Helle Klein (voir ici), la sympathique rédac' chef "politique" du journal Aftonbladet depuis 2001, va quitter ses fonctions le 1er octobre.
La raison: la dame s'intéresse beaucoup à la théologie et a été ordonnée pasteur il y a déjà deux ans. Elle souhaite suivre pleinement cette voie et s'éloigner un peu des projecteurs. Elle continuera sa collaboration avec Aftonbladet, mais en free-lance. Elle prépare également un bouquin.
Il n'est pas nécessaire d'être pasteur pour adhérer aux "révélations" de Boström, mais ça pourrait expliquer la vigueur avec laquelle Klein a défendu ce pamphlet ridicule (ça faisait aussi partie de ses fonctions, bien sûr).
Source: Sveriges television. Voir aussi le blog de Klein.
Félicitations, et bye bye.
lundi 26 avril 2010
jeudi 8 avril 2010
5% = 5x (A Lesson In French Mathematics)
Lu dans la chronique de Michèle Ouimet, Vers The Province of Quebec? No Sir (La Presse du 7 avril).
La chronique est une critique mi-figue mi-raisin du dernier cri d'alarme de l'acteur Pierre Curzi, "spécialiste" ès-langues du Parti Québécois (séparatiste).
Extrait: "L'étude compare ces taux au poids relatif de chaque langue. En 2006, il y avait 2,83 francophones à Montréal pour un anglophone. Le français aurait donc dû exercer un pouvoir d'attraction plus grand que l'anglais. Mais ce n'est pas le cas, au contraire, conclut l'étude. L'anglais séduit et son pouvoir d'attraction est cinq fois plus important que le français (je vous fais grâce des calculs qui aboutissent à ce 5%)"
Confondre un écart de 5% avec une multiplication par 5, ce n'est peut-être pas de l'excellent journalisme, mais ça en dit long sur l'ampleur de l'hystérie en matière de langue (le fantasme d'un retour conquérant de l'anglais est la norme, au Québec).
La chronique est une critique mi-figue mi-raisin du dernier cri d'alarme de l'acteur Pierre Curzi, "spécialiste" ès-langues du Parti Québécois (séparatiste).
Extrait: "L'étude compare ces taux au poids relatif de chaque langue. En 2006, il y avait 2,83 francophones à Montréal pour un anglophone. Le français aurait donc dû exercer un pouvoir d'attraction plus grand que l'anglais. Mais ce n'est pas le cas, au contraire, conclut l'étude. L'anglais séduit et son pouvoir d'attraction est cinq fois plus important que le français (je vous fais grâce des calculs qui aboutissent à ce 5%)"
Confondre un écart de 5% avec une multiplication par 5, ce n'est peut-être pas de l'excellent journalisme, mais ça en dit long sur l'ampleur de l'hystérie en matière de langue (le fantasme d'un retour conquérant de l'anglais est la norme, au Québec).
lundi 5 avril 2010
Les colères d'un Roi-Pâle
L'excellent écrivain québécois Victor-Lévy Beaulieu a commis un nouveau bouquin cette année, un pot-pourri d'articles divers collés ensemble par Trois-Pistoles.
Son titre: La Reine-Nègre, en "hommage" à Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada... et d'origine haïtienne.
Outre les vaticinations habituelles contre la Reine-Nègre, haïe par les ultra-nationalistes québécois, VLB n'oublie pas d'autres bêtes noires habituelles de ce milieu (voir par exemple ceci). En page 297 on trouve ainsi un texte de deux pages, intitulé "Israël, l'Occident et le cochon". Le titre en soi est tout un poème. Le contenu est éclairant, pour ne pas dire illuminé. Extraits:
"... les Juifs, en tant que seul peuple élu de Dieu, ont toujours mis le droit au-dessus de tout et considéré la justice comme une corruption affaiblissante de celui-ci. Il n'y a donc jamais eu de justice en royaume de Judée et il n'y en a pas davantage, deux mille ans plus tard, en pays d'Israël."
"... l'État d'Israël (...) n'agit même pas par amour de lui-même, mais par haine des autres. Passé maître dans l'art de jouer à la victime, cet État-là ne jouit vraiment que lorsqu'il est victimaire."
"L'Ancien Testament est plein de ces batailles préventives contre les supposés ennemis de la Judée: de l'assassinat sélectif à la guerre totale, du génocide à l'extermination absolue, les armes du droit judaïque ne connaissent pas la mesure, elles permettent même l'inceste pour que les mères juives puissent remplacer impunément les soldats qui manquent sur les presque éternels champs-charniers de bataille."
"Que sont donc ces guerres contre la Palestine et le Liban, sinon des guerres d'extermination, sinon des génocides odieux qui devraient, nous Occidentaux, nous couleurer du rouge de la honte de la tête aux pieds parce que ne dire mot, c'est consentir (...)"
VLB affirme ensuite que si un pays musulman s'avisait d'agir comme Israël, il serait vite condamné et envahi par "l'Occident" (1). Il pose alors la question:
"Pourquoi n'en fait-on rien avec cet Israël belliqueux, haineux et totalitaire, pour ne pas dire simplement hitlérien?"
La Reine-Nègre, aux éditions Trois-Pistoles, 2010.
*****
(1) Plusieurs exemples de l'histoire récente prouve qu'il n'en est évidemment rien. Irakiens et Iraniens ont pu se massacrer allègrement pendant dix ans sans que "l'Occident" ne fasse rien d'autre que leur vendre des armes. Les guerres internes au Soudan, bien plus sanglantes à elles seules que la totalité du conflit israélo-arabe, sont un autre exemple.
Son titre: La Reine-Nègre, en "hommage" à Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada... et d'origine haïtienne.
Outre les vaticinations habituelles contre la Reine-Nègre, haïe par les ultra-nationalistes québécois, VLB n'oublie pas d'autres bêtes noires habituelles de ce milieu (voir par exemple ceci). En page 297 on trouve ainsi un texte de deux pages, intitulé "Israël, l'Occident et le cochon". Le titre en soi est tout un poème. Le contenu est éclairant, pour ne pas dire illuminé. Extraits:
"... les Juifs, en tant que seul peuple élu de Dieu, ont toujours mis le droit au-dessus de tout et considéré la justice comme une corruption affaiblissante de celui-ci. Il n'y a donc jamais eu de justice en royaume de Judée et il n'y en a pas davantage, deux mille ans plus tard, en pays d'Israël."
"... l'État d'Israël (...) n'agit même pas par amour de lui-même, mais par haine des autres. Passé maître dans l'art de jouer à la victime, cet État-là ne jouit vraiment que lorsqu'il est victimaire."
"L'Ancien Testament est plein de ces batailles préventives contre les supposés ennemis de la Judée: de l'assassinat sélectif à la guerre totale, du génocide à l'extermination absolue, les armes du droit judaïque ne connaissent pas la mesure, elles permettent même l'inceste pour que les mères juives puissent remplacer impunément les soldats qui manquent sur les presque éternels champs-charniers de bataille."
"Que sont donc ces guerres contre la Palestine et le Liban, sinon des guerres d'extermination, sinon des génocides odieux qui devraient, nous Occidentaux, nous couleurer du rouge de la honte de la tête aux pieds parce que ne dire mot, c'est consentir (...)"
VLB affirme ensuite que si un pays musulman s'avisait d'agir comme Israël, il serait vite condamné et envahi par "l'Occident" (1). Il pose alors la question:
"Pourquoi n'en fait-on rien avec cet Israël belliqueux, haineux et totalitaire, pour ne pas dire simplement hitlérien?"
La Reine-Nègre, aux éditions Trois-Pistoles, 2010.
*****
(1) Plusieurs exemples de l'histoire récente prouve qu'il n'en est évidemment rien. Irakiens et Iraniens ont pu se massacrer allègrement pendant dix ans sans que "l'Occident" ne fasse rien d'autre que leur vendre des armes. Les guerres internes au Soudan, bien plus sanglantes à elles seules que la totalité du conflit israélo-arabe, sont un autre exemple.
mercredi 30 décembre 2009
La peau de l'ennemi
Le petit tsunami provoqué par les "révélations" de Donald Boström (voir cet autre billet) n'en finit pas de faire des vagues.
Étant donné que personne n'a la moindre preuve -et pour cause- que des Israéliens ont enlevé et tué de jeunes Arabes palestiniens afin de voler leurs organes, les amateurs de la "critique" permanente d'Israël se rabattent sur ce qu'ils trouvent. Dans ce cas précis, ils raclent les fonds de tiroirs pour ressortir triomphalement tout ce qui concerne un prélèvement ou trafic d'organes impliquant au moins un Israélien.
Nouvelles (?) révélations
Nancy Scheper-Hughes, professeur d'anthropologie à l'Université de California-Berkeley a récemment dévoilé une entrevue datant de l'an 2000 faite avec un certain Yehuda Hiss, ancien directeur de l'Institut médico-légal d'Abu Kabir, près de Tel-Aviv.
