans un exposé l'anthropologue aurait déclaré percevoir deux motivations aux trafiquants israéliens: l'appât du gain, bien sûr, mais aussi "une vengeance, une restitution - en réparation de l'Holocauste" (Revenge, restitution—reparation for the Holocaust).

Des intermédiaires -et même des médecins- israéliens (qu'elle ne nomme pas) auraient même dit à Scheper-Hughes: "c'est une sorte d'œil pour œil dent pour dent. Nous prendrons tous les reins, foies et coeurs que nous pourrons. Le monde nous le doit." (it’s kind of ‘an eye for an eye and a tooth for a tooth. We’re going to get every single kidney and liver and heart that we can. The world owes it to us)

Toujours dans le cadre de cette analyse psychologique de comptoir, l'anthropologue voit dans de simples prélèvements de peau (nécessaires pour le traitement des grands brûlés) un lourd symbole: il s'agirait de "prendre la peau de la population perçue comme ennemie" (5)

Et la clinique de greffe de cheveux de l'oncle Shlomo, c'est pour scalper l'ennemi?

Comme le dit Alison Weir dans son article, Israël est unique de bien des manières (Israel is unique in several significant ways). Unique de par l'hystérie qu'il suscite, sans aucun doute.

Propagande et vieilles rengaines

L'article de Weir ne se base pas que sur Scheper-Hughes. C'est en fait un résumé très complet de toutes les rumeurs circulant sur les Israéliens "voleurs d'organes". Elle va même jusqu'à insinuer que dans au moins un cas (celui d'Abraham Sadegat en 1968), il est possible, peut-être même probable, que le cœur ait été prélevé alors qu'il battait encore (Sadegat’s medical condition before his heart was removed has not been made public. It is possible—perhaps probable—that up until his heart was removed it was still beating)

Elle cite également l'agence de presse de la République islamique d'Iran (A 2002 news story from IRNA) et Yasser Arafat interviewé par Al-Jazeera. La citation du vieux chef est claire et correspond bien au personnage: "Ils assassinent nos enfants et utilisent leurs organes comme pièces de rechange" (They murder our kids and use their organs as spare parts)

Pour faire bon poids, Weir ajoute un petit rappel sur le "racisme" et le "chauvinisme" du judaïsme. Elle affirme ainsi que la Loi juive permet "probablement" que l'on prenne l'organe d'un non-juif innocent qui passe par là afin de sauver la vie d'un Juif. Elle affirme baser son délire sur deux rabbins. Honnête journaliste, Alison Weir écrit que "Bien qu'il soit impossible de savoir si des Israéliens ont déjà agi en fonction de ces autorisations religieuses de tuer un non-juif afin de fournir des organes à des Juifs, certains observateurs considèrent que c'est une possibilité" (While it is impossible to know whether any Israelis have ever acted on such religious permission to kill a non-Jew in order to provide body parts to Jews, some observers have considered this a possibility)

À ce stade on n'est plus très surpris de voir le nom d'Israel Shahak apparaître à l'appui de telles élucubrations (Weir mentionne son ouvrage Jewish History, Jewish Religion). Note rapide: Shahak était un chimiste israélien. Il a développé une obsession maladive envers la religion juive. Ses "travaux" servent de source à nombre de "critiques" d'Israël (voir par exemple Werner Cohn).

Des pétitionnaires pour la Vérité

En conclusion de son article délirant, qui mélange habilement informations et ragots, WRMEA invite le lecteur indigné (comment ne pas l'être?) à ajouter son nom à une pétition. Le but de la pétition est d'obtenir une enquête sur les "possibles" crimes de guerre israéliens (dans ce cas, les "vols d'organes").

Les organisateurs font bien évidemment référence à l'article de Boström et aux propos de Scheper-Hughes, parmi d'autres sources. Le soutien aux thèses de Boström est explicite: "En tant que personnes profondément concernées par les droits humains (...) nous soutenons Donald Boström et Aftonbladet dans leur décision de publier l'article 'On pille les organes de nos fils'. Nous saluons le refus du gouvernement suédois de se soumettre aux pressions israéliennes à l'encontre de la liberté de la presse. Nous appuyons les appels à une enquête et exhortons le Comité International de la Croix Rouge et autres tribunaux compétents à entreprendre une enquête fouillée et impartiale des allégations selon lesquelles les Israéliens ont illégalement pris des organes à des Palestiniens" (6)

Parmi les soutiens officiels de la pétition on retrouve If Americans Knew, d'Alison Weir.

Weir a bien évidemment signé cette pétition "pour une enquête impartiale". Elle est en 3e position sur la liste des signataires.