Qu'a donc dit M. Hiss? Que dans les années 90, des spécialistes à Abu Kabir avaient prélevé de la peau, des cornées, des valves cardiaques et des os sur des corps qui passaient par l'Institut (1). Ces prélèvements se faisaient sans la moindre considération pour l'origine des personnes, les défunts étaient Israéliens (civils ou militaires), Palestiniens, voire même des étrangers qui travaillaient et vivaient en Israël. M. Hiss ajoutait que l'accord des familles n'était ni nécessaire ni demandé et que les spécialistes agissaient avec discrétion. Cela n'a pas empêché que des familles (juives ou arabes) protestent.
[Précisons que la loi israélienne, qui était floue dans le passé, a récemment été mise à jour. Une autorisation est désormais requise. Il est même possible de trouver un formulaire en ligne, le remplir, le signer, puis le retourner par fax à l'organisme public qui centralise ces données.]
Dans les médias (pas uniquement anti-"sionistes") cette entrevue vieille de neuf ans mais tout récemment dévoilée est devenue: Israël: des organes ont été prélevés sur des Palestiniens (NouvelObs). Dans le corps de l'article, le site NouvelObs est très évasif sur la nationalité des défunts: "des corps, notamment palestiniens". La présentation des "faits" par NouvelObs est très intéressante:
The Guardian, journal britannique de gauche, a publié lui aussi un article reprenant la nouvelle, avec un titre identique à celui de NouvelObs: Israel admits harvesting Palestinian organs (The Guardian, 21 décembre). Mais le titre de l'édition Internet a été modifié et est devenu: Doctor admits Israeli pathologists harvested organs without consent (The Guardian).
La différence est de taille. Le Guardian a expliqué la raison de cette modification:
Regardons un peu le contenu de la "nouvelle". La dépêche reprise par tous les médias fait systématiquement référence à l'article initial de Boström. Le rapport entre Boström et Hiss est pourtant fortement tiré par les cheveux, mais comme d'habitude lorsqu'il s'agit d'Israël il suffit que des mots se ressemblent pour qu'on établisse un lien. Les mots magiques, dans ce cas, sont "prélèvements d'organes", "trafic d'organes" et "sans autorisation de la famille" (ou du défunt).
Le Dr. Hiss n'a jamais dit -et pour cause (bis)- que l'armée israélienne abattait de jeunes Arabes pour les transporter ensuite à Abu Kabir à des fins de prélèvements, ni que ces prélèvements servaient à alimenter le marché noir, mais qu'importe! Il suffit qu'au moins un prélèvement ait été fait sur au moins un Arabe palestinien sans autorisation de sa famille pour alimenter la machine à ragots (re)lancée cet été par Aftonbladet.
Scientifique et militant, c'est possible
Comme le précisent les médias, l'entrevue du Dr. Hiss dévoilée par Nancy Scheper-Hughes date de... 2000. Mme Scheper-Hughes se définit comme une "anthropologue militante". Elle a fait un voyage en URSS (vers 1959, 1960) mais ne s'étend pas trop sur le sujet, et de retour aux States a milité pour les droits civiques des Noirs (là, je lève mon chapeau) et au sein de Peace Corps.
Question: si cette entrevue est aussi choquante que certains veulent le croire, pourquoi la fondatrice d'Organs Watch (2) a-t-elle attendu neuf ans pour la faire connaître?
Comme on peut le lire par exemple sur le site NouvelObs, Scheper-Hughes a "sorti" l'info à cause, précisément, des réactions à l'article de Boström: "[Nancy Scheper-Hughes] a décidé de ne le rendre public maintenant en raison d'une controverse qui a éclaté l'été dernier".
Pour en savoir un peu plus il n'est pas inutile de lire un article d'Alison Weir intitulé Special Report. Israeli Organ Trafficking and Theft: From Moldova to Palestine, publié par le Washington Report on Middle East Affairs (WRMEA) de novembre 2009, pp. 15-17. L'article est disponible sur le site Internet du magazine. Le WRMEA est un média US qui semble particulièrement "critique" envers Israël, pour dire le moins.
Une chouette bande de bons copains
Alison Weir contribue au WRMEA dont le responsable (publisher) est Andrew Killgore. Weir et Killgore sont aussi deux dirigeants de l'organisation If Americans Knew (Si les Américains savaient... sous-entendu, si les Américains savaient la vérité sur Israël, ils deviendraient anti-israéliens).
Weir part du principe que l'article de Boström présentait de bons éléments de preuve (grisly evidence suggesting that Israel had been taking Palestinian internal organs) mais que les Israéliens ont comme d'habitude hurlé à "l'antisémitisme" (les guillemets sont d'elle).
Elle affirme ensuite que les prélèvements d'organes en Israël sont documentés depuis de nombreuses années (3). C'est exact, mais ça n'a pas grand-chose à voir avec le pamphlet d'Aftonbladet.
Weir s'appuie largement sur les travaux de Scheper-Hughes, qu'elle cite à plusieurs reprises (mais rien n'indique qu'elles se connaissent ou s'apprécient).
À propos du commerce des organes, Scheper-Hughes aurait déclaré: "Israël est au sommet. Il a des tentacules partout dans le monde" (Israel is at the top. It has tentacles reaching out worldwide.)
S'il est exact que des Israéliens trempent dans le commerce des organes, il est intéressant de voir une anthropologue parler des "tentacules" israéliens. L'image est pour le moins malheureuse (le thème de la pieuvre est un classique de la littérature judéophobe; se référer par exemple à l'ouvrage de Joël et Dan Kotek, Au nom de l'antisionisme, Éd. Complexe)
Quant à voir Israël au "sommet" en matière de commerce d'organes, je suis perplexe. Le communiqué de l'université de Berkeley en 1999 annonçant la création d'Organs Watch ne mentionne même pas Israël (il est par contre question de l'Afrique du Sud, du Brésil, de l'Inde, de la Chine, et des USA). Dans une longue entrevue de 2004 accordée à Three Monkeys Online (4) sur le sujet du trafic mondial des organes, Scheper-Hughes mentionne -parmi d'autres cas- un intermédiaire israélien impliqué dans un "échange" de reins entre des donneurs brésiliens (vivants) et des receveurs israéliens: Dispelling the myth. The realities of organ trafficking. Professor Nancy Scheper-Hughes in interview (novembre 2004).
En 2004 pourtant, Scheper-Hughes avait déjà dans son tiroir depuis 4 ans les déclarations du Dr. Yehuda Hiss. Israël aurait-il atteint le "sommet" entre 2004 et 2009?
La faute à la Shoah ?
Scheper-Hughes (toujours citée par Alison Weir) va un peu plus loin. Dans un exposé l'anthropologue aurait déclaré percevoir deux motivations aux trafiquants israéliens: l'appât du gain, bien sûr, mais aussi "une vengeance, une restitution - en réparation de l'Holocauste" (Revenge, restitution—reparation for the Holocaust).
Des intermédiaires -et même des médecins- israéliens (qu'elle ne nomme pas) auraient même dit à Scheper-Hughes: "c'est une sorte d'œil pour œil dent pour dent. Nous prendrons tous les reins, foies et coeurs que nous pourrons. Le monde nous le doit." (it’s kind of ‘an eye for an eye and a tooth for a tooth. We’re going to get every single kidney and liver and heart that we can. The world owes it to us)
Toujours dans le cadre de cette analyse psychologique de comptoir, l'anthropologue voit dans de simples prélèvements de peau (nécessaires pour le traitement des grands brûlés) un lourd symbole: il s'agirait de "prendre la peau de la population perçue comme ennemie" (5)
Et la clinique de greffe de cheveux de l'oncle Shlomo, c'est pour scalper l'ennemi?
Comme le dit Alison Weir dans son article, Israël est unique de bien des manières (Israel is unique in several significant ways). Unique de par l'hystérie qu'il suscite, sans aucun doute.
Propagande et vieilles rengaines
L'article de Weir ne se base pas que sur Scheper-Hughes. C'est en fait un résumé très complet de toutes les rumeurs circulant sur les Israéliens "voleurs d'organes". Elle va même jusqu'à insinuer que dans au moins un cas (celui d'Abraham Sadegat en 1968), il est possible, peut-être même probable, que le cœur ait été prélevé alors qu'il battait encore (Sadegat’s medical condition before his heart was removed has not been made public. It is possible—perhaps probable—that up until his heart was removed it was still beating)
Elle cite également l'agence de presse de la République islamique d'Iran (A 2002 news story from IRNA) et Yasser Arafat interviewé par Al-Jazeera. La citation du vieux chef est claire et correspond bien au personnage: "Ils assassinent nos enfants et utilisent leurs organes comme pièces de rechange" (They murder our kids and use their organs as spare parts)
Pour faire bon poids, Weir ajoute un petit rappel sur le "racisme" et le "chauvinisme" du judaïsme. Elle affirme ainsi que la Loi juive permet "probablement" que l'on prenne l'organe d'un non-juif innocent qui passe par là afin de sauver la vie d'un Juif. Elle affirme baser son délire sur deux rabbins. Honnête journaliste, Alison Weir écrit que "Bien qu'il soit impossible de savoir si des Israéliens ont déjà agi en fonction de ces autorisations religieuses de tuer un non-juif afin de fournir des organes à des Juifs, certains observateurs considèrent que c'est une possibilité" (While it is impossible to know whether any Israelis have ever acted on such religious permission to kill a non-Jew in order to provide body parts to Jews, some observers have considered this a possibility)
À ce stade on n'est plus très surpris de voir le nom d'Israel Shahak apparaître à l'appui de telles élucubrations (Weir mentionne son ouvrage Jewish History, Jewish Religion). Note rapide: Shahak était un chimiste israélien. Il a développé une obsession maladive envers la religion juive. Ses "travaux" servent de source à nombre de "critiques" d'Israël (voir par exemple Werner Cohn).