Mais on trouve d'autres personnes, plus ou moins intéressantes. Leurs commentaires traduisent fort bien leurs inquiétudes... et souvent aussi leurs paranoïas:

Michelle J. Kinnucan est le nom de l'auteur d'un article passionnant sur les scandaleuses célébrations entourant la fête nationale israélienne. Elle y voit une célébration triomphante du racisme et du génocide: "The Jewish Federation's triumphal celebration of racism and genocide would be a travesty anywhere but such a display of wealth and power is even more egregious in a place like the State Fair neighborhood" (Palestine Chronicle). Salut à Z-Word Blog au passage.

On trouve au moins un pasteur, Edward P., qui recommande de "rester fort" (stay strong). Le bon berger a eu jadis des soucis avec la justice dans une sombre histoire d'achats de votes lors d'une élection... des broutilles (7). D'ailleurs ses amis le disent franchement, il a été condamné parce le jury était composé de Blancs et le juge était corrompu (8).

R. E., du Texas, a signé. Il a aussi donné 400$ à la campagne de Barack Obama en 2008 (Political Contributions). Comme quoi on peut être Démocrate et parfaitement "gullible".

Darlene Wallach profite de la pétition pour écrire que "This is beyond disgusting, atrocious, dispicable! Those participating must be held accountable!". Darlene Wallach, c'est aussi le nom d'une membre de Free Gaza Activists. Avec d'autres personnes elle a pris deux fois le bateau pour "briser le blocus" de Gaza.

R.H. écrit en commentaire: "Zionist butchers!". En voilà un qui a été convaincu par la rhétorique Weirienne.

I. S. pense qu'il faut mettre un terme aux crimes sionistes: "The criminal zionists need to be stopped before many more crimes are done by them"

Selon S. Al-M., le vol d'organes est contre l'éthique, la décence et la religion "y compris le judaïsme". Il ajoute dans la foulée que c'est particulièrement honteux lorsque le vol d'organes est commis par des rabbins juifs! Le pléonasme est offert, sans frais supplémentaire (Organs theft is whither by Jews or otherwise is against any standard of decency, ethics, religions including Judaism itself, human rights. It is mean and digusting. It is shameful specially when committed by Jewish rabbis who are supposed to be, instead, a guidance to their followers)

Eleanor O. commente ainsi: "The UN pictures of White Phosphorous being dropped intentionally on civilians in Gaza by Israel last January is another crime that Israel should be prosecuted for, along with the American corporations which devise and sell such weapons. It seems this "law-abiding" nation is anything but that!" Elle peut donner des leçons en matière de ventes d'armes et d'observation des lois internationales puisqu'elle fait partie du American-Iranian Friendship Committee.

Mark Dankof laisse un commentaire de soutien assez long dans lequel il félicite ses "bons amis" Alison Weir, mais aussi Chuck Carlson de We Hold These Truths (une organisation chrétienne plutôt anti-israélienne semble-t-il): "My good friends Alison Weir of If Americans Knew, and Chuck Carlson of We Hold These Truths, are among those doing an invaluable service for the world in attempting to get at the bottom of the latest tragedy involving the State of Israel. The organ harvesting and trafficking scandal, along with the USS Liberty tragedy, the Gaza genocide, and the Pollard/AIPAC spy cases, begs the question as to how much longer American conservatives specifically, and the American public generally, will allow the Israeli lobby to operate with complete impunity in its control of the media and government of the United States. Enough is enough"

M. Dankof est animateur sur RBN Radio, auteur, activiste etc., "membre de l'aile Taft/Buchanan du Parti Républicain". Un de ses récents invités était "Dr." David Duke, extrémiste de droite, ex-membre du KKK et auteur de "Jewish Supremacism: My Awakening to the Jewish Question". Ah, le suprémacisme juif...

J'ai gardé le meilleur (?) pour la fin. En 2e position sur la liste des signataires on trouve un certain Imad Mughniyah, Beirut. Soit il s'agit d'un homonyme, soit c'est un cas de communication avec l'au-delà. Imad Mughniyah était le nom d'un chef du Hezbollah. Il a été victime d'un attentat à Damas début 2008.

Conclusion (temporaire ?)

Comme souvent, on constate que des gens intelligents, des gens qui s'engagent pour soulager les souffrances d'autrui, ne sont pas immunisés contre la bêtise; plusieurs mettent leur esprit critique en berne et adoptent une vision proprement paranoïaque dès qu'il est question d'Israël.

Des agitateurs judéophobes profitent de cette hystérie ambiante.

Le problème du prélèvement d'organes "sauvage" (qui n'implique pas nécessairement un trafic) n'est pourtant pas propre à Israël; voir par exemple cette enquête actuelle en Grande-Bretagne (The Telegraph, merci à G.)

Comme tout commerce, légal ou pas, le trafic d'organes est fondé sur l'offre et la demande. Tant qu'il y aura des pauvres et tant qu'il y aura des malades en attente d'une greffe, le commerce continuera. Autant dire qu'on n'est pas sortis de l'auberge.