Des pétitionnaires pour la Vérité
En conclusion de son article délirant, qui mélange habilement informations et ragots, WRMEA invite le lecteur indigné (comment ne pas l'être?) à ajouter son nom à une pétition. Le but de la pétition est d'obtenir une enquête sur les "possibles" crimes de guerre israéliens (dans ce cas, les "vols d'organes").
Les organisateurs font bien évidemment référence à l'article de Boström et aux propos de Scheper-Hughes, parmi d'autres sources. Le soutien aux thèses de Boström est explicite: "En tant que personnes profondément concernées par les droits humains (...) nous soutenons Donald Boström et Aftonbladet dans leur décision de publier l'article 'On pille les organes de nos fils'. Nous saluons le refus du gouvernement suédois de se soumettre aux pressions israéliennes à l'encontre de la liberté de la presse. Nous appuyons les appels à une enquête et exhortons le Comité International de la Croix Rouge et autres tribunaux compétents à entreprendre une enquête fouillée et impartiale des allégations selon lesquelles les Israéliens ont illégalement pris des organes à des Palestiniens" (6)
Parmi les soutiens officiels de la pétition on retrouve If Americans Knew, d'Alison Weir.
Weir a bien évidemment signé cette pétition "pour une enquête impartiale". Elle est en 3e position sur la liste des signataires.
Mais on trouve d'autres personnes, plus ou moins intéressantes. Leurs commentaires traduisent fort bien leurs inquiétudes... et souvent aussi leurs paranoïas:
Michelle J. Kinnucan est le nom de l'auteur d'un article passionnant sur les scandaleuses célébrations entourant la fête nationale israélienne. Elle y voit une célébration triomphante du racisme et du génocide: "The Jewish Federation's triumphal celebration of racism and genocide would be a travesty anywhere but such a display of wealth and power is even more egregious in a place like the State Fair neighborhood" (Palestine Chronicle). Salut à Z-Word Blog au passage.
On trouve au moins un pasteur, Edward P., qui recommande de "rester fort" (stay strong). Le bon berger a eu jadis des soucis avec la justice dans une sombre histoire d'achats de votes lors d'une élection... des broutilles (7). D'ailleurs ses amis le disent franchement, il a été condamné parce le jury était composé de Blancs et le juge était corrompu (8).
R. E., du Texas, a signé. Il a aussi donné 400$ à la campagne de Barack Obama en 2008 (Political Contributions). Comme quoi on peut être Démocrate et parfaitement "gullible".
Darlene Wallach profite de la pétition pour écrire que "This is beyond disgusting, atrocious, dispicable! Those participating must be held accountable!". Darlene Wallach, c'est aussi le nom d'une membre de Free Gaza Activists. Avec d'autres personnes elle a pris deux fois le bateau pour "briser le blocus" de Gaza.
R.H. écrit en commentaire: "Zionist butchers!". En voilà un qui a été convaincu par la rhétorique Weirienne.
I. S. pense qu'il faut mettre un terme aux crimes sionistes: "The criminal zionists need to be stopped before many more crimes are done by them"
Selon S. Al-M., le vol d'organes est contre l'éthique, la décence et la religion "y compris le judaïsme". Il ajoute dans la foulée que c'est particulièrement honteux lorsque le vol d'organes est commis par des rabbins juifs! Le pléonasme est offert, sans frais supplémentaire (Organs theft is whither by Jews or otherwise is against any standard of decency, ethics, religions including Judaism itself, human rights. It is mean and digusting. It is shameful specially when committed by Jewish rabbis who are supposed to be, instead, a guidance to their followers)
Eleanor O. commente ainsi: "The UN pictures of White Phosphorous being dropped intentionally on civilians in Gaza by Israel last January is another crime that Israel should be prosecuted for, along with the American corporations which devise and sell such weapons. It seems this "law-abiding" nation is anything but that!" Elle peut donner des leçons en matière de ventes d'armes et d'observation des lois internationales puisqu'elle fait partie du American-Iranian Friendship Committee.
Mark Dankof laisse un commentaire de soutien assez long dans lequel il félicite ses "bons amis" Alison Weir, mais aussi Chuck Carlson de We Hold These Truths (une organisation chrétienne plutôt anti-israélienne semble-t-il): "My good friends Alison Weir of If Americans Knew, and Chuck Carlson of We Hold These Truths, are among those doing an invaluable service for the world in attempting to get at the bottom of the latest tragedy involving the State of Israel. The organ harvesting and trafficking scandal, along with the USS Liberty tragedy, the Gaza genocide, and the Pollard/AIPAC spy cases, begs the question as to how much longer American conservatives specifically, and the American public generally, will allow the Israeli lobby to operate with complete impunity in its control of the media and government of the United States. Enough is enough"
M. Dankof est animateur sur RBN Radio, auteur, activiste etc., "membre de l'aile Taft/Buchanan du Parti Républicain". Un de ses récents invités était "Dr." David Duke, extrémiste de droite, ex-membre du KKK et auteur de "Jewish Supremacism: My Awakening to the Jewish Question". Ah, le suprémacisme juif...
J'ai gardé le meilleur (?) pour la fin. En 2e position sur la liste des signataires on trouve un certain Imad Mughniyah, Beirut. Soit il s'agit d'un homonyme, soit c'est un cas de communication avec l'au-delà. Imad Mughniyah était le nom d'un chef du Hezbollah. Il a été victime d'un attentat à Damas début 2008.
Conclusion (temporaire ?)
Comme souvent, on constate que des gens intelligents, des gens qui s'engagent pour soulager les souffrances d'autrui, ne sont pas immunisés contre la bêtise; plusieurs mettent leur esprit critique en berne et adoptent une vision proprement paranoïaque dès qu'il est question d'Israël.
Des agitateurs judéophobes profitent de cette hystérie ambiante.
Le problème du prélèvement d'organes "sauvage" (qui n'implique pas nécessairement un trafic) n'est pourtant pas propre à Israël; voir par exemple cette enquête actuelle en Grande-Bretagne (The Telegraph, merci à G.)
Comme tout commerce, légal ou pas, le trafic d'organes est fondé sur l'offre et la demande. Tant qu'il y aura des pauvres et tant qu'il y aura des malades en attente d'une greffe, le commerce continuera. Autant dire qu'on n'est pas sortis de l'auberge.
Vous ne trouverez pas cette info chez les anti-"sionistes" mais des Israéliens (y compris juifs, eh oui) s'efforcent de lutter contre les trafics et l'exploitation de la misère humaine. Lire par exemple ce texte de Yaakov Lavi (orthographe alternative Jacob Lavee) sur le site de Haaretz. L'auteur est directeur de l'unité de transplantation cardiaque au Centre médical Sheba de Tel-Hashomer, en Israël (autant dire qu'Alison Weir ne signera jamais de pétition en sa faveur...)
Y. Lavi constate qu'Israël est mal placé en matière de dons d'organes. Un adulte sur dix seulement aurait une carte d'autorisation de prélèvement. Il a même rencontré des malades en attende de greffe qui lui ont confié qu'eux-mêmes refuseraient de donner les organes d'un proche, s'il venait à mourir! [Nancy Scheper-Hughes, qui peut très bien faire des observations pertinentes, pense que les pays musulmans ainsi qu'Israël ont des difficultés dans ce domaine car leurs habitants auraient souvent l'impression que le don d'organes contrevient à des préceptes religieux.]
Lavi suggère une solution originale: introduire un nouveau critère afin d'établir la liste d'attente des malades. Parallèlement aux critères médicaux habituels (qui resteraient prépondérants), il propose de prendre en considération l'attitude du patient envers le don d'organes. Toutes choses égales par ailleurs, un patient qui aurait signé -un an ou deux auparavant- une autorisation de don grimperait un peu plus haut dans la liste d'attente.
Augmenter le nombre des dons est sans doute le meilleur moyen de tarir le trafic.
Dans cette conclusion nous nous sommes bien éloignés d'Aftonbladet et de If Americans Knew. C'est normal: Jacob Lavee n'a pas encore fait don de son cerveau. Et lui il s'en sert.
Vous êtes dégoûté par le commerce des organes? Signez une autorisation de prélèvement! Ce sera cent fois plus efficace que de signer une pétition débile. Au fait, combien de personnes parmi les 500 et quelques signataires de la pétition de Weir & Cie sont des donneurs d'organes? On se le demande...
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NOTES
(1) "... in the 1990s, specialists at Abu Kabir harvested skin, corneas, heart valves and bones from the bodies of Israeli soldiers, Israeli citizens, Palestinians and foreign workers, often without permission from relatives"
(2) Organs Watch est une organisation californienne créée en 1999. Son centre d'intérêt est le commerce des organes à travers le monde. Nancy Scheper-Hughes est un des quatre fondateurs - source Univ. de Californie, Berkeley.