Vous ne trouverez pas cette info chez les anti-"sionistes" mais des Israéliens (y compris juifs, eh oui) s'efforcent de lutter contre les trafics et l'exploitation de la misère humaine. Lire par exemple ce texte de Yaakov Lavi (orthographe alternative Jacob Lavee) sur le site de Haaretz. L'auteur est directeur de l'unité de transplantation cardiaque au Centre médical Sheba de Tel-Hashomer, en Israël (autant dire qu'Alison Weir ne signera jamais de pétition en sa faveur...)

Y. Lavi constate qu'Israël est mal placé en matière de dons d'organes. Un adulte sur dix seulement aurait une carte d'autorisation de prélèvement. Il a même rencontré des malades en attende de greffe qui lui ont confié qu'eux-mêmes refuseraient de donner les organes d'un proche, s'il venait à mourir! [Nancy Scheper-Hughes, qui peut très bien faire des observations pertinentes, pense que les pays musulmans ainsi qu'Israël ont des difficultés dans ce domaine car leurs habitants auraient souvent l'impression que le don d'organes contrevient à des préceptes religieux.]

Lavi suggère une solution originale: introduire un nouveau critère afin d'établir la liste d'attente des malades. Parallèlement aux critères médicaux habituels (qui resteraient prépondérants), il propose de prendre en considération l'attitude du patient envers le don d'organes. Toutes choses égales par ailleurs, un patient qui aurait signé -un an ou deux auparavant- une autorisation de don grimperait un peu plus haut dans la liste d'attente.

Augmenter le nombre des dons est sans doute le meilleur moyen de tarir le trafic.

Dans cette conclusion nous nous sommes bien éloignés d'Aftonbladet et de If Americans Knew. C'est normal: Jacob Lavee n'a pas encore fait don de son cerveau. Et lui il s'en sert.

Vous êtes dégoûté par le commerce des organes? Signez une autorisation de prélèvement! Ce sera cent fois plus efficace que de signer une pétition débile. Au fait, combien de personnes parmi les 500 et quelques signataires de la pétition de Weir & Cie sont des donneurs d'organes? On se le demande...


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NOTES

(1) "... in the 1990s, specialists at Abu Kabir harvested skin, corneas, heart valves and bones from the bodies of Israeli soldiers, Israeli citizens, Palestinians and foreign workers, often without permission from relatives"

(2)
Organs Watch est une organisation californienne créée en 1999. Son centre d'intérêt est le commerce des organes à travers le monde. Nancy Scheper-Hughes est un des quatre fondateurs - source Univ. de Californie, Berkeley.

(3)
The fact is, however, that Israeli organ harvesting—sometimes with Israeli governmental funding and the participation of high Israeli officials, prominent Israeli physicians, and Israeli ministries—has been documented for many years.

(4) Three Monkeys Online se présente ainsi: "
a free current affairs and arts magazine, produced by writers in Ireland, Italy, Spain and the UK. The Magazine was founded in 2004 by a small group of writers with a clear idea that internet publishing could be about more than simply gossip, conspiracy theories, and dodgy you tube videos. It doesn't have to focus on Paris Hilton. It can be about in-depth interviews, debates, intelligent opinion pieces, and reviews. We hope you enjoy our take on what an online magazine can and should be"

(5) Scheper-Hughes said that while Palestinians were "
by a long shot" not the only ones affected by the practice in the 1990s, she felt the interview must be made public now because "the symbolism, you know, of taking skin of the population considered to be the enemy, (is) something, just in terms of its symbolic weight, that has to be reconsidered." (NY Times)

(6) As people deeply concerned with human rights, we believe it is essential to listen respectfully when occupied people speak about war crimes committed against them. Therefore, we support Donald Boström and Aftonbladet in their decision to publish "Our sons plundered for their organs." We salute the Swedish government's refusal to submit to Israeli pressure and undermine the freedom of the press. We support calls for an investigation and urge the International Committee of the Red Cross, and other competent tribunals to undertake a thorough, impartial investigation of allegations that Israelis have unlawfully removed organs from Palestinians.

(7) In 2007, P. was convicted for paying people $5 to vote in a recall election for a congressional seat in Michigan's 6th District that he lost. He warned that the Lord would smite the judge who sentenced him to probation with "
consumption and with a fever and with an inflammation and with extreme burning," referring to a passage in Deuteronomy (USA Today).

(8) This conviction was made possible by a biased jury - and the corrupt Judge, courts, police, and prosecution (...) the prosecution's first victory came when an all-white, middle-class jury was selected. (Blog)

mercredi 23 septembre 2009

Egypte 0 - Libye 2

Farouk Hosni, candidat égyptien au poste de big boss de l'UNESCO, n'obtiendra pas le poste convoité.