(3) The fact is, however, that Israeli organ harvesting—sometimes with Israeli governmental funding and the participation of high Israeli officials, prominent Israeli physicians, and Israeli ministries—has been documented for many years.
(4) Three Monkeys Online se présente ainsi: "a free current affairs and arts magazine, produced by writers in Ireland, Italy, Spain and the UK. The Magazine was founded in 2004 by a small group of writers with a clear idea that internet publishing could be about more than simply gossip, conspiracy theories, and dodgy you tube videos. It doesn't have to focus on Paris Hilton. It can be about in-depth interviews, debates, intelligent opinion pieces, and reviews. We hope you enjoy our take on what an online magazine can and should be"
(5) Scheper-Hughes said that while Palestinians were "by a long shot" not the only ones affected by the practice in the 1990s, she felt the interview must be made public now because "the symbolism, you know, of taking skin of the population considered to be the enemy, (is) something, just in terms of its symbolic weight, that has to be reconsidered." (NY Times)
(6) As people deeply concerned with human rights, we believe it is essential to listen respectfully when occupied people speak about war crimes committed against them. Therefore, we support Donald Boström and Aftonbladet in their decision to publish "Our sons plundered for their organs." We salute the Swedish government's refusal to submit to Israeli pressure and undermine the freedom of the press. We support calls for an investigation and urge the International Committee of the Red Cross, and other competent tribunals to undertake a thorough, impartial investigation of allegations that Israelis have unlawfully removed organs from Palestinians.
(7) In 2007, P. was convicted for paying people $5 to vote in a recall election for a congressional seat in Michigan's 6th District that he lost. He warned that the Lord would smite the judge who sentenced him to probation with "consumption and with a fever and with an inflammation and with extreme burning," referring to a passage in Deuteronomy (USA Today).
(8) This conviction was made possible by a biased jury - and the corrupt Judge, courts, police, and prosecution (...) the prosecution's first victory came when an all-white, middle-class jury was selected. (Blog)
Étant donné que personne n'a la moindre preuve -et pour cause- que des Israéliens ont enlevé et tué de jeunes Arabes palestiniens afin de voler leurs organes, les amateurs de la "critique" permanente d'Israël se rabattent sur ce qu'ils trouvent. Dans ce cas précis, ils raclent les fonds de tiroirs pour ressortir triomphalement tout ce qui concerne un prélèvement ou trafic d'organes impliquant au moins un Israélien.
Nouvelles (?) révélations
Nancy Scheper-Hughes, professeur d'anthropologie à l'Université de California-Berkeley a récemment dévoilé une entrevue datant de l'an 2000 faite avec un certain Yehuda Hiss, ancien directeur de l'Institut médico-légal d'Abu Kabir, près de Tel-Aviv.
Qu'a donc dit M. Hiss? Que dans les années 90, des spécialistes à Abu Kabir avaient prélevé de la peau, des cornées, des valves cardiaques et des os sur des corps qui passaient par l'Institut (1). Ces prélèvements se faisaient sans la moindre considération pour l'origine des personnes, les défunts étaient Israéliens (civils ou militaires), Palestiniens, voire même des étrangers qui travaillaient et vivaient en Israël. M. Hiss ajoutait que l'accord des familles n'était ni nécessaire ni demandé et que les spécialistes agissaient avec discrétion. Cela n'a pas empêché que des familles (juives ou arabes) protestent.
[Précisons que la loi israélienne, qui était floue dans le passé, a récemment été mise à jour. Une autorisation est désormais requise. Il est même possible de trouver un formulaire en ligne, le remplir, le signer, puis le retourner par fax à l'organisme public qui centralise ces données.]
Dans les médias (pas uniquement anti-"sionistes") cette entrevue vieille de neuf ans mais tout récemment dévoilée est devenue: Israël: des organes ont été prélevés sur des Palestiniens (NouvelObs). Dans le corps de l'article, le site NouvelObs est très évasif sur la nationalité des défunts: "des corps, notamment palestiniens". La présentation des "faits" par NouvelObs est très intéressante:
Le Dr Hiss a fait ces déclarations en 2000 à un universitaire américain. Ce dernier a décidé de ne le rendre public maintenant en raison d'une controverse qui a éclaté l'été dernier. Un article d'un journal suédois avait laissé entendre que des soldats israéliens tuaient des Palestiniens pour faire commerce de leurs organes. Des allégations qu'Israël a vivement démenties.Le découpage des paragraphes et le flou de la formulation pourrait laisser penser que "l'armée israélienne a reconnu que les faits avait eu lieu" fait référence à "Un article d'un journal suédois avait laissé entendre que des soldats israéliens tuaient des Palestiniens pour faire commerce de leurs organes" et non pas à "des cornées ont été prélevées sur des cadavres de manière extrêmement informelle".
Des extraits de l'entretien ont été diffusés ce week-end sur la 2e chaîne de télévision israélienne. Le Dr Jehuda Hiss précise que des cornées ont été prélevées sur des cadavres "de manière extrêmement informelle. Aucune autorisation n'était demandée à la famille".
En réponse à ce reportage, l'armée israélienne a reconnu que les faits avait [sic] eu lieu. L'activité a cessé il y a dix ans et cela n'arrive plus, d'après un communiqué de Tsahal repris par la télévision.
The Guardian, journal britannique de gauche, a publié lui aussi un article reprenant la nouvelle, avec un titre identique à celui de NouvelObs: Israel admits harvesting Palestinian organs (The Guardian, 21 décembre). Mais le titre de l'édition Internet a été modifié et est devenu: Doctor admits Israeli pathologists harvested organs without consent (The Guardian).
La différence est de taille. Le Guardian a expliqué la raison de cette modification:
We should not have put the headline “Israel admits harvesting Palestinian organs” on a story about an admission, by the former head of the Abu Kabir forensic institute near Tel Aviv, that during the 1990s specialists at the institute harvested organs from the bodies of Israeli soldiers, Israeli citizens, Palestinians and foreign workers without getting permission from the families of the deceased (21 December, page 15). That headline did not match the article, which made clear that the organs were not taken only from Palestinians. This was a serious editing error and the headline has been changed online to reflect the text of the story written by the reporter.Le titre ne reflétait pas le contenu de l'article. Il était suffisamment inexact et trompeur pour que le Guardian, journal pourtant connu pour ses vives "critiques" d'Israël, le modifie radicalement.
Regardons un peu le contenu de la "nouvelle". La dépêche reprise par tous les médias fait systématiquement référence à l'article initial de Boström. Le rapport entre Boström et Hiss est pourtant fortement tiré par les cheveux, mais comme d'habitude lorsqu'il s'agit d'Israël il suffit que des mots se ressemblent pour qu'on établisse un lien. Les mots magiques, dans ce cas, sont "prélèvements d'organes", "trafic d'organes" et "sans autorisation de la famille" (ou du défunt).
Le Dr. Hiss n'a jamais dit -et pour cause (bis)- que l'armée israélienne abattait de jeunes Arabes pour les transporter ensuite à Abu Kabir à des fins de prélèvements, ni que ces prélèvements servaient à alimenter le marché noir, mais qu'importe! Il suffit qu'au moins un prélèvement ait été fait sur au moins un Arabe palestinien sans autorisation de sa famille pour alimenter la machine à ragots (re)lancée cet été par Aftonbladet.
Scientifique et militant, c'est possible
Comme le précisent les médias, l'entrevue du Dr. Hiss dévoilée par Nancy Scheper-Hughes date de... 2000. Mme Scheper-Hughes se définit comme une "anthropologue militante". Elle a fait un voyage en URSS (vers 1959, 1960) mais ne s'étend pas trop sur le sujet, et de retour aux States a milité pour les droits civiques des Noirs (là, je lève mon chapeau) et au sein de Peace Corps.
Question: si cette entrevue est aussi choquante que certains veulent le croire, pourquoi la fondatrice d'Organs Watch (2) a-t-elle attendu neuf ans pour la faire connaître?
Comme on peut le lire par exemple sur le site NouvelObs, Scheper-Hughes a "sorti" l'info à cause, précisément, des réactions à l'article de Boström: "[Nancy Scheper-Hughes] a décidé de ne le rendre public maintenant en raison d'une controverse qui a éclaté l'été dernier".
Pour en savoir un peu plus il n'est pas inutile de lire un article d'Alison Weir intitulé Special Report. Israeli Organ Trafficking and Theft: From Moldova to Palestine, publié par le Washington Report on Middle East Affairs (WRMEA) de novembre 2009, pp. 15-17. L'article est disponible sur le site Internet du magazine. Le WRMEA est un média US qui semble particulièrement "critique" envers Israël, pour dire le moins.
Une chouette bande de bons copains
Alison Weir contribue au WRMEA dont le responsable (publisher) est Andrew Killgore. Weir et Killgore sont aussi deux dirigeants de l'organisation If Americans Knew (Si les Américains savaient... sous-entendu, si les Américains savaient la vérité sur Israël, ils deviendraient anti-israéliens).