C'est la Bulgare Irina Bokova qui devient directrice générale de l'organisme international.

Le perdant y voit la main de "vous-savez-qui":
Unesco: l'Egypte blâme le "lobby juif" (Le Figaro)

Le quotidien Al-Ahram al-Messai (gouvernemental) attribue cet échec cuisant à "des attaques indignes de la part d'intellectuels juifs en France" et aux efforts de sape "de l'ambassadeur américain à l'Unesco ainsi que des médias sionistes en Europe et aux Etats-Unis".
La direction de l'Unesco échappe à Farouk Hosni (AFP / La Presse)

[Farouk Hosni] était accusé de prises de position antisémites et anti-israéliennes, ainsi que d'appartenir à un régime pratiquant la censure. Il lui est notamment reproché d'avoir déclaré en 2008 devant le Parlement égyptien qu'il brûlerait «lui-même» les livres en hébreu qu'il trouverait dans les bibliothèques du pays.

M. Hosni avait assuré «regretter» ces paroles selon lui sorties de leur contexte, et démenti tout sentiment antisémite (...)

Quant à Israël, il avait levé en mai son opposition à [la candidature de M. Hosni] après une rencontre entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et M. Moubarak.
Egyptian minister blames Jews for UNESCO loss (Ynetnews)

Egypt's culture minister on Wednesday blamed a conspiracy "cooked up in New York" by the world's Jews for keeping him from becoming the next head of the UN's agency for culture and education (...)

"It was clear by the end of the competition that there was a conspiracy against me," Hosny told reporters (...)

"There are a group of the world's Jews who had a major influence in the elections who were a serious threat to Egypt taking this position," he said.
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Update
Unesco : la colère égyptienne (Le Figaro). Les opinions en provenance d'Égypte sont assez peu nuancées: "choc des civilisations", mépris du "Nord" envers un représentant du "Sud", complot du "lobby sioniste", sans oublier le très classique: "est-il possible de critiquer Israël et d'accéder à un poste de responsabilité au niveau international ?"
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Pendant que le ministre égyptien de la Culture se remettait tant bien que mal des intrigues du complot juif international, le Guide libyen faisait son grand retour au sein l'Assemblée générale de l'ONU.

Il a fêté l'événement en infligeant un discours-fleuve aux malheureux délégués (heureusement que les iPod et autres jouets miniaturisés existent).

Gaddafi blasts big powers in UN speech (Ynetnews)

Tout grand homme a au moins une réforme sous le coude. Le Roi des rois (1) ne fait pas exception:
Gaddafi called for a reform of the Security Council – abolishing the veto power of the five permanent members – or expanding the body with additional member states to make it more representative.
C'est une idée intéressante. On pourrait par exemple diviser la Libye en dix États indépendants, chacun dirigé par un membre de la famille du Guide, ça aiderait à rendre l'Assemblée plus "représentative".

Mais les agents du "complot" ne désarment pas et s'acharnent contre les hommes de vertu (2):
While the Libyan leader spoke, hundreds gathered outside the UN Headquarters to protest the speech. The demonstrators carried signs with Gadhafi's picture saying 'Terrorist' and 'Murderer'.

Many were protesting his presence in New York due to his welcoming of the 'Lockerbie terrorist' back into Libya.
Cela fait deux beaux succès pour la Libye en peu de temps: la libération du terroriste responsable de l'attentat de Lockerbie et son accueil triomphal dans son pays, et le retour du Roi des rois à l'ONU.

Le "Machin" ne s'améliore guère avec le temps. Mais au moins aura-t-on de plus nombreuses occasions de se taper sur les cuisses. Si seulement Fidel Castro pouvait se remettre et rejoindre MM. Kadhafi, Ahmadinejad et Chavez sur la grande scène la tribune de l'Assemblée générale, la troupe serait au complet.


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(1) Gaddafi, introduced as the "king of kings" by his countryman and assembly president Ali Treki (Ynetnews)

(2) et en prime des riverains ne veulent pas de sa "tente" dans leur voisinage (Le Figaro)

samedi 5 septembre 2009

Sur le front culturel de la lutte "antisioniste"

La campagne "kauft nich bei Zionisten" continue.

Tandis qu'en France les "antisionistes" préparent leurs slogans haineux et leurs pancartes à l'occasion d'un match de football Bordeaux-Haifa (1), au Canada et ailleurs dans le monde l'assaut est lancé contre le Toronto International Film Festival (TIFF): le Festival international du cinéma de Toronto, qui consacre une petite partie de son programme (City to City) à Tel-Aviv.

Ken Loach (voir un précédent billet) fait partie des "insurgés", de même que Jane Fonda et plusieurs autres artistes/activistes hypersélectifs dans leur choix de pays à boycotter (ils n'en boycottent qu'un, comme par hasard le seul État juif au monde, mais c'est purement un hasard - et ils ne boycottent aucun autre pays impliqué dans le conflit, comme l'Iran, la Syrie ou le Liban etc., ce qui démontre que ce n'est pas le conflit en soi qui les dérange).

Les partisans du boycott total de l'État juif ont même leur petit blog pour l'occasion.

On peut y lire les habituelles "critiques": TIFF serait complice de la "machine de propagande israélienne" et le programme City to City est décrit comme une "campagne de propagande" en faveur du "régime d'apartheid". On y met en cause le financement du Festival, et on peut lire également que Tel-Aviv "a été construite sur des villages palestiniens détruits". On perçoit ici une hostilité fondamentale qui n'a plus grand-chose à voir avec le statut des territoires disputés, ou la récente opération militaire israélienne dans la bande de Gaza...

Le Toronto Star résume la situation. Je recommande également la lecture d'une lettre ouverte signée par Cameron Bailey, vice-président du TIFF, sur le site du Festival: An Open Letter on City to City: Tel Aviv.

On peut ainsi apprendre que les "critiques-de-la-politique-d'Israël" font des insinuations mensongères lorsqu'ils mettent en cause le financement et l'indépendance du TIFF : "No, it isn't true. The state of Israel and our government are not funding TIFF in any way. It isn't part of the branding project, and is completely separate and had nothing to do with us", a ainsi déclaré un porte-parole du consulat général d'Israël à Toronto cité par The Star.

On apprend également que les organisateurs du Festival avaient proposé aux "critiques" de voir les films présentés dans le cadre de City to City: Tel-Aviv et de les juger sur leur contenu, et non pas uniquement sur leur provenance. Cette accommodante proposition a été rejetée par les activistes "antisionistes". Pour eux, il suffit qu'un film soit israélien pour être assimilé à une "campagne de propagande" du "régime d'apartheid", et donc rejeté.

Ken Loach et ses amis ont acquis une certaine expérience dans l'intimidation des Festivals culturels, que ce soit en Écosse ou en Australie. Ils peuvent compter sur une partie de la population, prompte à condamner Israël et sa "propagande" (2) que ce soit par ignorance, par conformisme ou bien par sincère conviction antisémite.

Reste à savoir si le Festival sera contraint de céder sous la pression et la haine, ou si la raison l'emportera.

Update
Cameron Bailey, dans sa lettre ouverte, déclare que le choix de Tel-Aviv n'a pas été simple et que la ville reste un "territoire contesté" [We recognize that Tel Aviv is not a simple choice and that the city remains contested ground]. Une telle déclaration me semble plutôt inquiétante. Si même des adversaires du boycott d'Israël considèrent Tel-Aviv comme une "zone contestée", on n'est pas sortis de l'auberge...

Vu sur Z-Word Blog, un article signé Charles Lewis paru dans le National Post (journal canadien) qui se moque ouvertement des boycotteurs et de leur obsession anti-Israël:
It is no surprise that they are targeting a series of 10 films about Tel Aviv. Every protest today by intellectuals or artists who think they are intellectuals has to be about Israel. It is the worst country in the world, is it not?
Lewis termine par un appel au boycott de son goût, une grinçante parodie du boycott lancé par les "stars" anti-israéliennes:
So I have decided to protest. As far as I am concerned all the 50 people who have signed this letter of protest are nothing more than that single signature. Nothing that has come before or is to come will ever change that. I will never read a Naomi Klein book. I will burn my Jane Fonda exercise tapes. I will boycott any movie that Danny Glover has ever been in or will be in and I am throwing out every CD on which David Byrne appears. The same goes for all the rest, but in all honesty I hoped never to read another Alice Walker book as long as I lived, so that will be easy.

Not that I have anything against these people; some of my best friends are artists.
Marc Cassivi, chroniqueur à La Presse, parle un peu de cette histoire de boycott en marge d'un article sur le Festival. Il écrit que le programme City to City: "rend hommage à la capitale israélienne Tel Aviv" (La Presse). Dans le monde abstrait et déconnecté du réel qu'est le politiquement correct, Jérusalem est transportée magiquement dans la banlieue de Tel-Aviv. Mystérieux pouvoir des mots!


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(1) Il s'agit ici du vrai football, et non pas du sport pratiqué en Amérique du Nord et que l'on appelle abusivement "football".

(2) Voir Eytan Fox et son film "The Bubble" assimilés à une "machine de propagande israélienne" devrait suffire à ridiculiser définitivement les signataires de l'appel au boycott.

mercredi 12 août 2009

La sale guerre contre le CRIF

Alexandre Adler a rédigé une chronique dans Le Figaro du 31 juillet (1). Cette chronique concernait les verdicts rendus contre le "gang des barbares". Alexandre Adler y exprime notamment son regret que l'antisémitisme du gang n'ait pas reçu plus d'attention de la part du tribunal.