Weir part du principe que l'article de Boström présentait de bons éléments de preuve (grisly evidence suggesting that Israel had been taking Palestinian internal organs) mais que les Israéliens ont comme d'habitude hurlé à "l'antisémitisme" (les guillemets sont d'elle).
Elle affirme ensuite que les prélèvements d'organes en Israël sont documentés depuis de nombreuses années (3). C'est exact, mais ça n'a pas grand-chose à voir avec le pamphlet d'Aftonbladet.
Weir s'appuie largement sur les travaux de Scheper-Hughes, qu'elle cite à plusieurs reprises (mais rien n'indique qu'elles se connaissent ou s'apprécient).
À propos du commerce des organes, Scheper-Hughes aurait déclaré: "Israël est au sommet. Il a des tentacules partout dans le monde" (Israel is at the top. It has tentacles reaching out worldwide.)
S'il est exact que des Israéliens trempent dans le commerce des organes, il est intéressant de voir une anthropologue parler des "tentacules" israéliens. L'image est pour le moins malheureuse (le thème de la pieuvre est un classique de la littérature judéophobe; se référer par exemple à l'ouvrage de Joël et Dan Kotek, Au nom de l'antisionisme, Éd. Complexe)
Quant à voir Israël au "sommet" en matière de commerce d'organes, je suis perplexe. Le communiqué de l'université de Berkeley en 1999 annonçant la création d'Organs Watch ne mentionne même pas Israël (il est par contre question de l'Afrique du Sud, du Brésil, de l'Inde, de la Chine, et des USA). Dans une longue entrevue de 2004 accordée à Three Monkeys Online (4) sur le sujet du trafic mondial des organes, Scheper-Hughes mentionne -parmi d'autres cas- un intermédiaire israélien impliqué dans un "échange" de reins entre des donneurs brésiliens (vivants) et des receveurs israéliens: Dispelling the myth. The realities of organ trafficking. Professor Nancy Scheper-Hughes in interview (novembre 2004).
En 2004 pourtant, Scheper-Hughes avait déjà dans son tiroir depuis 4 ans les déclarations du Dr. Yehuda Hiss. Israël aurait-il atteint le "sommet" entre 2004 et 2009?
La faute à la Shoah ?
Scheper-Hughes (toujours citée par Alison Weir) va un peu plus loin. Dans un exposé l'anthropologue aurait déclaré percevoir deux motivations aux trafiquants israéliens: l'appât du gain, bien sûr, mais aussi "une vengeance, une restitution - en réparation de l'Holocauste" (Revenge, restitution—reparation for the Holocaust).
Des intermédiaires -et même des médecins- israéliens (qu'elle ne nomme pas) auraient même dit à Scheper-Hughes: "c'est une sorte d'œil pour œil dent pour dent. Nous prendrons tous les reins, foies et coeurs que nous pourrons. Le monde nous le doit." (it’s kind of ‘an eye for an eye and a tooth for a tooth. We’re going to get every single kidney and liver and heart that we can. The world owes it to us)
Toujours dans le cadre de cette analyse psychologique de comptoir, l'anthropologue voit dans de simples prélèvements de peau (nécessaires pour le traitement des grands brûlés) un lourd symbole: il s'agirait de "prendre la peau de la population perçue comme ennemie" (5)
Et la clinique de greffe de cheveux de l'oncle Shlomo, c'est pour scalper l'ennemi?
Comme le dit Alison Weir dans son article, Israël est unique de bien des manières (Israel is unique in several significant ways). Unique de par l'hystérie qu'il suscite, sans aucun doute.
Propagande et vieilles rengaines
L'article de Weir ne se base pas que sur Scheper-Hughes. C'est en fait un résumé très complet de toutes les rumeurs circulant sur les Israéliens "voleurs d'organes". Elle va même jusqu'à insinuer que dans au moins un cas (celui d'Abraham Sadegat en 1968), il est possible, peut-être même probable, que le cœur ait été prélevé alors qu'il battait encore (Sadegat’s medical condition before his heart was removed has not been made public. It is possible—perhaps probable—that up until his heart was removed it was still beating)
Elle cite également l'agence de presse de la République islamique d'Iran (A 2002 news story from IRNA) et Yasser Arafat interviewé par Al-Jazeera. La citation du vieux chef est claire et correspond bien au personnage: "Ils assassinent nos enfants et utilisent leurs organes comme pièces de rechange" (They murder our kids and use their organs as spare parts)
Pour faire bon poids, Weir ajoute un petit rappel sur le "racisme" et le "chauvinisme" du judaïsme. Elle affirme ainsi que la Loi juive permet "probablement" que l'on prenne l'organe d'un non-juif innocent qui passe par là afin de sauver la vie d'un Juif. Elle affirme baser son délire sur deux rabbins. Honnête journaliste, Alison Weir écrit que "Bien qu'il soit impossible de savoir si des Israéliens ont déjà agi en fonction de ces autorisations religieuses de tuer un non-juif afin de fournir des organes à des Juifs, certains observateurs considèrent que c'est une possibilité" (While it is impossible to know whether any Israelis have ever acted on such religious permission to kill a non-Jew in order to provide body parts to Jews, some observers have considered this a possibility)
À ce stade on n'est plus très surpris de voir le nom d'Israel Shahak apparaître à l'appui de telles élucubrations (Weir mentionne son ouvrage Jewish History, Jewish Religion). Note rapide: Shahak était un chimiste israélien. Il a développé une obsession maladive envers la religion juive. Ses "travaux" servent de source à nombre de "critiques" d'Israël (voir par exemple Werner Cohn).
Des pétitionnaires pour la Vérité
En conclusion de son article délirant, qui mélange habilement informations et ragots, WRMEA invite le lecteur indigné (comment ne pas l'être?) à ajouter son nom à une pétition. Le but de la pétition est d'obtenir une enquête sur les "possibles" crimes de guerre israéliens (dans ce cas, les "vols d'organes").
Les organisateurs font bien évidemment référence à l'article de Boström et aux propos de Scheper-Hughes, parmi d'autres sources. Le soutien aux thèses de Boström est explicite: "En tant que personnes profondément concernées par les droits humains (...) nous soutenons Donald Boström et Aftonbladet dans leur décision de publier l'article 'On pille les organes de nos fils'. Nous saluons le refus du gouvernement suédois de se soumettre aux pressions israéliennes à l'encontre de la liberté de la presse. Nous appuyons les appels à une enquête et exhortons le Comité International de la Croix Rouge et autres tribunaux compétents à entreprendre une enquête fouillée et impartiale des allégations selon lesquelles les Israéliens ont illégalement pris des organes à des Palestiniens" (6)
Parmi les soutiens officiels de la pétition on retrouve If Americans Knew, d'Alison Weir.
Weir a bien évidemment signé cette pétition "pour une enquête impartiale". Elle est en 3e position sur la liste des signataires.
Mais on trouve d'autres personnes, plus ou moins intéressantes. Leurs commentaires traduisent fort bien leurs inquiétudes... et souvent aussi leurs paranoïas:
Michelle J. Kinnucan est le nom de l'auteur d'un article passionnant sur les scandaleuses célébrations entourant la fête nationale israélienne. Elle y voit une célébration triomphante du racisme et du génocide: "The Jewish Federation's triumphal celebration of racism and genocide would be a travesty anywhere but such a display of wealth and power is even more egregious in a place like the State Fair neighborhood" (Palestine Chronicle). Salut à Z-Word Blog au passage.
On trouve au moins un pasteur, Edward P., qui recommande de "rester fort" (stay strong). Le bon berger a eu jadis des soucis avec la justice dans une sombre histoire d'achats de votes lors d'une élection... des broutilles (7). D'ailleurs ses amis le disent franchement, il a été condamné parce le jury était composé de Blancs et le juge était corrompu (8).
R. E., du Texas, a signé. Il a aussi donné 400$ à la campagne de Barack Obama en 2008 (Political Contributions). Comme quoi on peut être Démocrate et parfaitement "gullible".
Darlene Wallach profite de la pétition pour écrire que "This is beyond disgusting, atrocious, dispicable! Those participating must be held accountable!". Darlene Wallach, c'est aussi le nom d'une membre de Free Gaza Activists. Avec d'autres personnes elle a pris deux fois le bateau pour "briser le blocus" de Gaza.
R.H. écrit en commentaire: "Zionist butchers!". En voilà un qui a été convaincu par la rhétorique Weirienne.
I. S. pense qu'il faut mettre un terme aux crimes sionistes: "The criminal zionists need to be stopped before many more crimes are done by them"
Selon S. Al-M., le vol d'organes est contre l'éthique, la décence et la religion "y compris le judaïsme". Il ajoute dans la foulée que c'est particulièrement honteux lorsque le vol d'organes est commis par des rabbins juifs! Le pléonasme est offert, sans frais supplémentaire (Organs theft is whither by Jews or otherwise is against any standard of decency, ethics, religions including Judaism itself, human rights. It is mean and digusting. It is shameful specially when committed by Jewish rabbis who are supposed to be, instead, a guidance to their followers)
Eleanor O. commente ainsi: "The UN pictures of White Phosphorous being dropped intentionally on civilians in Gaza by Israel last January is another crime that Israel should be prosecuted for, along with the American corporations which devise and sell such weapons. It seems this "law-abiding" nation is anything but that!" Elle peut donner des leçons en matière de ventes d'armes et d'observation des lois internationales puisqu'elle fait partie du American-Iranian Friendship Committee.