On peut être d'accord ou pas avec le raisonnement ou certaines conclusions d'Alexandre Adler, là n'est pas la question. Le chroniqueur termine son texte par ces deux phrases: "Après l'antisémitisme violent comme un vomissement des Proudhon, des Drumont et des Bernanos, voici venu l'antisémitisme insinuant et presque invisible des Badiou. Pour mesurer son pouvoir de radiation, lisez donc une certaine presse hebdomadaire".

Le pdg de l'hebdomadaire Marianne, Maurice Szafran, s'est senti visé. Il a répondu à Alexandre Adler dans un éditorial publié dans le numéro du 8-14 août de l'hebdo, sous le titre "À propos d'Alexandre Adler, du Crif et de l'antisémitisme".

Adler et Szafran ne partagent pas le même avis sur les leçons à tirer du procès du "gang des barbares", ils sont en désaccord à propos de la décision de la ministre de la Justice d'ordonner au parquet de faire appel dans certains cas (certaines peines ayant été considérées comme trop légères).

Être en désaccord, la belle affaire. Mais M. Szafran, qui s'indigne -avec raison ou pas, là n'est toujours pas la question- de certains propos de M. Adler, ne semble pas pressé de donner l'exemple de la rigueur et de la retenue. Bien au contraire: il profite de son éditorial pour reprendre à son compte de vieilles et sales accusations qui traînent sur le Crif.

Voici une description du Crif, selon le patron de Marianne:
"(...) un intouchable de la République, le Conseil représentatif des institutions juives de France"

"(...) d'un claquement de doigts, relayé par le président de la République lui-même, le Crif a obtenu que la ministre de la Justice fasse appel du jugement. En gonflant ses biceps, en faisant jouer sa force, son influence, la crainte qu'il provoque, le bras politique des Juifs de France a mis en place une implacable machine à fabriquer de... l'antisémitisme"
Ce n'est ni Minute ni Présent, mesdames et messieurs, c'est Marianne.

Accuser le CRIF de générer l'antisémitisme, ce serait du même niveau qu'accuser Barack Obama de provoquer le racisme antinoir aux USA.

Voici quelques extraits d'une dépêche AFP toute récente:
"Les groupuscules d'extrême droite, qui n'ont toujours pas digéré l'élection du premier président noir des Etats-Unis, connaissent un nouvel essor dans le pays après une décennie de déclin, selon une étude publiée mercredi"
(...)
"C'est la croissance la plus importante à laquelle nous ayons assisté depuis 10 ou 12 ans"
(...)
"En début d'année, un rapport interne du gouvernement fédéral avait d'ailleurs averti que le marasme économique et l'élection de Barack Obama constituaient un terreau très propice au recrutement de nouveaux militants"
Selon la logique de M. Szafran (et d'autres), il faudrait conclure que l'élection d'un Noir à la Maison Blanche est la cause de l'essor des mouvements racistes aux USA observée ces derniers mois.

Ce serait évidemment totalement crétin. M. Obama n'est pas responsable de l'essor de l'extrême droite américaine, il ne "fabrique" pas le racisme antinoir dans son pays. De la même manière, le CRIF n'a jamais "fabriqué" la moindre once d'antisémitisme en France, comme l'écrit sans trembler Maurice Szafran.

Il n'est guère surprenant de voir une association "antisioniste" proférer ce genre de bêtises. Mais il est tout simplement hallucinant de voir le pdg de Marianne adopter un mode de pensée aussi vicié. Sa colère contre Alexandre Adler et sa chronique l'a-t-elle à ce point aveuglé?

Il me semble utile de rappeler certaines vérités élémentaires (enfin... elles ne sont pas élémentaires pour tout le monde, de toute évidence) :

- le Crif a parfaitement le droit -et je pense pouvoir écrire que c'est même son devoir- d'intervenir dans les débats de société et les réflexions politiques qui l'intéressent (au risque de se faire critiquer)

- le Crif a parfaitement le droit de ne pas suivre les opinions des éditorialistes de Marianne (et vice versa)

- le "bras politique des Juifs de France" a parfaitement le droit d'interpeller le gouvernement, le parlement, la présidence, le Pape ou le poinçonneur des Lilas, si ça le chante

- le Crif a parfaitement le droit d'émettre des communiqués de presse et de les diffuser (et il est permis de ne pas les publier)

- l'exercice de ces droits, qui ne sont nullement propres au Crif, ne saurait susciter (générer, fabriquer...) de l'antisémitisme

- il ne sert à rien de rechercher la cause de l'antisémitisme dans le comportement de la victime de l'antisémitisme (2) : la cause ultime de l'antisémitisme réside dans le cerveau de l'antisémite.


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(1) Ce que révèle l'affaire Fofana.