Mark Dankof laisse un commentaire de soutien assez long dans lequel il félicite ses "bons amis" Alison Weir, mais aussi Chuck Carlson de We Hold These Truths (une organisation chrétienne plutôt anti-israélienne semble-t-il): "My good friends Alison Weir of If Americans Knew, and Chuck Carlson of We Hold These Truths, are among those doing an invaluable service for the world in attempting to get at the bottom of the latest tragedy involving the State of Israel. The organ harvesting and trafficking scandal, along with the USS Liberty tragedy, the Gaza genocide, and the Pollard/AIPAC spy cases, begs the question as to how much longer American conservatives specifically, and the American public generally, will allow the Israeli lobby to operate with complete impunity in its control of the media and government of the United States. Enough is enough"
M. Dankof est animateur sur RBN Radio, auteur, activiste etc., "membre de l'aile Taft/Buchanan du Parti Républicain". Un de ses récents invités était "Dr." David Duke, extrémiste de droite, ex-membre du KKK et auteur de "Jewish Supremacism: My Awakening to the Jewish Question". Ah, le suprémacisme juif...
J'ai gardé le meilleur (?) pour la fin. En 2e position sur la liste des signataires on trouve un certain Imad Mughniyah, Beirut. Soit il s'agit d'un homonyme, soit c'est un cas de communication avec l'au-delà. Imad Mughniyah était le nom d'un chef du Hezbollah. Il a été victime d'un attentat à Damas début 2008.
Conclusion (temporaire ?)
Comme souvent, on constate que des gens intelligents, des gens qui s'engagent pour soulager les souffrances d'autrui, ne sont pas immunisés contre la bêtise; plusieurs mettent leur esprit critique en berne et adoptent une vision proprement paranoïaque dès qu'il est question d'Israël.
Des agitateurs judéophobes profitent de cette hystérie ambiante.
Le problème du prélèvement d'organes "sauvage" (qui n'implique pas nécessairement un trafic) n'est pourtant pas propre à Israël; voir par exemple cette enquête actuelle en Grande-Bretagne (The Telegraph, merci à G.)
Comme tout commerce, légal ou pas, le trafic d'organes est fondé sur l'offre et la demande. Tant qu'il y aura des pauvres et tant qu'il y aura des malades en attente d'une greffe, le commerce continuera. Autant dire qu'on n'est pas sortis de l'auberge.
Vous ne trouverez pas cette info chez les anti-"sionistes" mais des Israéliens (y compris juifs, eh oui) s'efforcent de lutter contre les trafics et l'exploitation de la misère humaine. Lire par exemple ce texte de Yaakov Lavi (orthographe alternative Jacob Lavee) sur le site de Haaretz. L'auteur est directeur de l'unité de transplantation cardiaque au Centre médical Sheba de Tel-Hashomer, en Israël (autant dire qu'Alison Weir ne signera jamais de pétition en sa faveur...)
Y. Lavi constate qu'Israël est mal placé en matière de dons d'organes. Un adulte sur dix seulement aurait une carte d'autorisation de prélèvement. Il a même rencontré des malades en attende de greffe qui lui ont confié qu'eux-mêmes refuseraient de donner les organes d'un proche, s'il venait à mourir! [Nancy Scheper-Hughes, qui peut très bien faire des observations pertinentes, pense que les pays musulmans ainsi qu'Israël ont des difficultés dans ce domaine car leurs habitants auraient souvent l'impression que le don d'organes contrevient à des préceptes religieux.]
Lavi suggère une solution originale: introduire un nouveau critère afin d'établir la liste d'attente des malades. Parallèlement aux critères médicaux habituels (qui resteraient prépondérants), il propose de prendre en considération l'attitude du patient envers le don d'organes. Toutes choses égales par ailleurs, un patient qui aurait signé -un an ou deux auparavant- une autorisation de don grimperait un peu plus haut dans la liste d'attente.
Augmenter le nombre des dons est sans doute le meilleur moyen de tarir le trafic.
Dans cette conclusion nous nous sommes bien éloignés d'Aftonbladet et de If Americans Knew. C'est normal: Jacob Lavee n'a pas encore fait don de son cerveau. Et lui il s'en sert.
Vous êtes dégoûté par le commerce des organes? Signez une autorisation de prélèvement! Ce sera cent fois plus efficace que de signer une pétition débile. Au fait, combien de personnes parmi les 500 et quelques signataires de la pétition de Weir & Cie sont des donneurs d'organes? On se le demande...
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NOTES
(1) "... in the 1990s, specialists at Abu Kabir harvested skin, corneas, heart valves and bones from the bodies of Israeli soldiers, Israeli citizens, Palestinians and foreign workers, often without permission from relatives"
(2) Organs Watch est une organisation californienne créée en 1999. Son centre d'intérêt est le commerce des organes à travers le monde. Nancy Scheper-Hughes est un des quatre fondateurs - source Univ. de Californie, Berkeley.
(3) The fact is, however, that Israeli organ harvesting—sometimes with Israeli governmental funding and the participation of high Israeli officials, prominent Israeli physicians, and Israeli ministries—has been documented for many years.
(4) Three Monkeys Online se présente ainsi: "a free current affairs and arts magazine, produced by writers in Ireland, Italy, Spain and the UK. The Magazine was founded in 2004 by a small group of writers with a clear idea that internet publishing could be about more than simply gossip, conspiracy theories, and dodgy you tube videos. It doesn't have to focus on Paris Hilton. It can be about in-depth interviews, debates, intelligent opinion pieces, and reviews. We hope you enjoy our take on what an online magazine can and should be"
(5) Scheper-Hughes said that while Palestinians were "by a long shot" not the only ones affected by the practice in the 1990s, she felt the interview must be made public now because "the symbolism, you know, of taking skin of the population considered to be the enemy, (is) something, just in terms of its symbolic weight, that has to be reconsidered." (NY Times)
(6) As people deeply concerned with human rights, we believe it is essential to listen respectfully when occupied people speak about war crimes committed against them. Therefore, we support Donald Boström and Aftonbladet in their decision to publish "Our sons plundered for their organs." We salute the Swedish government's refusal to submit to Israeli pressure and undermine the freedom of the press. We support calls for an investigation and urge the International Committee of the Red Cross, and other competent tribunals to undertake a thorough, impartial investigation of allegations that Israelis have unlawfully removed organs from Palestinians.
(7) In 2007, P. was convicted for paying people $5 to vote in a recall election for a congressional seat in Michigan's 6th District that he lost. He warned that the Lord would smite the judge who sentenced him to probation with "consumption and with a fever and with an inflammation and with extreme burning," referring to a passage in Deuteronomy (USA Today).
(8) This conviction was made possible by a biased jury - and the corrupt Judge, courts, police, and prosecution (...) the prosecution's first victory came when an all-white, middle-class jury was selected. (Blog)
jeudi 17 décembre 2009
Explorations du vide
Afin de me distraire de lectures plus sérieuses ou tout simplement pour me changer les idées durant les périodes de gros boulot, j'aime bien feuilleter des choses un peu niaises ou légères (mais j'évite soigneusement d'acheter; il ne faut pas encourager le vice).
Par exemple Marianne, un hebdomadaire bobo dirigé par de braves gens qui se rêvent à gauche mais vivent à droite.
Marianne se prétend "anti-sarkozyste" mais colle la photo du Président (ou de ses ministres) sur chaque couverture ou presque. Ça m'amuse toujours beaucoup.
Commençons par l'édito de Maurice Szafran pour la semaine du 12 au 18 décembre: "Marianne n'a jamais dissimulé un anti-sarkozysme non pas radical -ce qualificatif ne nous convient pas- mais rigoureux." Dixit Szafran, qui ajoute "Nous nous sommes interdit la facilité de la caricature."
C'est sans doute ce noble refus de la facilité qui a poussé Marianne à titrer en couverture de ce même numéro: "Arrêtez-le! Éric Besson, l'homme le plus détesté de France".
Sacré Maurice!
En page 6 on nous apprend "la conversion de Lellouche". Il s'agit du député Pierre Lellouche, "souvent considéré comme un néoconservateur à la française". En fait de "conversion" Lellouche aurait simplement critiqué le "bétonnage de Jérusalem-Est" lors d'une entrevue. On aime les fines blagues et les clins d'œil, chez Marianne.
En page 16 Joseph Macé-Scaron nous offre une réflexion sur une récente décision "sarkozyste": l'abolition des cours d'histoire en dernière année de filière S. L'article a pour titre "Une bagatelle pour un massacre". Le texte se penche sur ce projet de réforme (l'auteur est contre, ce que je trouve insensé car une telle mesure ne pourrait qu'augmenter le lectorat de certains magazines, suivez mon regard) et discute de la réorganisation des filières (jadis C, D, E, aujourd'hui S, etc).