(2) De même que la femme n'est pas la cause du viol; l'égalité homme-femme n'est pas la cause des violences conjugales; le mariage des couples de même sexe n'est pas la cause de l'homophobie, etc.

mardi 14 juillet 2009

Alerte au chewing-gum sioniste!

[attention: ce billet comporte des traces de sarcasme; lecteurs allergiques s'abstenir]

Le Hamas lance un cri d'alarme : les services secrets israéliens inondent la bande de Gaza de chewing-gums aphrodisiaques dans le but de corrompre la jeunesse (Haaretz).

C'est un père affolé qui a découvert le pot aux roses : quelques minutes après avoir mâchouillé une de ces gommes d'allure tout à fait inoffensive, sa fille a adopté un comportement choquant et inapproprié (Ynetnews).

Le Hamas, toujours très soucieux du bien-être de ses administrés, a déjà procédé à des arrestations.

Un test scientifique a même été réalisé sur deux jeunes militants du mouvement islamiste. Le résultat est proprement effrayant :

Les deux volontaires, quelques instants après avoir consommé des chewing-gums made in Israel
(Rassurez-vous, ils étaient volontaires! -- photo AP / Jason Terill)


Cela pourrait-il arriver chez nous? Après avoir mangé un Oh Henry! hier après-midi j'ai éprouvé des sensations incompatibles avec la morale et l'ordre public. Notre police osera-t-elle lancer une enquête ou bien le gouvernement va-t-il (une fois de plus) se soumettre aux diktats du libidineux lobby pro-israélien?

Au nom du ciel et de la décence, barrons la route aux aphrodisiaques sionistes avant qu'il ne soit trop tard.

mardi 23 juin 2009

Iran et salades complotistes

Les émeutes en Iran font beaucoup parler sur la blogosphère. Je reste plus discret pour au moins trois raisons:

- les "printemps" finissent très souvent mal (Prague, Tien An Men, etc.)

- le vrai patron de l'Iran, ce sont les ayatollahs, le Guide Suprême Ali Khamenei en tête (successeur du bon M. Khomeini)

- M. Moussavi se montre combatif et suscite l'espoir chez bien des gens hors de son pays, mais il reste que le candidat malheureux aux élections du 12 juin (possiblement truquées) est un enfant du sérail, il doit sa carrière au régime des mollahs; il a été ministre des Affaires étrangères puis premier ministre. Durant cette période, il ne s'est pas toujours fait remarquer comme particulièrement "réformateur", notamment vis-à-vis des opposants (Wikipedia et BBC)

Certes, il est impossible en Iran de voir autre chose qu'un apparatchik se présenter à une élection. Un tel personnage pourrait se révéler, une fois au pouvoir, comme un nouveau Gorbatchev, mais il reste que le pouvoir réel est détenu par Khamenei, pas par le président.

* * *

Les émeutes en Iran ont provoqué des réactions prévisibles. Le pouvoir iranien et ses alliés crient au complot occidental; il est peu surprenant de voir Hugo Chavez, le candidat à vie vénézuélien, reprendre la propagande iranienne d'une prétendue "intervention étrangère".

Les milieux conspirationnistes reprennent cette propagande, en la détaillant. Des sites comme "Planète non violence" (sic...) ou le Réseau Voltaire de T. Meyssan en France, mais aussi reopen911 ou whatreallyhappened voient volontiers dans Moussavi et ses supporters des agents de l'étranger.

Paul C. Roberts, pour "Planète non violence" (resic!) parle ainsi de "MoU.S.avi". Thierry Meyssan voit, dans un post qui circule dans la blogosphère mais concerne surtout les hackers, un "guide pratique" concocté par la CIA. Le petit monde des hackers, voyez-vous, est perdu s'il n'a pas un agent de la CIA pour lui fournir des instructions, tout le monde sait ça...

Les réseaux anti-"sionistes" reprennent pieusement ce blabla conspirationniste, tant il est vrai que l'Iran des mollahs a su les séduire par son anti-"sionisme" virulent et aussi parce que la paranoïa complotiste confond volontiers les deux "satans" : USA et Israël. Le Réseau Voltaire, dans un texte sur le "bobard de la fraude électorale", ne rate d'ailleurs pas l'occasion de fustiger "Netanyahu et (...) ses pantins états-uniens".

Ils connaissent bien leur lectorat.

mercredi 11 février 2009

La bonne vieille recette du complot juif

Fin janvier une synagogue de Caracas était vandalisée par un groupe d'hommes armés. Des slogans antisémites ont été peints sur les murs, des objets de culte détruits. L'attaque paraissait "bien préparée" (Ynetnews).

Cet événement survenait après une escalade verbale anti-"sioniste" et l'expulsion des diplomates israéliens début janvier (voir sur ce blog).