Quel rapport avec le pamphlet antisémite "Bagatelle pour un massacre"? Aucune idée mais à mon avis il est inutile de chercher une raison (une raison pertinente). La "bagatelle" apparaît ainsi dans le texte, sans la moindre référence: "... Voilà pourquoi nos chères élites, version génération Sarkozy, auront donc quatre heures pour parcourir au pas de charge ou au galop le XIXe et le XXe siècle, de la révolution industrielle à la chute du mur de Berlin, une bagatelle pour un massacre."
Et ça devient le titre de l'article. C'est idiot mais ça attire l'attention du lecteur. Les magazines pipole ont rarement plus d'ambition que cela.
+ - + - +
Loin de moi l'idée de foutre au feu les bouquins de Céline. Ce genre de comportement était une caractéristique de ses anciens amis, précisément. Pour ma part je n'ai jamais pu me résoudre à lire un bouquin de ce type (je parle ici de ses "bonnes" œuvres, comme Voyage au bout de la nuit). Idem pour Drieu La Rochelle, Brasillach, "et Cie". Il y a suffisamment de grands auteurs pour s'éviter une telle épreuve.
Mais si quelqu'un choisit de lire Céline, voire de l'aimer, grand bien lui fasse. Il a d'avance ma bénédiction.
Sollers a toutefois d'autres projets qu'une simple critique (fût-elle admirative) des œuvres de cet auteur. La quatrième de couverture de son patchwork d'articles (de 1963 à 2009, mazette) commence ainsi:
Selon Sollers il faudra "un siècle ou deux" pour parvenir à "débarrasser Céline de son antisémitisme". Je le trouve bien pessimiste. Au train où vont les choses, une ou deux décennies suffiront amplement.
+ - + - +
Le prix Nobel de la Paix 2009 a été attribué à M. Obama. C'est la première fois, à ma connaissance, que le prestigieux prix est attribué uniquement parce que le récipiendaire a gagné une élection.
On vit une époque intéressante.
Par exemple Marianne, un hebdomadaire bobo dirigé par de braves gens qui se rêvent à gauche mais vivent à droite.
Marianne se prétend "anti-sarkozyste" mais colle la photo du Président (ou de ses ministres) sur chaque couverture ou presque. Ça m'amuse toujours beaucoup.
Commençons par l'édito de Maurice Szafran pour la semaine du 12 au 18 décembre: "Marianne n'a jamais dissimulé un anti-sarkozysme non pas radical -ce qualificatif ne nous convient pas- mais rigoureux." Dixit Szafran, qui ajoute "Nous nous sommes interdit la facilité de la caricature."
Sacré Maurice!
En page 6 on nous apprend "la conversion de Lellouche". Il s'agit du député Pierre Lellouche, "souvent considéré comme un néoconservateur à la française". En fait de "conversion" Lellouche aurait simplement critiqué le "bétonnage de Jérusalem-Est" lors d'une entrevue. On aime les fines blagues et les clins d'œil, chez Marianne.
En page 16 Joseph Macé-Scaron nous offre une réflexion sur une récente décision "sarkozyste": l'abolition des cours d'histoire en dernière année de filière S. L'article a pour titre "Une bagatelle pour un massacre". Le texte se penche sur ce projet de réforme (l'auteur est contre, ce que je trouve insensé car une telle mesure ne pourrait qu'augmenter le lectorat de certains magazines, suivez mon regard) et discute de la réorganisation des filières (jadis C, D, E, aujourd'hui S, etc).
Quel rapport avec le pamphlet antisémite "Bagatelle pour un massacre"? Aucune idée mais à mon avis il est inutile de chercher une raison (une raison pertinente). La "bagatelle" apparaît ainsi dans le texte, sans la moindre référence: "... Voilà pourquoi nos chères élites, version génération Sarkozy, auront donc quatre heures pour parcourir au pas de charge ou au galop le XIXe et le XXe siècle, de la révolution industrielle à la chute du mur de Berlin, une bagatelle pour un massacre."
Et ça devient le titre de l'article. C'est idiot mais ça attire l'attention du lecteur. Les magazines pipole ont rarement plus d'ambition que cela.
+ - + - +
Puisqu'on parle de Céline... Les éditions Écriture publient, dans le cadre de leur collection
"Céline & Cie", une compilation des meilleurs articles de Philippe Sollers sur ce thème. La couverture proclame "Sollers - Céline", en toute modestie.
Loin de moi l'idée de foutre au feu les bouquins de Céline. Ce genre de comportement était une caractéristique de ses anciens amis, précisément. Pour ma part je n'ai jamais pu me résoudre à lire un bouquin de ce type (je parle ici de ses "bonnes" œuvres, comme Voyage au bout de la nuit). Idem pour Drieu La Rochelle, Brasillach, "et Cie". Il y a suffisamment de grands auteurs pour s'éviter une telle épreuve.
Mais si quelqu'un choisit de lire Céline, voire de l'aimer, grand bien lui fasse. Il a d'avance ma bénédiction.
Sollers a toutefois d'autres projets qu'une simple critique (fût-elle admirative) des œuvres de cet auteur. La quatrième de couverture de son patchwork d'articles (de 1963 à 2009, mazette) commence ainsi:
Je me rappelle très bien le choc que fut la découverte de D’un château l’autre en 1957, ou de Nord, en 1960. Dès la publication d’extraits dans la NRF, j’ai senti qu’il se passait quelque chose d’essentiel. Depuis, ma fréquentation de l’œuvre de Céline n’a pas cessé. Malgré sa réputation d'infréquentable, alors que son biologisme –ainsi qu’il faudrait définir son racisme– me paraissait en total désaccord avec son génie d’écrivain, j’ai persisté à l’admirer avec constance.Un bon coup de plumeau sur le point de détail qui dérange quelques esprits mesquins et rancuniers, et le tour sera joué. Bizarre quand même de prétendre admirer et faire connaître un auteur tout en proposant d'effacer les "bourdes" dans le CV du héros...
Je sais que cela prendra encore un siècle ou deux, mais il faut débarrasser Céline de ses oripeaux de fou vociférant et, cela va de soi, de son antisémitisme. L'image qui prédominera alors sera celle d'un Céline enfantin. Car c'est sans doute ainsi qu'il faut le voir: un enfant innocent perdu dans un monde coupable.
Selon Sollers il faudra "un siècle ou deux" pour parvenir à "débarrasser Céline de son antisémitisme". Je le trouve bien pessimiste. Au train où vont les choses, une ou deux décennies suffiront amplement.
+ - + - +
Le prix Nobel de la Paix 2009 a été attribué à M. Obama. C'est la première fois, à ma connaissance, que le prestigieux prix est attribué uniquement parce que le récipiendaire a gagné une élection.
On vit une époque intéressante.
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samedi 28 novembre 2009
Les drôles de sympathies du mouvement séparatiste
Le mouvement nationaliste québécois a depuis longtemps les yeux de Chimène pour le nationalisme palestinien. Y compris sa composante radicale.
Mais cela va parfois très loin. Comme en France, c'est vers le Hamas et le Hezbollah que vont désormais les sympathies. On en trouve des traces là où l'on s'y attend le moins.
Par exemple dans un tout récent bouquin des éditions dites "du Québécois" intitulé "Michael Ignatieff: Imposture et ascension", de Pierre-Luc Bégin.
Le chef du Parti Libéral du Canada est une cible traditionnelle du mouvement séparatiste, M. Ignatieff n'échappe donc pas à la vindicte.
En page 105 s'ouvre un chapitre passionnant: Ignatieff et l'impérialisme.
Devinez de qui il va être question... Le chapitre s'ouvre sur la seconde guerre du Liban, que Bégin considère sans doute comme la plus marquante manifestation d'impérialisme de ces dernières années!
Cette intéressante relecture de l'Histoire appelle deux remarques (on va faire court, c'est le week-end et j'ai d'autres chats à caresser):
- un mensonge répété mille fois vaut toutes les vérités du monde: le "rappel des faits" de Bégin semble obéir à ce principe, en affirmant tranquillement que les deux militaires israéliens enlevés (il omet de parler de ceux qui sont morts immédiatement durant l'attaque du Hezbollah) avaient violé la souveraineté du Liban. Bégin ne peut pourtant pas ignorer, plus de trois ans après, que la patrouille israélienne circulait du côté israélien de la frontière et que c'est le gang du Hezbollah qui a "violé la souveraineté" israélienne...
Même l'ONU s'en était rendu compte, ce qui n'est pas rien:
Mais les éditions du Québécois ne voient aucun inconvénient à présenter les affabulations du Hezbollah comme crédibles et sérieuses.
- mettre la réalité cul par-dessus tête, en s'indignant que l'on puisse reprocher quoi que ce soit au Hezbollah dans les événements de l'été 2006.
Ce type de "raisonnement" est un grand classique... Encore cette semaine on pouvait voir dans l'émission "Les années Derome" une entrevue entre l'ex-journaliste vedette de Radio-Canada et un ex-membre de la cellule Chenier du Front de Libération du Québec. Cette "cellule" est connue pour avoir enlevé et assassiné le ministre du Travail (du Québec) Pierre Laporte en 1970.
Selon le sympathique "militant", Laporte est mort à cause des siens qui l'ont abandonné, à cause de la météo (pluvieuse) ou du Père Noël... bref, à cause de tout le monde sauf de ceux qui l'ont kidnappé et abattu.