Les enquêteurs vénézuéliens ont révélé dimanche que huit agents de police et quelques civils avaient été arrêtés (Reuters). Parmi les profanateurs, un homme qui aurait été le garde du corps du rabbin jusqu'en décembre, date à laquelle il est entré dans la police; un gardien aurait été complice et aurait permis au groupe d'entrer facilement (Ynetnews).

Selon Reuters, le président Hugo Chavez a abordé le sujet lors d'une interview télévisée dimanche, précisant que le groupe était mené par un agent de police qui avait travaillé auprès du rabbin de la synagogue dans le passé (President Hugo Chavez (...) referred to the arrests and said the attack was led by a police officer who had worked closely with the rabbi at the synagogue).

Le président a ajouté, toujours selon Reuters: "Quelle coïncidence. Le chef du gang est un agent de la police métropolitaine qui durant les quatre dernières années avait été le garde du corps personnel du rabbin de la synagogue" (What a coincidence, the gang leader is a metropolitan police officer who for the last four years was the personal bodyguard of the synagogue's rabbi). Plutôt que compatir à l'amère déception de la communauté juive qui se découvre trahie par un ex-employé, Chavez nous jouerait-il le petit air de l'insinuation?

Dans un premier temps, el presidente avait accusé l'opposition.

Le ministre de l'Intérieur de Chavez, Tarek El-Aissami, a de son côté affirmé lundi que le mobile des vandales était... le vol (Le Monde).

Il faudra prévoir une réunion du conseil des ministres pour s'entendre sur la version officielle: un coup monté de l'opposition, un coup monté par le rabbin lui-même, ou bien un simple vol?

D'autres ne se sont pas gênés et ne se sont pas contentés d'insinuer: les sites Internet d'extrême droite, d'extrême gauche, sans oublier les islamistes, unis une fois de plus dans la détestation d'Israël en particulier et des Juifs dits "organisés" en général, ont repris des bribes d'information. En tordant quelque peu les faits...

Europalestine clame ainsi que "La profanation de la synagogue de Caracas a été organisée par les sionistes". Les mêmes titre et texte se retrouvent sur des sites tendance "islam militant" comme bladi.net et oumma.com. On retrouve aussi cette "dépêche" sur voxnr.com ou geostrategie.com, sur info-palestine et sur Indymerdia (vaticinations contre "la racaille sioniste" en prime). Voici le texte diffusé par Europalestine:

Le ministre de la justice du Vénézuela, Tarek El Aissami, a annoncé lundi soir que c’est l’ancien garde du corps du rabbin de Caracas qui a organisé la profanation de la synagogue « Tiféret Israël », avec la complicité du gardien de service qui a laissé les hommes pénétrer dans le bâtiment.
Avec l’aide du service d’ordre, les câbles d’électricité de la principale synagogue de Caracas avaient été coupés et l’alarme désactivée pour permettre aux vandales juifs de perpétrer leur forfait, le 30 janvier dernier, à l’intérieur du lieu de culte.

Jusque-là c'est très bref, on ne s'éloigne des articles de presse que pour fustiger les imaginaires "vandales juifs" (encore un lapsus: le rédacteur de la "dépêche" voulait écrire "les vandales sionistes", bien sûr). La conclusion pousse le bouchon de la diffamation un peu plus loin:
Les actes de vandalisme, les inscriptions antisémites sur les murs, tout comme le vol du fichier informatique des membres de la communauté, abondamment présentés par les medias comme des actes "antisémites" sont donc le fait des dirigeants de la synagogue. Les médias en feront-ils leurs choux gras ?

Oh on sait très bien ce que font la plupart des médias: leur boulot. Les extrêmistes de droite comme de gauche, eux, préfèrent lapper le bon vieux ragoût de la diffamation envers les Juifs. Le socialisme des imbéciles a encore de beaux jours devant lui, ce que semble d'ailleurs confirmer ce récent sondage rapporté par Haaretz ou Ynetnews.


Update
Le site lillois du réseau Indymerdia, qui avait initialement publié un post antisémite (accuser les Juifs d'être des comploteurs qui simulent les emmerdements qui les frappent, injures en prime, c'est bien de l'antisémitisme) a validé un article contradictoire qui met quelques points sur les "i". Je suppose que c'est la manière du collectif lillois de régler le problème: dans un premier temps on accepte de publier un article antijuif, puis on valide un article qui démontre l'imbécillité du premier texte... le complotisme antisémite et l'information sont considérés comme équivalents, d'égal intérêt.

Update 2
Les responsables de Indymedia Lille ont supprimé l'article antisémite pour cause de "fausse information". Le texte injurieux reste disponible ailleurs, comme par exemple Indymedia Toulouse. L'antisémitisme est bel et bien perçu à l'extrême gauche comme un élément annexe certes, mais compatible avec "les luttes".