Le "militant" a déclaré n'avoir jamais eu de problème avec sa conscience.
C'était un grand moment de télévision, qui aide un peu mieux à saisir l'admiration que cette mouvance peut entretenir pour les terroristes du Hezbollah & Cie.
Pierre Falardeau et Julien Poulin posent avec des jeunes alors que ce dernier brandit le drapeau du Hezbollah.
Mais cela va parfois très loin. Comme en France, c'est vers le Hamas et le Hezbollah que vont désormais les sympathies. On en trouve des traces là où l'on s'y attend le moins.
Par exemple dans un tout récent bouquin des éditions dites "du Québécois" intitulé "Michael Ignatieff: Imposture et ascension", de Pierre-Luc Bégin.
Le chef du Parti Libéral du Canada est une cible traditionnelle du mouvement séparatiste, M. Ignatieff n'échappe donc pas à la vindicte.
En page 105 s'ouvre un chapitre passionnant: Ignatieff et l'impérialisme.
Devinez de qui il va être question... Le chapitre s'ouvre sur la seconde guerre du Liban, que Bégin considère sans doute comme la plus marquante manifestation d'impérialisme de ces dernières années!
"Israël met le Liban à feu et à sangLe reste est à l'avenant.
En 2006 (...) Israël décidait de lancer une offensive monstre sur le Liban (...)Rappelons les faits. Le Hezbollah s'en est pris à quelques soldats israéliens, lesquels auraient pénétré le territoire national libanais, selon le Hezbollah, violant la souveraineté de ce pays. Le Hezbollah fit prisonniers deux militaires israéliens. La revendication du Hezbollah: la libération de prisonniers détenus par Israël. Voilà le motif.
(...) Comment Ignatieff peut-il tenir le Hezbollah libanais responsable de cette dérive sanguinaire d'Israël?"
Cette intéressante relecture de l'Histoire appelle deux remarques (on va faire court, c'est le week-end et j'ai d'autres chats à caresser):
- un mensonge répété mille fois vaut toutes les vérités du monde: le "rappel des faits" de Bégin semble obéir à ce principe, en affirmant tranquillement que les deux militaires israéliens enlevés (il omet de parler de ceux qui sont morts immédiatement durant l'attaque du Hezbollah) avaient violé la souveraineté du Liban. Bégin ne peut pourtant pas ignorer, plus de trois ans après, que la patrouille israélienne circulait du côté israélien de la frontière et que c'est le gang du Hezbollah qui a "violé la souveraineté" israélienne...
Même l'ONU s'en était rendu compte, ce qui n'est pas rien:
Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, a rappelé que la crise avait débuté le 12 juillet dernier, lorsque le Hezbollah a tiré des roquettes depuis le territoire libanais contre des positions des forces de défense israéliennes situées près de la localité de Zarit, de l’autre côté de la Ligne bleue. Peu après avoir pénétré en territoire israélien, des militants du Hezbollah ont attaqué une patrouille israélienne, capturant deux soldats, en tuant trois autres et faisant plusieurs blessés (Conseil de sécurité de l'ONU, 14 juillet 2006, document CS/8776).
- mettre la réalité cul par-dessus tête, en s'indignant que l'on puisse reprocher quoi que ce soit au Hezbollah dans les événements de l'été 2006.
Ce type de "raisonnement" est un grand classique... Encore cette semaine on pouvait voir dans l'émission "Les années Derome" une entrevue entre l'ex-journaliste vedette de Radio-Canada et un ex-membre de la cellule Chenier du Front de Libération du Québec. Cette "cellule" est connue pour avoir enlevé et assassiné le ministre du Travail (du Québec) Pierre Laporte en 1970.
Selon le sympathique "militant", Laporte est mort à cause des siens qui l'ont abandonné, à cause de la météo (pluvieuse) ou du Père Noël... bref, à cause de tout le monde sauf de ceux qui l'ont kidnappé et abattu.
Le "militant" a déclaré n'avoir jamais eu de problème avec sa conscience.
C'était un grand moment de télévision, qui aide un peu mieux à saisir l'admiration que cette mouvance peut entretenir pour les terroristes du Hezbollah & Cie.
Photo David Boily, Archives La Presse
dimanche 15 novembre 2009
Ce que révèle "l'affaire Cluzet"
Les ennemis d'Israël parlent beaucoup, depuis 2-3 ans, d'un Franco-Israélien du nom de Salah Hamouri, actuellement en prison en Israël. J'en ai entendu parler pour la première fois lorsque des militants soi-disant "propalestiniens" étaient allés vandaliser une affiche de soutien aux otages du Hamas et du Hezbollah (1) érigée par la Ville de Paris dans un discret parc du XIIe arrondissement.
Voici ce qu'en a dit récemment l'acteur François Cluzet (vidéo sur Dailymotion):
Cluzet se trompe totalement lorsqu'il affirme, à deux reprises, qu'Hamouri est en prison "pour délit d'opinion - simplement parce qu'il était contre les colonisations".
C'est une erreur, ou plus exactement un mensonge. Aucun "délit d'opinion" n'a jamais été reproché à Hamouri dans un pays ou la divergence d'opinions semble considérée comme un loisir... Par contre il lui est reproché d'être membre du FPLP et d'avoir comploté "avec deux complices l’assassinat en Israël du grand rabbin Ovadia Yossef, chef spirituel d’un parti politique, le Shass (...) Il a reconnu les faits et plaidé coupable" (Véronique Chemla).
La propagande anti-"sioniste" n'en est pas à son premier bobard mais Cluzet n'est probablement même pas conscient qu'il s'agit d'un mensonge. Il fait sans doute confiance à celui (ou ceux) qui l'a "informé" sur le cas Hamouri et s'imagine défendre la victime d'un "délit d'opinion". Ce n'est pas la première fois qu'une célébrité se fait avoir...
Personne ne s'attend à ce qu'une vedette de cinéma ou de la chanson soit bien informée des sujets dont elle parle. Par contre l'absence de réactions du journaliste et du député est préoccupante parce que c'est leur job, à eux, d'être informés et d'informer leurs concitoyens. Or l'énorme ineptie relayée par Cluzet a été accueillie avec une totale indifférence. Le député Copé (2) ne sursaute pas lorsqu'on lui dit qu'en Israël on embastille des gens à cause de leurs opinions...
Et le mensonge peut continuer son petit bonhomme de chemin.
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(1) Gilad Shalit, Ehud Goldwasser et Eldad Regev. Les corps de ces deux derniers ont été restitués par le Hezbollah en 2008 en échange de terroristes vivants.
(2) Google enregistre les requêtes qui lui sont soumises. Pour le député Jean-François Copé il en a retenu quatre qui donnent une idée des centres d'intérêt des internautes: "Jean-François Copé", "Jean-François Copé juif", "Jean-François Copé divorcé", "Jean-François Copé et Nadia"... tout commentaire me semble superflu.
Voici ce qu'en a dit récemment l'acteur François Cluzet (vidéo sur Dailymotion):
[Salah Hamouri est] "en prison en Israël, pour délit d'opinion" (...) "il est en prison pour délit d'opinion, simplement parce qu'il a dit qu'il était contre les colonisations et la poursuite de la colonisation, c'est ça. Personne n'en parle".
C'est une erreur, ou plus exactement un mensonge. Aucun "délit d'opinion" n'a jamais été reproché à Hamouri dans un pays ou la divergence d'opinions semble considérée comme un loisir... Par contre il lui est reproché d'être membre du FPLP et d'avoir comploté "avec deux complices l’assassinat en Israël du grand rabbin Ovadia Yossef, chef spirituel d’un parti politique, le Shass (...) Il a reconnu les faits et plaidé coupable" (Véronique Chemla).
La propagande anti-"sioniste" n'en est pas à son premier bobard mais Cluzet n'est probablement même pas conscient qu'il s'agit d'un mensonge. Il fait sans doute confiance à celui (ou ceux) qui l'a "informé" sur le cas Hamouri et s'imagine défendre la victime d'un "délit d'opinion". Ce n'est pas la première fois qu'une célébrité se fait avoir...
Personne ne s'attend à ce qu'une vedette de cinéma ou de la chanson soit bien informée des sujets dont elle parle. Par contre l'absence de réactions du journaliste et du député est préoccupante parce que c'est leur job, à eux, d'être informés et d'informer leurs concitoyens. Or l'énorme ineptie relayée par Cluzet a été accueillie avec une totale indifférence. Le député Copé (2) ne sursaute pas lorsqu'on lui dit qu'en Israël on embastille des gens à cause de leurs opinions...
Et le mensonge peut continuer son petit bonhomme de chemin.
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(1) Gilad Shalit, Ehud Goldwasser et Eldad Regev. Les corps de ces deux derniers ont été restitués par le Hezbollah en 2008 en échange de terroristes vivants.
(2) Google enregistre les requêtes qui lui sont soumises. Pour le député Jean-François Copé il en a retenu quatre qui donnent une idée des centres d'intérêt des internautes: "Jean-François Copé", "Jean-François Copé juif", "Jean-François Copé divorcé", "Jean-François Copé et Nadia"... tout commentaire me semble superflu.
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